Partager l'article ! « A l’heure de l’Europe de l’esclavagisme »: Fraises : polémique autour de cueilleurs d’Europe de l’Est ...
Un entrepreneur allemand exploite-t-il, dans des conditions indignes, des travailleurs polonais, roumains et ukrainiens, sur son exploitation agricole de Brumath ? La CGT crie à « l’esclavagisme ». Sur place, la réponse est bien plus nuancée.
Dans un communiqué de presse titré « A l’heure de l’Europe de l’esclavagisme », la CGT « dénonce et condamne les conditions
de vie, de logement scandaleuses imposées à des travailleuses ».
À la sortie de Geudertheim, à une quinzaine de kilomètres au nord de Strasbourg, un entrepreneur allemand exploite de longue date 10 hectares dédiés aux asperges, aux fraises et aux framboises.
Pour loger une soixantaine de saisonniers, il a bâti une dizaine de préfabriqués proposant des chambres pour deux personnes ainsi qu’une cuisine collective, un réfectoire, des douches avec eau
chaude et des sanitaires. Le tout est certes très simple, mais visiblement propre, en bon état et entretenu. « Ici, c’est très bien par rapport à d’autres endroits que j’ai connus en
Allemagne, » raconte un mécanicien roumain de 35 ans, présent depuis cinq mois avec son frère. « Nous avons un contrat de travail officiel écrit. »
« Je suis très contente. Je reviens depuis 3 ans, » complète une femme occupée à la cueillette des fraises. « Les conditions sont bonnes et si tu travailles, tout se passe bien
avec le patron. Aujourd’hui, je pense gagner entre 30 € et 40 € dont on me retirera 5 € pour le logement et les repas. » Au final, elle espère gagner environ 800 € nets par mois, alors
qu’en Roumanie elle ne pouvait espérer en toucher que 200 €. « Ouvrière dans une usine de chaussures, je profite de mes congés pour venir travailler six semaines ici et améliorer mes
revenus, » poursuit une autre.
Le salaire est au rendement et abouti à un salaire horaire d’environ 4 à 5 €, alors que le Smic horaire agricole est de 8,71 € pointe, avec pertinence, la CGT. Une situation sur laquelle
l’inspection du travail, qui a visité les lieux lundi, se penche.
Hier, Mariana Stoian, consul de Roumanie à Strasbourg, s’est rendue sur place pour rencontrer ses ressortissants, distribuer son numéro de téléphone et inviter chacun à la contacter en cas de
difficultés.
Etienne Wolf, maire de Brumath, l’accompagnait. La ville est en conflit avec l’exploitant, mais pour d’autres raisons. « Il a bâti ces installations en zone non constructible. Il a été
condamné en première instance, mais le dossier est aujourd’hui en appel. » Rien à voir en tout cas avec une exploitation de main d’œuvre.
Michel Arnould
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