Congrès. La Gauche moderne a accueilli de nombreux élus et ministres de l’UMP.
LAURE EQUY libération.
Jean-Marie Bockelen juillet 2008. (Reuters)
Ils se sont précipités pour glisser leurs mots doux à l’oreille de la «gauche de la majorité». C’est devant un parterre de ministres et de représentants de l’UMP que le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, Jean-Marie Bockel, a tenu, ce week-end à Suresnes (Hauts-de-Seine), le congrès fondateur de son petit parti, la Gauche moderne. L’occasion pour les secrétaires d’Etat Yves Jégo et Roger Karoutchi, le président du Nouveau Centre, Hervé Morin, Patrick Devedjian, Dominique Paillé et Frédéric Lefebvre pour l’UMP, le conseiller spécial du chef de l’Etat Henri Guaino, Jean Sarkozy et l’on en passe, de dire tout le bien qu’ils pensent de l’ouverture.
Prôné par Nicolas Sarkozy après son élection à l’Elysée, le filon a de beaux jours devant lui : «J’ai souhaité l’ouverture, je veux continuer dans cette voie et même aller plus loin aujourd’hui», a annoncé le chef de l’Etat dans un message à Bockel, alors qu’un remaniement se profile pour 2009. «Tout milite pour que cette ouverture soit poursuivie», confirme François Fillon. Et de caresser dans le sens du poil les militants du parti de Bockel (1 000 adhérents revendiqués) qui se disent de gauche tout en roulant pour la politique de Sarkozy : «Il y a moins de différences entre nous qu’entre les différents courants du PS.»
«Vassaliser». L’escorte du Premier ministre s’engouffre dans la brèche. Finis les railleries sur «un casting à la Fogiel» - pique de Nadine Morano qui avait peu goûté, l’année dernière, le franc-parler de Fadela Amara, symbole de l’ouverture à gauche et à la diversité. Secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, Yves Jégo, souligne «la nécessité de mettre de la gauche dans la droite. L’ouverture n’est pas un gadget, mais le sentiment que le pays ne se gère pas avec un clan». Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP, veut «que ce ne soit pas juste un coup politique mais que l’ouverture continue tout le quinquennat». Jusqu’aux sarkozystes, comme il avait ironisé, après la présidentielle, déçu de ne pas être appelé au gouvernement ? «Il faudra ouvrir encore plus, renchérit le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre, même si c’est plus confortable de rester entre soi.»
Pour Jacques, militant du Val-de-Marne, «la surreprésentation de l’UMP au congrès est un message au PS, pour dire que la droite va désormais protéger l’espace de la Gauche moderne, et à la fois, un signe d’alerte : ils cherchent sans doute aussi à nous vassaliser». De son côté, Bockel biche, qui a eu la main lourde sur la liste d’invités de droite : «Je le vois comme une forme de reconnaissance. Et ils voulaient tous venir !»
Recrue zélée. Les ministres d’ouverture, eux, n’ont pas fait le déplacement, ne souhaitant pas rempiler pour un nouveau parti. Eric Besson était, lui, en Autriche, dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne. Le secrétaire d’Etat à la Prospective mène son chemin de son côté, avec le club des Progressistes, sans avoir voulu fédérer avec Bockel, un pôle à la gauche de la majorité. Des démarches que les entourages des deux ex-socialistes veulent moins concurrentes que complémentaires. «Le jeu des médias a été de tenter de nous opposer, ce qui n’a pas de raison d’être», assurait jeudi Eric Besson.
Pour accompagner l’ouverture du Président, Bockel fait donc figure de recrue la plus zélée : la création de son parti, il y a un an, donne, estime-t-il, «un sens politique et collectif» à son entrée au gouvernement. Et le congrès socialiste de Reims conforte, selon lui, son «constat de la faillite de la gauche archaïque. Ségolène ou Martine, il n’y a pas de prénom meilleur que l’autre pour perdre», balance-t-il devant ses troupes, pour la plupart des déçus du PS.
«Aiguillon». Plus à l’aise que chez les socialistes - où sa motion avait recueilli 0,65% en 2005 -, le maire de Mulhouse peine pourtant à se faire entendre dans la majorité. Le lot des ministres d’ouverture ? Selon les militants, Martin Hirsch (Solidarités actives) et Jean-Pierre Jouyet (Affaires européennes) tirent leur épingle du jeu. «L’examen de passage pour Jean-Marie sera le remaniement, juge François, des Hauts-de-Seine, qui voit la Gauche moderne en «aiguillon pour titiller l’UMP». Sans être dupe: «L’UMP a besoin d’élargir sa base électorale.»
«Un ministre est dans son domaine. On a un autre rôle quand on dirige un parti», veut croire le président de la Gauche moderne, qui souhaiterait pousser quelques idées comme la flexisécurité ou la création d’un impôt à taux fixe, la flat-tax. Et présenter des candidats aux européennes, sur des listes UMP, et aux régionales. Rien qui pourrait nuire à la droite.