Israël: les défis de Livni
Patrick Anidjar
Agence France-Presse
Jérusalem
Renforcer une coalition bancale, faire avancer le processus de paix avec des alliés qui traînent les pieds, affronter une crise financière mondiale: les défis ne manquent pas pour Tzipi Livni qui brigue la succession du premier ministre israélien Ehud Olmert.
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Et pour cette femme de 50 ans, entrée en politique il y a moins de dix ans et devenue chef de la diplomatie, les obstacles
s'annoncent nombreux.
Le premier est de taille: assurer la stabilité du parti dont elle vient de prendre la direction à l'issue de primaires remportées à l'arraché.
«Au vu des résultats et du faible écart avec son principal rival Shaul Mofaz (431 voix), garantir la stabilité du Kadima va être compliqué», explique à l'AFP le politologue Avraham Diskin, de
l'Université hébraïque de Jérusalem.
«Elle ne doit jamais oublier qu'en Israël, le consensus autour d'un dirigeant, est un fait rarissime, voire inexistant et toujours fragile», ajoute-t-il.
Pressentant la difficulté, elle a lancé dès l'annonce des résultats officiels, un appel à l'unité.
«Nous avons de nouveaux objectifs et nous devons y travailler ensemble», a-t-elle dit devant les membres du Kadima.
«Nous devons changer les choses et instaurer rapidement la stabilité», a-t-elle insisté.
Mme Livni a d'ailleurs prévu de rencontrer dès vendredi les représentants des autres partis politiques dans le but de former la coalition qu'elle compte diriger. Le Kadima compte 29 des 120
sièges à la Knesset (Parlement).
«Là, elle risque vite de constater que sa route est encore semée de multiples embûches», met en garde le professeur Efraïm Inbar, de l'université Bar Ilan de Tel-Aviv.
«La menace nucléaire iranienne, le processus d'Annapolis avec les Palestiniens, le retour de la Russie sur la scène proche-orientale sont autant de questions sur lesquelles elle doit commencer
à s'exprimer sans ambiguïté», relève à ce propos le professeur Inbar. Selon lui, la ministre des Affaires étrangères n'a pas jusqu'ici été suffisamment explicite sur ces sujets.
La poursuite du processus de paix avec les Palestiniens pose problème alors que le parti religieux ultra-orthodoxe Shass a déjà fait savoir qu'il refuserait de s'associer à un gouvernement qui
négociera l'avenir de Jérusalem-est, une issue majeure dans tout règlement de paix.
Or le Shass (12 députés) est un élément central de la coalition au pouvoir, sans laquelle il serait difficile pour Mme Livni de constituer un gouvernement.
«Quelques semaines de tractations avec les renards du Shass seront suffisantes pour fracturer son image de Mère Teresa et plonger une Livni blessée, couverte de goudron et de plumes dans des
élections générales», écrit Hemi Shalev, du quotidien Israël Hayom.
Le problème, avertit le commentateur politique Daniel Bensimon, «c'est que Livni n'a jamais été au centre des grands conflits d'Israël, que personne ne sait comment elle gèrera une crise avec
l'Iran, les pourparlers en cours avec la Syrie, ou une éventuelle troisième Intifada».
«Ce que disent ceux qui la soutiennent, c'est que contrairement à Ehud Olmert, elle est intègre et que donc elle mènera une politique propre. C'est bien, certes, mais ce n'est pas un plan
d'action», ajoute-t-il.
À plus long terme, dans l'hypothèse où elle formera une coalition viable, elle devra aussi se mesurer avec une nouvelle administration américaine et une crise financière internationale qui
pourrait avoir des répercutions sur l'économie israélienne, qui connaît une période de croissance depuis quatre ans.
«À court terme, tout va lui sourire et sa popularité devrait croître, estime le professeur Diskin. C'est par la suite qu'elle va devoir faire la preuve qu'elle est capable de gouverner et de
relever les défis».