Terribles jours que ceux que nous vivons où nous sommes gratifiés, une fois encore, d'un nouveau pensum "alainduhamélien". Le Point en a fait le prétexte à sa une de cette semaine déclenchant la campagne de promotion du livre de l'homme qui est à René Rémond ce que Brice Hortefeux est à Clémenceau. La Marche consulaire, c'est le titre, prétend démontrer que l'actuel chef de l'Etat est l'héritier de Bonaparte. Une démonstration à la mode Sciences-Po 1955 que je vous résume ainsi en introduction de dissertation hommage à la dite mode Sciences-Po 1955: "Si, dans un premier temps, il est indéniable que l'actuel chef de l'Etat emprunte un nombre de traits de caractère et d'orientations politiques qui ne sont pas sans évoquer ceux de Napoléon Bonaparte, Premier consul, il n'en demeure pas moins qu'il existe entre les deux hommes des différences notables tant sur le plan du caractère que sur celui des orientations politiques, ce qui nous amènera à conclure que l'actuel chef de l'Etat est plus bonapartiste que Bonaparte.
Voilà , vous venez de lire le livre d'Alain Duhamel et je vous ai permis d'économiser 20 euros.
A part cela, nos éditorialistes émollients, de RTL et d'ailleurs, ont la mémoire un peu courte. Il existe un personnage de l'Histoire de France dont la nature, les goûts, les méthodes de gouvernement incarnent l'actuel chef de l'Etat plus que Bonaparte: il s'appelle Concino Concini; du reste, vous noterez que le patronyme lui-même à quelque chose en lui de Sarkozy.
J'avais consacré à cette parenté quelques lignes du Mitterrand 2008 (chez Ramsay, toujours disponible dans les bonnes librairies), et c'est pour cette raison, que, bravant toutes les régles élémentaires de la modestie, je me permets de citer ici ce passage bien plus intéressant que la lecture d'une "alainduhamelerie" de 250 pages.
"18 aout 2007
Tout ce tintamarre m’a conduit à relire avec profit la biographie de George Delamare consacrée à celui qui fut marquis d’Ancre et maréchal de France, biographie parue en 1946 sous le titre «Concino Concini, un aventurier maître du royaume de France ». Ma foi, pour ceux qui estiment que l’Histoire se répète toujours, (la première fois tragédie, la seconde farce), c’est une lecture des plus instructives. Concino Concini a inventé le sarkozysme bien avant ce diable de Sarkozy. Tout y est : la petite noblesse d’origine étrangère, l’argent, la clientèle, l’encombrante épouse, l’irrésistible ascension, le pouvoir par l’intimidation et la corruption des moeurs… Le livre refermé, on finit par se demander s’il ne faut pas croire à la réincarnation.
Concini était très fier de s’être fait octroyer la charge d’écuyer de la reine Marie de Médicis, épouse d’Henri IV. Cette charge lui donnait le droit de pénétrer à cheval ou en carrosse dans la cour du palais du Louvre, un privilège dont il était si fier qu’il en usait et abusait tel un enfant, prenant sans cesse son entourage à témoin de sa bonne fortune. Ce genre de facéties n’était pas du goût de tout le monde. Un jour, il voulut se faire entendre selon son bon vouloir par le parlement de Paris. Il y entra de force et sans se découvrir, mal élevé qu’il était des usages. Il fut bastonné par les clercs du palais. Les gens de sa suite s’en mêlèrent et il s’ensuivit un beau tohu-bohu. On lui rappela que l’immunité du parlement était la règle et que les représentants du roi n’y avaient pas accès selon leur bon plaisir.
Après la mort d’Henri IV, devenu maréchal de France, il se crut tout permis. Il lui arriva même de réclamer le fouet pour le dauphin soumis à la régence de sa mère, ce que le futur Louis XIII n’oublia jamais. Il continua de se comporter en nouveau riche à la cour de France. Sa fortune personnelle enfla jusqu’à la moitié du budget annuel de la couronne de France, c’est vous dire s’il s’était bien servi. Sa femme avait gravi toutes les marches du pouvoir avec lui. Elle était italienne comme lui, aimait l’argent comme lui, et était détestée comme lui.
Devenu enfin roi, Louis XII n’eut de cesse que de se débarrasser de ce couple infernal. Fort opportunément, il reçut le 15 avril 1617 une lettre anonyme lui détaillant les turpitudes du couple Concini.
« Cet homme et cette femme, ainsi faits et conditionnés, ont tellement abaissé les uns, corrompu les autres, par l'entière disposition qu'ils ont de toutes les charges et trésors de France, emprisonné, banni, affoibli et intimidé le reste, qu'il ne leur manque plus, pour se voir en réelle possession de la royauté, que le titre et le nom d'icelle ; à quoi ils sont aspirants par degrés, puisque l'espérance non plus que l'apparence ne leur dénie point absolument le succès, croyant voir quelque raison qu'il y avoit bien plus loin de la condition la plus vile, honteuse et abjecte qui se puisse imaginer en laquelle leur naissance les avoit soumis, au degré d'extrême hautesse où ils sont maintenant constitués, qu'il n'y a d'icelui à obtenir le nom du roi, sinon pour eux au moins pour tel qu'il leur plaira. »
Certains ont attribué cette lettre à Sully, l’ancien ministre d’Henri IV que Concini avait renvoyé sans ménagements. Aucun élément n’a jamais permis de l’établir, mais cela fut déterminant pour convaincre le jeune roi qu’il fallait agir.
Evidemment, tout cela a mal fini. Concini fut assassiné sur ordre de Louis XIII dans cette même cour du Louvre où il aimait tant parader à cheval. Ses partisans et affidés s’évanouirent sitôt après sa mort, personne ne réclama justice. Son corps, enseveli sous une dalle de l’église Saint-germain l’Auxerrois fut déterré par les parisiens, traîné, lapidé, bastonné, pendu, écorché, dépecé, le coeur arraché et dévoré par les plus excités de la populace qui le haïssait, et finalement brûlé.
Concini fut ainsi léché, lâché, lynché… Finalement Jean-François Kahn n’a rien inventé."