Par Matthieu Deprieck, publié le 17/11/2009 à 19:38 - mis à jour le 17/11/2009 à 19:46 l'express
REUTERS/Charles Platiau
Le discours du Premier ministre au Congrès des maires n'a finalement pas été très perturbé. Des dizaines d'élus ont certes quitté la salle, mais le locataire de Matignon a pu dérouler un discours très technique, et sans véritables annonces.
"Paraît que la gauche est venue avec des caisses de tomates." En salle de presse, on attend la curée. Ces derniers jours, l'opposition a prévenu qu'elle manifesterait sa colère à l'occasion de la venue de François Fillon au Congrès des maires. Alors, on s'attend à une assemblée divisée entre applaudissements et huées, à un discours sérieusement perturbé. L'amphithéâtre est plein à craquer. Trente minutes avant l'arrivée du Premier ministre, on se bouscule à l'entrée pour tenter d'apercevoir un bout de scène.
Les premiers pas de François Fillon ne déçoivent pas les badauds. Des sifflets descendent des gradins, certains élus sortent les crécelles, quelques rangs de devant se lèvent pour applaudir l'hôte de Matignon, mais l'assemblée ne semble pas disposer à écouter une nouvelle fois le discours volontariste de l'Etat. François Fillon a la mine des mauvais jours et lâche un rictus. Jacques Pélissard, président (UMP) de l'Association des maires de France, craint la jacquerie, et demande de la retenue: "Je veux m'adresser à vous avec solennité. Nous sommes des représentants de l'Etat."
Bertrand Delanoë enfile le costume de chauffeur de salle et délivre un discours court et direct: "Nous ne sommes pas des élus fainéants. Nous ne sommes pas des conservateurs. Mais pourquoi tant de brutalité dans ces réformes?" Et revoilà du boulot pour Jacques Pélissard, qui se charge à nouveau de faire baisser l'ambiance d'un discours traînant en longueur.
Gauche et droite campent sur leurs positions
François Fillon s'approche alors du pupitre pour un discours de près d'une heure, ponctué de rares mouvements d'humeur. Pas de bronca. Comment a-t-il réussi à éviter la révolte? En jouant au funambule, alternant les caresses dans le dos des maires et les rappels des objectifs gouvernementaux.
Sur le délicat sujet de la réforme de la taxe pro, le Premier ministre a détaillé -c'est un euphémisme- les différents mécanismes de compensation. Pendant ce temps, des dizaines d'élus ont quitté la salle, visiblement pour protester contre les prises de position de François Fillon, même s'ils se sont bien gardés de siffler.
Ils auront manqué l'un des rares moments intéressants de ce long rendez-vous. Alors qu'il vient de terminer son exposé de la réforme de la taxe pro, le Premier ministre se lance dans une opération séduction des maires: "Je sais que la tentation de baisser les bras est grande. Je connais la solitude du maire qui est bien souvent le premier et le seul interlocuteur."
Quelques sifflets se font entendre. "Attendez, attendez", répond un François Fillon souriant. "Ou alors, j'arrête là?", plaisante-t-il. Et la salle de répondre: "Oui."
L'ouverture du Congrès des maires de France n'aura donc pas débouché sur la manifestation prévue. François Fillon a annoncé quelques mesures de soutien aux collectivités, dont une clause de revoyure, qui permettra de réexaminer la situation économique des communes en 2010, suite à la disparition de la taxe pro. Mais il a surtout redit la nécessité d'engager cette réforme immédiatement. La gauche a, elle, répété sa totale opposition. Rien de neuf, finalement.