[ 04/08/09 ]
Le sujet ne manque pas de faire la une des journaux l'hiver, lorsque la température tombe en dessous de zéro. Mais des sans-abri meurent aussi l'été, ils sont même plus nombreux encore, selon les chiffres des associations. Pour mémoire, on estime à 100.000 le nombre de SDF en France, et plus de 265 auraient trouvé la mort dans la rue l'an passé. Conscient de la gravité du problème, le nouveau secrétaire d'Etat au Logement, Benoist Apparu, a décidé d'aborder le sujet en effectuant une série de déplacements sur le terrain : hier après-midi au sein de structures d'hébergement gérées par la Croix-Rouge et l'association Emmaüs, demain soir en accompagnant une maraude du Samu social.
Une initiative dont les associations d'aide aux sans-abri attendent beaucoup. Il faut dire que les dernières initiatives du gouvernement sur ce thème ont surtout créé la polémique. On se souvient ainsi de la proposition de Christine Boutin en novembre dernier, alors qu'elle était ministre du Logement, de forcer les sans-abri à rejoindre un hébergement d'urgence lorsque la température descendrait en dessous de 6 degrés. Une proposition finalement abandonnée devant le tollé suscité parmi les associations.
Des lits d'urgence ont bien été mis en place cet hiver pour pallier la demande, mais il s'agit dans la plupart des cas d'hébergements temporaires qui ferment en été, d'où le mécontentement des associations, qui dénoncent une politique faite d'effets d'annonce sans effort de long terme (lire ci-dessous).
D'autres signaux négatifs ont également inquiété les acteurs de terrain. La baisse de 7 % du budget de l'Etat consacré au logement en 2009 en fait partie, de même que l'abandon d'un ministère de plein exercice pour un secrétariat d'Etat. La nomination elle-même, début juillet, de Benoist Apparu a provoqué des remous : « Le logement et l'hébergement d'urgence qui lui est lié sont des dossiers très techniques, or ce n'est pas forcément quelqu'un qui s'est penché sur la question, souligne Christophe Robert, directeur de études au sein de la Fondation Abbé-Pierre. Christine Boutin avait une vraie sensibilité sociale, un dialogue était possible, mais elle n'avait pas de relais au-dessus d'elle », poursuit-il.
Un constat partagé par l'ex-ministre qui s'est livrée il y a quelques jours au « Point », après son éviction du gouvernement : « Le logement n'intéresse ni Fillon ni Sarkozy. Le mot logement n'a été prononcé dans aucune conférence de presse du président. Et je ne parle pas des sans-abri. Parce que, là, c'est encore pis ! Jamais il n'en a parlé, sauf lorsqu'il y a eu les morts de Vincennes. »Benoist Apparu aura donc fort à faire pour mobiliser l'exécutif sur le sujet et gagner la confiance de ses interlocuteurs sur le terrain.