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Les électeurs ont fait ce choix après une longue campagne électorale, au cours de laquelle Nicolas Sarkozy a multiplié discours et propositions censées incarner la"rupture" tout en offrant une espérance à "la France qui souffre". Une parole se voulant porteuse de changement comme les Français n'en avaient guère entendu depuis les 110 propositions du candidat François Mitterrand. Le président socialiste avait mis en œuvre son programme au cours des deux premières années de son mandat, qu'il s'agisse de l'abolition de la peine de mort, de la retraite à 60 ans ou des nationalisations, avant de prendre le tournant de la rigueur.
Nicolas Sarkozy, lui, a affiché depuis sa prise de fonctions son intention de passer des promesses aux actes. Son ministre du budget Eric Woerth l'a appris à ses dépens, lorsqu'il a été désavoué pour avoir fait passer à la "moulinette" de Bercy la promesse de rendre déductible du revenu les intérêts d'emprunts immobiliers. Détaxation des heures supplémentaires, peines planchers pour les délinquants multirécidivistes, traité simplifié sur l'Europe, M. Sarkozy a fait mine de"sauter" l'étape des législatives pour mener immédiatement et de front toutes les réformes annoncées. Rien n'est dit sur ce qui se passera si le "choc économique et fiscal" prôné par le président ne produit pas ses effets vertueux. Mais pour l'heure, les Français veulent y croire, comme en témoignent l'état de grâce dont bénéficie le locataire de l'Elysée et le résultat du premier tour des législatives.
Les électeurs ont même considéré que le scrutin était joué d'avance, la campagne inutile. Après avoir retrouvé massivement le chemin des urnes à la présidentielle, ils n'ont pas jugé nécessaire de se déplacer dimanche, l'abstention atteignant le record de 39,56 %. Le quinquennat et l'inversion du calendrier confirment leurs effets, les législatives devenant un vote de confirmation, voire d'amplification de la présidentielle.
Si cette reconquête de la droite a pu être assurée, c'est aussi parce que M. Sarkozy a assuré son hégémonie sur son propre camp. Après avoir mis le PS en ordre de bataille, François Mitterrand avait conquis le pouvoir en s'alliant avec les communistes. Pour mieux les faire mourir à petit feu à l'épreuve du pouvoir. Faute de pactiser avec une extrême droite infréquentable, Nicolas Sarkozy, lui, a rénové et décomplexé le corpus idéologique de l'UMP et s'est appliqué à siphonner les électeurs du Front national. L'assèchement s'est poursuivi avec succès dimanche. Après avoir enregistré 10,5 % à la présidentielle, le parti de Jean-Marie Le Pen n'a obtenu que 4,29 % des voix. Trois fois moins que les 15 % de 1997, qui lui avaient permis de provoquer 76 triangulaires et de faire perdre la droite. Cette année, seule la fille du président du FN, Marine Le Pen, sera présente au second tour.
Surtout, depuis le premier tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a fait mouvement sur sa gauche et réussi à capter l'électorat bayrouiste. Sa politique d'ouverture au centre et à quelques personnalités de gauche, comme Bernard Kouchner et Martin Hirsch y a sans doute contribué. Il a été aidé par le cavalier seul de François Bayrou, qui a dilapidé les 18,3 % obtenus lors de la présidentielle et laissé ses anciens fidèles de l'UDF rejoindre M. Sarkozy. Ce"Nouveau Centre", qui comptait déjà 7 élus au soir du premier tour, peut espérer former un groupe fort d'une vingtaine de membres, sorte de protectorat de l'UMP. Avec 7,76 % des voix mais isolé, François Bayrou et son mouvement démocrate auront au mieux 3 élus, tandis que le Parti socialiste, en panne de projet et empêtré dans ses querelles de personnes, n'a pas été capable d'attirer les électeurs centristes. Il risque d'être durablement affaibli, le score décevant des amis de Ségolène Royal compliquant une prise de pouvoir rapide de cette dernière sur l'appareil socialiste.
Résultat, le second tour des législatives va consacrer pour la première fois le bipartisme en France et se réduire à un duel entre la machine Sarkozy et un Parti socialiste anémié. Le Parti communiste enregistre en effet un score qui apparaît honorable (4,62 %), comparé à celui obtenu par Marie-George Buffet à la présidentielle (1,93 %) mais aura les plus grandes difficultés à sauver son groupe. Le Parti socialiste a toutes les chances d'être laminé. Le scrutin majoritaire va jouer son effet amplificateur. Le découpage des circonscriptions électorales, ciselé en 1986 par Charles Pasqua et qui n'a jamais été révisé en dépit des demandes répétées du Conseil constitutionnel, continue de favoriser la droite.
Enfin, les triangulaires ne voleront pas au secours de la gauche : leur nombre sera au maximum de douze. Il fallait recueillir 21 % des suffrages pour obtenir 12,5 % des inscrits et avoir le droit de se maintenir au second tour. Un sursaut de participation ne saurait pas à lui seul renverser la tendance. Avec une vague bleue annoncée, un Sénat structurellement à droite et des milieux d'affaires favorables, Nicolas Sarkozy s'apprête donc à concentrer entre ses mains plus de pouvoir que jamais. Son opposant le plus farouche semble désormais être le président du Conseil constitutionnel, le chiraquien Jean-Louis Debré. Insuffisant pour former un contre-pouvoir raisonnable.