Mercredi 17 septembre 2008
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La Tour d'argent occupée par ses salariés sans-papiers
(DR)
Cinq salariés sans-papiers de ce restaurant parisien réputé occupent les locaux depuis ce matin, en attendant une
régularisation.
Cordélia Bonal
LIBERATION.FR : mercredi 17 septembre 2008
Le scénario est maintenant bien rodé. Après les restaurants Chez Papa ou le Bistro Romain, c'est au tour de la très réputée Tour
d'Argent, dans le Ve arrondissement à Paris, d'être occupée par ses salariés sans-papiers. Depuis ce matin, cinq d'entre eux ont arrêté le travail, soutenus par la CGT et d'autres travailleurs
sans-papiers.
A midi, à l'extérieur de ce temple de la gastronomie, c'est la confusion. Devant l'entrée
principale, dont le rideau métallique a été tiré, se pressent syndicalistes, travailleurs sans-papiers et journalistes. Aiguillés par un service d'ordre improvisé, les clients, interloqués,
entrent par une porte sur le côté, direction le restaurant au 6e étage. Pendant ce temps, au rez-de-chaussée, dans les salons tout en dorures et mobilier empire, on négocie.
D'un côté, les sans-papiers. Une quarantaine au total, dont cinq salariés de la Tour d'Argent et trois du restaurant voisin la Rotisserie du Beaujolais. Les autres, intérimaires dans une
entreprise de BTP, sont venus en renfort. Plongeurs ou commis, les cinq grévistes, tous maliens, ont été embauchés en CDI à la Tour d'Argent il y a plusieurs mois ou plusieurs années, en
fournissant de faux papiers.
Face à eux, la direction, qui assure n'avoir découvert qu'aujourd'hui qu'elle avait recruté des sans-papiers. «Ils nous ont fourni des papiers, des cartes vitales, des RIB, nous n'avions pas
de raison de soupçonner des faux», plaide Fabrice Rollo, le directeur des ressources humaines, photocopies à l'appui et dossiers sous le bras. Agacé de «passer pour des voleurs et des
tricheurs alors qu'on n'y est pour rien», il souligne que ces salariés ont «exactement les mêmes conditions de travail que les autres».
Faux papiers
Les principaux intéressés ne disent d'ailleurs pas le contraire. Mediba, 29 ans, est en France depuis 2005 et plongeur à la Tour d'Argent depuis 9 mois. Huit heures par jour, cinq jours
par semaine, 1200 euros net par mois. Au moment de son recrutement, il a fourni des faux-papiers achetés 200 euros. «C'est passé sans problème.» Comme les autres, il compte poursuivre
l'occupation «jusqu'à ce que la préfecture nous donne des papiers».
Entre la direction et les sans-papiers, la CGT joue les intermédiaires. Portable vissé à l'oreille, Raymond Chauveau, porte-parole du syndicat, supervise les opérations. «Ces salariés sont en
CDI dans un secteur en tension, ils sont en plein dans les "critères", ils doivent être régularisés.» Et si les choses traînent? «Nous ne partirons que quand nous aurons l'assurance
d'une régularisation.»
La direction, que la perspective d'une occupation prolongée n'enchante guère, s'est engagée à «intervenir
auprès de la préfecture pour obtenir la régularisation» des sans-papiers.