Partager l'article ! L’endroit traîne une sinistre réputation.: Le dernier recours des "exclus des exclus". Ceux dont on ne veut nulle part ailleurs. Chaque s ...
L’endroit traîne une sinistre réputation.
C’est un bâtiment moderne, tristement fonctionnel. Le centre d’accueil des sans-abris de Nanterre a été reconstruit en l’an 2000 et ce n’est pas, ce n’est plus le taudis du XIXe siècle au nom
évocateur de "dépôt de mendicité". Pourtant, sa réputation est encore bien vivace. Car Nanterre, c’est le dernier refuge des "exclus des exclus", des paumés si
désocialisés qu’on les refuse partout ailleurs.
Chaque soir, le bus des sans-abris y déverse ses cohortes d’abîmés de la vie. Leur premier contact avec Nanterre est ce couloir de guichets en enfilade (notre photo), où l’on note leur arrivée. Les plus fatigués s’effondrent et dorment à même le sol. D’autres discutent. Beaucoup fument car, malgré la loi, il y a ici une forme de tolérance pour ne pas ajouter de pression supplémentaire à ces gens déjà soumis au pire.
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Puis c’est la douche. Proposée, pas imposée comme on le raconte parfois. "C’est toute la différence entre convaincre et contraindre", explique l’un des trois médecins de permanence. "Un moment de soin, avant tout" , poursuit le docteur Jacques Hassin, qui ausculte et soigne plaies et lésions, le quotidien de ceux qui vivent dans la rue.
Après les ablutions, l’heure de la soupe. Chaude, elle aussi. Il n’est pas encore 19 heures quand les premiers passent à table. L’ambiance est calme dans l’immense réfectoire, le couvert correct. Pas de la grande cuisine, plutôt un repas de famille, au menu équilibré : entrée, plat chaud et dessert.
Certains préfèrent repartir après la douche et le repas. La plupart restent pour la nuit. En chambrées de quatre ou cinq lits. Des lieux propres et bien tenus, à la déco dépouillée.
Mais Nanterre, ce sont aussi ces excès de violence. Parfois. "Moins souvent qu’on ne le raconte", selon les responsables du centre car, la plupart du temps, les conflits sont réglés à temps, avant qu’ils ne dégénèrent. En réalité, plus inquiétant que les petits larcins, Nanterre voit débarquer chaque soir un nouveau type de résidents, symptomatique de l’aggravation de la crise. Toute une population de travailleurs pauvres, des intérimaires qui survivent – plus qu’ils ne vivent – de petits boulots et qui n’ont pas les moyens de se loger.
Rares sont les sans-abris de Nanterre qui auront accepté de témoigner au micro France Info. Par peur d’être reconnus par des membres de leur famille, à laquelle ils ont caché leur descente aux enfers. Pas pudeur. La dignité, c’est tout ce qu’il vous reste quand vous n’avez plus rien.