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Henri Guaino, le retour ? "Il n'est jamais parti, il ne revient pas", commente l'intéressé. En réalité, il jubile. Le discours de Nicolas Sarkozy à Toulon, jeudi 25 septembre, sur la faillite du capitalisme financier et le retour de l'Etat, c'est lui.
Le conseiller du président tient sa revanche. Son discours de Dakar (juillet 2007) sur l'homme africain lui avait valu d'être traité de "néocolonialiste". L'Union pour la Méditerranée (UPM), lancée un an plus tard, s'était faite aux conditions allemandes et avait été reprise en main par la cellule diplomatique dirigée par Jean-David Levitte. La réforme de la Constitution avait heurté ses convictions gaullistes. Mais le voilà requinqué par le tsunami financier. " Cela fait vingt ans que j'en parle", explique cet ex-séguiniste de 51 ans, qui affirme vivre un "tournant" dans l'Histoire. Comparable à la création de l'Etat providence après 1945 ou à la libéralisation de l'économie au début des années 1980.
L'entourage de M. Sarkozy concède, un brin ironique, la victoire de M. Guaino. "Le président a une vision instrumentaliste des gens, Pour le verbe, Guaino est très doué", commente un conseiller. Mais beaucoup nient à Henri Guaino toute influence de fond. "Il n'y avait rien d'euroscandaleux dans le discours de Toulon", commente l'un. " Ce n'était pas du Séguin", renchérit un autre.
En fait, le cataclysme est tel que la rhétorique de M. Guaino s'est imposée dans un consensus inhabituel. Au fil des mois, chacun a appris à mettre de l'eau dans son vin à l'Elysée. Henri Guaino a compris qu'il était inutile d'attaquer Jean-Claude Trichet, président de BCE, qui a géré la crise avec doigté.
Les autres ont bien vu que la faillite de Wall Street ouvrait une ère nouvelle. Une fois le principe d'un discours arrêté, Nicolas Sarkozy a réuni mi-septembre le premier cercle de ses collaborateurs. Il a dicté les têtes de chapitre et confié la plume à M. Guaino. De New York, il lui a fait parvenir des précisions, via son conseiller économique, l'ancien banquier François Pérol, après sa rencontre avec le président de la Fed (Réserve fédérale américaine). Un premier jet est disponible mercredi midi. M. Sarkozy reçoit alors Alain Minc et un certain nombre de personnalités du monde économique qu'il a l'habitude de consulter : Nicolas Baverez, Jean-Paul Fitoussi, Michel Didier, Jean-Philippe Cotis, Nicolas Bazire, Henri de Castries.
NOUVEAU BRETTON WOODS
Les débats confirment trois orientations : la crise bancaire va traverser l'Atlantique, l'épargne des Français doit être garantie ; il ne faut pas formuler d'exigences européennes irréalisables, d'autant que la France préside l'UE ; toute relance comme en 1974 ou 1981 est exclue, mais il convient de ne pas aggraver la crise, ce qui revient à laisser filer les déficits. Revêtu de son habit européen, le président de la République téléphone à la chancelière allemande, Angela Merkel, et fait ajouter son nom, le seul cité, dans le discours. Henri Guaino est ravi. Il a un nouveau job : la préparation du nouveau Bretton Woods qui ne peut qu'émerger après la faillite du système financier.