Le cas le plus marquant est la fronde lancée le week-end dernier par 24 sénateurs UMP, dont l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, contre la réforme de la taxe professionnelle, l'une des mesures phares du projet de budget 2010 voulue par Nicolas Sarkozy.
Elle augure de débats tendus au Sénat, qui examine le texte à partir du 19 novembre, alors que l'UMP n'y détient plus la majorité absolue contrairement à l'Assemblée nationale.
Après les propos peu amènes d'un autre ancien Premier ministre, Alain Juppé, qui accusait le chef de l'Etat de "se foutre du monde", un vent de colère quasi unanime s'est levé à l'Assemblée et la commission des Finances, fait inédit, a entièrement réécrit l'article relatif à la suppression de la "TP" au 1er janvier 2010 et à son remplacement par deux nouvelles contributions.
Les ministres de l'Economie et du Budget, Christine Lagarde et Eric Woerth, sont finalement sortis vainqueurs du bras de fer sans toutefois convaincre un grand nombre d'élus UMP et du Nouveau Centre (NC).
Par ailleurs, les tentatives, soutenues par l'opposition, de plusieurs élus de la majorité de modifier le "bouclier fiscal" ou d'instaurer une taxe provisoire pour l'année 2010 sur les bénéfices réalisés par les banques ont toutes été contrées sans ménagement par le gouvernement.
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2010 a lui aussi suscité de vifs affrontements entre le gouvernement et sa majorité.
COPÉ RÉPLIQUE À BERTRAND
Ainsi, l'augmentation du prix des cigarettes de 6% en 2010.
Un amendement de l'UMP Yves Bur, pourtant entériné en commission, qui réévaluait les taxes sur le tabac, a finalement été vidé de sa substance, le gouvernement obtenant jeudi dernier que les cigarettiers ne soient pas surtaxés.
Autre pomme de discorde, la suppression, malgré l'hostilité d'une forte minorité du groupe UMP, de certains avantages fiscaux dont bénéficient les sportifs professionnels de haut niveau, le "droit à l'image collective" (DIC).
Avec le soutien de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports, un amendement UMP a été voté qui supprime à partir du 1er janvier prochain le dispositif permettant de "passer" 30% de la rémunération d'un sportif sous forme de droits d'image totalement exonérés de charges sociales.
La secrétaire d'Etat aux Sports, Rama Yade, avait qualifié de "dangereuse" la suppression de cet avantage fiscal. Elle avait reçu vendredi le soutien du secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, qui en avait appelé au Sénat pour "revenir" sur l'amendement.
Le chef de file des députés UMP Jean-François Copé, qu'une rivalité aiguë oppose à Xavier Bertrand, a vivement réagi à ces propos. "Ce que j'ai mal vécu et que je ne laisserai pas faire, c'est qu'on prenne nos députés en otages", a-t-il dit sur LCI.
A ces mouvements d'humeur internes à la majorité s'ajoute l'appel lancé lundi dans Le Monde par 63 députés UMP et NC afin que le grand emprunt envisagé par Nicolas Sarkozy soit d'au moins 50 milliards d'euros.
Alain Juppé, qui copréside avec l'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard la commission sur le grand emprunt, prône "entre 20 et 40 milliards d'euros". Un point de vue partagé par le ministère de l'Économie mais contesté par Henri Guaino, conseiller du président de la République.
Emile Picy, édité par Sophie Louet
