Exaspération
laurent joffrin libération.
Comme son nom ne l’indique pas, le boss napping (le kidnapping de patron) est une spécialité française. Nul ne cherchera à encourager ces pratiques illégales qui embarrassent le plus souvent les centrales syndicales. Mais cette exception nationale doit aussi être expliquée. Le tempérament égalitaire des Français, le manque de dialogue social dans beaucoup d’entreprises, l’héritage de luttes ouvrières plus âpres ici qu’ailleurs ne sont pas seuls en cause.
La nouveauté principale, c’est que le patronat, depuis au moins une décennie, s’est coupé en deux parties totalement inégales. Alors que la plupart des chefs d’entreprise assument leur rôle traditionnel, qui combine attrait du profit, goût du risque et responsabilité sociale autant qu’économique, recueillant critiques, conflits, mais aussi assentiment, une poignée de hauts dirigeants, transformes en jet-setteurs du CAC 40, se sont placés dans un monde d’abstraction financière et d’avidité vertigineuse. Il arrive un moment où l’énormité des rémunérations rompt le contrat social implicite qui légitime les responsables. Dès lors l’exigence de juste répartition des sacrifices produit l’exaspération et le débordement. Nul extrémisme dans ces actions du désespoir : dans la plupart des cas qui nous occupent, les salariés avaient accepté le principe des réductions d’effectifs.
C’est pour obtenir une compensation plus juste qu’il ont séquestré leurs dirigeants. Lesquels, la plupart du temps, paient pour l’extravagant comportement de la haute nomenclature financière.
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