Lundi 15 décembre 2008

Et maintenant le filon des disgrâces

libération

Par Daniel Schneidermann


La belle, la magnifique double disgrâce ! Et les deux en même temps, la Noire et la beurette, les deux icônes rivales, confondues dans la même colère présidentielle. Les beaux récits, qui se préparent. Les tragiques couvertures de magazines, qui consoleront de leur sort les licenciés, les mis en chômage partiel, les RMistes, les SDF ! Quel filon inépuisable, le sarkozysme. Car tout sera public.

A commencer par les coups de dague. Comment précipite-t-on les favoris dans l’oubliette, sous le sarkozysme triomphant ? Par voie de presse. Et vive la transparence !

Admirez la manière Kouchner, la plus inattendue. Donc, le «French doctor», l’inventeur du droit d’ingérence, l’indigné télégénique des quatre dernières décennies, parachève sa trahison en se lançant dans une vaste méditation philosophique et désintéressée : un ministère des Droits de l’homme, était-ce bien la peine ? Il en a naguère proposé à Sarkozy la création, il a eu tort, grand tort. Il ne faut pas mélanger raison d’Etat et droits de l’homme. Attention : c’est une question de fond ! Evidemment, l’existence d’une titulaire du poste, nommée Rama Yade, n’a strictement rien à voir avec la méditation philosophique et désintéressée. «Elle a fait du mieux qu’elle a pu, avec son talent», concède le spadassin. Et aucun rapport non plus, si l’envolée survient alors que le Château, paraît-il, est furieux contre ladite Rama Yade, coupable de résister à l’injonction présidentielle de se présenter aux élections européennes. On imagine l’inquiétude du transfuge : l’ai-je bien estoquée, patron ?

Deux jours plus tard, le Point annonce en couverture une longue enquête sur «l’extravagante Mme Dati». Avalanche de révélations. Le saviez-vous ? Il paraît que Dati use et abuse des avions ministériels. Qu’elle ne supporte avec elle, dans son avion de huit places, que son chef de cabinet et son chargé de communication. A 15 000 euros le voyage au bas mot, tout de même. Savez-vous quoi d’autre ? Elle est en permanence en déplacement. On se demande «quand elle trouve le temps d’étudier ses dossiers», s’inquiète le Point. Qui sans doute nourrirait exactement l’inquiétude inverse si Dati se cloîtrait dans son ministère. «On se demande quand elle a le temps d’explorer le terrain». A part cela ? Elle a préféré recevoir le prince de Monaco, plutôt que les surveillants de la pénitentiaire, qui poireautaient dans le salon voisin. Magnifique scène, dont le Point a choisi de faire l’attaque de son enquête. Tout y est. On croit entendre le tintement des cuillers dans les tasses de sèvres du prince et de la ministre, les rudes voix des surveillants.

Savoir si les disgrâces sont justifiées ou non n’est pas la question. Pris individuellement, tous les faits du dossier d’accusation sont sans doute vrais. Oui, sans doute, Yade a peiné à dépasser le stade de potiche. Oui, Dati est une ministre incompétente. Oui, Dati est sans doute un personnage caractériel, mondain et superficiel. Mais au moins autant que son patron. Car Dati n’est pas seulement capricieuse : elle est elle-même un caprice de Sarkozy. Et tout cela dure depuis mai 2007, dans un silence de bon aloi.

La disgrâce, en outre, est sélective. Sans doute Dati use et abuse de ces friandises que sont les avions de la République. Mais davantage que tous ses collègues, Fillon en tête ? Il y a quelques mois, Fillon avait même emprunté un de ces avions pour rentrer… d’Angers (deux heures quarante-cinq de Paris, en TGV). La France l’apprit par hasard : l’avion de Fillon avait manqué percuter un avion de tourisme. Le pilote de l’avion de tourisme vient d’être jugé. Le tribunal n’a pas réussi à savoir à quelle vitesse volait l’avion de Fillon : secret-défense. Quelle belle couverture, le Point aurait pu faire, avec «les extravagances de Fillon». Mais avant l’heure de la disgrâce, ce n’est pas l’heure.

Que les deux futures peut-être virées soient des femmes est, en l’espèce, secondaire. Certes, Kouchner suggère aimablement à Yade de s’occuper «des droits des enfants, et des femmes victimes de violences sexuelles», domaines volontiers concédés aux femmes. Certes, le Point légende ainsi une photo sur laquelle on voit la ministre descendre une passerelle d’hélicoptère : «L’ai-je bien descendue ?» Mais la disgrâce frappe pareillement les hommes. Martinon, hier. Demain, qui ?

Reste la touche finale. A la fin de sa longue enquête, le Point insinue que Sarkozy devra faire attention : Dati pourrait bien détenir de lourds secrets de famille, à propos de la gestion du département des Hauts-de-Seine. On n’en saura pas plus. Le Point ne précise pas ce que sait Dati. Il ne précise pas ce qu’il sait lui-même. Suite aux prochains épisodes.

Quel filon, le sarkozysme !

Par Gaullisme populaire et Sociaux . Daniel Hentzé - Publié dans : Nicolas Sarkozy Président de la République. - Communauté : La communauté des Gaullistes .
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