LA CGTa été la première à réagir. Négativement. "L'absence de tout volet social dans cet
emprunt est préoccupante, s'est empressé de commenter la centrale de Bernard
Thibault, dans un communiqué. Comme si l'on pouvait préparer l'avenir en ignorant les besoins sociaux, les
exigences de qualification, l'amélioration des conditions de travail, la satisfaction des besoins de santé publique... Cet emprunt passe bien à côté d'une dimension essentielle qui devrait plus
que jamais structurer la politique de dépense publique. La France a besoin de moins de slogans et attend, à la place, une vraie politique globale du travail et de l'emploi."
C'est vrai que Nicolas Sarkozy avait affirmé, le 25 novembre, à l'issue
de sa rencontre avec les partenaires sociaux sur le sujet, que "l'effort de modernisation et de préparation de l'avenir engagé grâce au grand emprunt ne se ferait pas au détriment des politiques
sociales et des investissements déjà décidés dans les infrastructures." Le chef de l'État avait par ailleurs maintes fois indiqué qu'il n'utiliserait pas les fonds de l'emprunt national pour
financer des "dépenses de fonctionnement". Beaucoup de syndicats espéraient donc que la lutte contre le vieillissement de la population et la dépendance, voire même la question des retraites, ne
soient pas exclues des pistes dégagées par le président de la République. En vain.
D'aucuns répondront que consacrer 6,5 milliards d'euros à l'Industrie et aux PME ainsi que quelques centaines de millions d'euros à l'apprentissage est un investissement dans les emplois de
demain, donc une dépense d'avenir dans le social. Même indirectement. Il n'empêche : le social est bel et bien le grand absent de cet emprunt
national dont on entend parler depuis cet été. Et l'absence de réaction des centrales syndicales quelques heures après la présentation par le chef de l'État de ses orientations en
matière de dépenses d'avenir en dit long sur leur embarras. La plupart - mis à part la CGT, opposée depuis le début - ont en effet soutenu la démarche de Nicolas Sarkozy et affirmé être en phase
avec les grandes lignes des orientations de la commission Rocard-Juppé. Mais elles ne s'attendaient probablement pas à ce résultat... La preuve avec la réaction de la CFTC, en fin d'après-midi. La centrale dirigée par Jacques Voisin se dit en phase avec les cinq "priorités d'avenir" fixées par le président de la République mais regrette
que "ce grand emprunt ne vienne pas plutôt en complément d'un vrai plan de relance destiné à palier la destruction massive d'emplois".