Qui se souvient aujourd'hui de l'adresse, en 2003, de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, aux îlotiers du commissariat du quartier toulousain de Bellefontaine ? : "vous n'êtes pas des travailleurs sociaux...Les citoyens attendent d'abord de vous que vous arrêtiez des délinquants...La police de proximité est là pour prévenir, mais si elle est faite au détriment du travail d'investigation et d'interpellation, elle ne sert à rien..." cf
Albert Doutre, le directeur départemental de la sécurité publique de la Gironde, a quant à lui retenu la leçon. Suite à l'interpellation jeudi dernier par deux policiers de deux mineurs, soupçonnés d'un vol de vélo, à proximité de leur école de Floirac, le chef de la police a ainsi pris la défense de ses subordonnés : "les fonctionnaires, avec beaucoup de discernement et d'intelligence des situations n'ont pas voulu intervenir à proximité immédiate de l'école parce que cela aurait été générateur d'incidents. Néanmoins, n'ayant pas l'identité de ces deux jeunes mineurs désignés par la victime qui nous demandait légitimement de récupérer son bien, les deux femmes officiers de police judiciaire, elles-mêmes mères de famille, les ont pris en charge un peu plus loin avec toute la délicatesse nécessaire vis-à-vis d'enfants de 6 et 10 ans qu'il ne convenait pas de rudoyer, ni de menotter. Leurs parents, civilement responsables, ont été avertis en moins de cinq minutes et l'affaire s'est dénouée en l'espace de deux heures. Il n'y a rien dans le code de procédure pénale qui nous interdise d'entendre des enfants en bas âge."
Nous voilà donc rassurés : si de nos jours des minots peuvent être conduits au commissariat pour qu'il soit procédé à la vérification de leur identité, il n'est en revanche pas encore question de les rudoyer ni de les menotter. On est en France tout de même !
Mais monsieur Albert Doutre n'en est pas à son premier exploit ! En janvier 2007, il faisait arrêter, sur réquisition du parquet, une adjointe d'Alain Juppé et son directeur des affaires culturelles dans une affaire de spoliation supposée de personne âgée. Une véritable bombe à retardement pour les magistrats bordelais ! A l'époque, les policiers avaient reconnu que l'essentiel des preuves reposaient sur les écoutes téléphoniques qu'ils avaient pratiquées de novembre 2006 à janvier 2007. Les mis en examen qui ont obtenu en fin d'année 2007 que l'intégralité de ces écoutes soit versée au dossier ont désormais la preuve que la police judiciaire n'a transcrit que des fragments de conversation à charge, dont aucun ne vient étayer le chef d'inculpation d'association de malfaiteurs sur lequel repose tout un pan de l'instruction.
Quelques mois plus tard, le conseiller municipal Matthieu Rouveyre (PS) revenu choqué d'un conseil de quartier bordelais où il avait assisté, en septembre 2007, à une conférence étonnante donnée par le DDSP sur les nouveaux usages de la mondaine, en faisait le récit ex abrupto sur son blog: "Monsieur Doutre est intarissable : chiffres, nationalités, quartiers, rues. Il captive l'assistance en débitant tranquillement et avec un plaisir non dissimulé les informations, parfois sordides, qu'il détient. Il ne manquait que le prix de la passe pour faire des riverains médusés des experts, à leur tour, de la prostitution bordelaise."
Gageons que l'île de Mayotte, confrontée à d'innombrables problèmes d'insécurité, pourrait prochainement avoir besoin du talent et des compétences remarquables de ce grand professionnel de la police.