Au square Villemin, rien n'a changé
Créé le 27.08.09 à 16h43 | Mis à jour le 27.08.09 à 18h12 |20 minutes
Des réfugiés afghans ont été évacués du square Villemin, à Paris, mardi 18 août./Oriane Raffin/20minutes.fr
SOCIAL - Les exilés afghans, chassés il y a dix jours, dorment désormais le long du canal Saint-Martin...
«On en est toujours à la même situation». Plus d'une semaine après l'évacuation du square Villemin, dans le 10ème arrondissement, à Paris,
les exilés afghans sont toujours là, sans domicile. Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile s'interroge: «Fermer le square est compréhensible. Mais maintenant, la question c'est
qu'est-ce qu'on fait des gens?» Si dans la journée, les exilés reviennent dans le parc, la nuit, ce dernier est bouclé par les agents de sécurité de la ville de Paris, avec leurs
chiens.
Les jeunes hommes trouvent donc refuge aux alentours, sur les bords du Canal Saint-Martin, notamment. «L'ambiance répressive,
intimidante, a disparu», note Jean-Michel Centres, du MRAP, «mais les exilés dorment sous les ponts, sous les porches. Avant, ils avaient un endroit pour se reposer, tranquilles. Maintenant ils
sont dans la rue.»
«Reçus en France dans des conditions
indignes»
Depuis des mois, plusieurs dizaines de réfugiés afghans y avaient trouvé abri, arrivant le soir, au moment de la fermeture, pour
y passer la nuit. A la suite de plusieurs actes de violence dans la communauté ou à l'encontre d'agents de la ville, la mairie de Paris a décidé d'agir, en fermant l'espace vert la nuit. «Parmi
eux, il y a 80 personnes en situation régulière, s'insurge Pierre Henry, ils ne sont pas hébergés, faute de place. Il faut un débat public sur la capacité d'hébergement en
France».
C'est ce que réclament aussi Mairie de Paris et Mairie du 10ème arrondissement. Les deux édiles préparent des courriers pour le
gouvernement. Au cabinet du maire du 10ème, on s'énerve: «On nous répond que créer de nouveaux hébergements, ça fait un appel d’air, que ça attire des gens. Nous on s’en fout, ils sont là, ils
sont des centaines, ils sont reçus en France dans des conditions indignes. On ne peut pas laisser des gens mariner dans des jardins sous la coupe des passeurs.»
80 places d'hébergement supplémentaires
Selon Dominique Bordin, de la Mairie de Paris, des «places ont été mises à disposition par l'Etat à Nanterre et à "La
Boulangerie", boulevard Ney à Paris, mais cela n'a pas marché avec les Afghans». Car «"La Boulangerie" devait en accueillir 120 la semaine dernière. La Ddass avait mis un bus à
disposition pour leur accompagnement, mais les Afghans n'avaient pas eu d'informations suffisantes», explique-t-il.
«Lorsque l'on met en place un hébergement d'urgence, il faut l'expliquer aux populations concernées», note Pierre Henry. Les
explications, les Afghans ne les ont pas eues, mardi dernier. Ils étaient persuadés que les bus les amèneraient tout droit en prison. «Ils étaient indignés, énervés. Ils estiment avoir été
traités comme des animaux, ce qui ne les a pas incité à suivre les autorités», complète Jean-Michel Centres. «De plus, certains centres recueillent des personnes en grande déshérence,
toxicomanes, alcooliques, les exilés n'ont pas voulu y aller», rajoute le directeur de France Terre d'Asile, qui estime, aujourd'hui, que le dossier n'a pas évolué.
Oriane Raffin