François Fillon a estimé jeudi 8 décembre au Sénat que la proposition des socialistes d'accorder le droit de vote aux étrangers non communautaires aux municipales constituait un "travail de sape d'un des fondements de notre République", ajoutant: "c'est prendre le risque de communautariser le débat public".
"Aucune des raisons avancées ne justifie, à mes yeux, ce travail de sape d'un des fondements de notre République", a déclaré le Premier ministre en ouverture du débat sur cette proposition hautement symbolique. "C'est prendre le risque de communautariser le débat public", a-t-il ensuite ajouté.
"Il y a de l'ambiance au Sénat", postait dans le même temps sur twitter le président du groupe socialiste au Sénat François Rebsamen.
"La gauche s'engage dans une voie dangereuse avec légèreté. Elle prend le risque de vider la nationalité et la citoyenneté française de leur substance. Et cela au moment précis où notre pays doit faire face aux épreuves de la mondialisation, doit se rassembler autour de ses valeurs et de ses objectifs", a également jugé le Premier ministre.
Au préalable, François Fillon avait dit "réprouver" la méthode utilisée, en référence à l'inscription à l'ordre du jour par la nouvelle majorité de gauche du texte qui avait été voté par l'Assemblée nationale en mai 2000, sous le gouvernement de Lionel Jospin. Celui-ci avait alors été bloqué par le Sénat de droite.
"Je la réprouve car elle crée un brouillage démocratique qui affaiblit la cohérence politique de nos institutions", et le Sénat n'est "certainement pas conçu pour exhumer une proposition de loi vieille de dix ans", a ajouté François Fillon, qui avait récemment promis de s'opposer "de toutes ses forces" à cette initiative.
Le combat est hautement symbolique. Cette mesure voulue par le PS est farouchement combattue par la droite qui a dépéché au Sénat le Premier ministre ainsi du garde des Sceaux Michel Mercier et du ministre de l'Intérieur Claude Guéant.
Ce combat aux accents de campagne présidentielle a démarré dans la rue devant le Palais du Luxembourg, désormais majoritairement à gauche.
A 12h30, une manifestation du Front national, lui aussi profondément hostile au texte, a eu lieu rue de Tournon (VIe) en présence de Marine Le Pen.
Une heure plus tard, la Ligue des droits de l'Homme, la candidate EELV Eva Joly, des responsables du PS et du Front de gauche sont venus manifester leur soutien au texte place Camille Claudel.
"Rendre leur dignité aux étrangers"
Face à cette démonstration de force, le nouveau président PS du Sénat Jean-Pierre Bel a décidé de présider la séance. La gauche sénatoriale se présente unie affichant "sa fierté et sa joie" de défendre cette proposition de loi.
"Nous voulons rendre leur dignité aux étrangers non communautaires qui vivent avec nous à travers le droit de vote. C'est une question de justice" a lancé le chef de file des sénateurs PS François Rebsamen. Il a accusé l'UMP de "draguer les voix du Front national".
Claude Guéant a carrément mis en garde contre des risques de "tensions supplémentaires" entre Français et immigrés.
Toutefois, ce texte n'a aucune chance d'être voté sous cette législature, d'abord en raison de l'opposition de l'Assemblée nationale, qui a le dernier mot.



