Mercredi 17 septembre 2008
L'irrésistible tentation du charcutage électoral
Par Eric Dupin. Le chantier du redécoupage des circonscriptions législatives est
lancé. Dans le principe, rien à redire. Mais Alain Marleix, le monsieur élections de l'UMP qui pilote l'affaire, aura le plus grand mal à résister à la tentation d'avantager ses
amis.
Photo Berbercarpet-Flickr-Licence CC
Les ciseaux vont reprendre du service au ministère de l'Intérieur. Le Conseil des ministres vient de donner son feu vert au
vaste chantier du redécoupage des circonscriptions législatives. Dans le principe, il n'y a rien à redire. La carte actuelle a terriblement vieilli puisqu'elle date de plus de vingt ans ! Le
précédent redécoupage fut réalisé sur la base du recensement de 1982. A l'époque, la France comptait 55 millions d'habitants, contre 62 aujourd'hui.
Les inégalités entre les circonscriptions ont pris un tour scandaleux. Un électeur de la 2ème circonscription de Lozère (27.563 électeurs inscrits) pèse politiquement quatre fois plus que
celui qui habite dans la 2ème circonscription du Val d'Oise (114.930 inscrits). Et si on raisonne en nombre de Français (inscrits ou pas) représentés, le premier est même huit fois plus
influent que le second ! Le Conseil constitutionnel a pressé, à plusieurs reprises, le gouvernement de remédier à ces inégalités creusées par les mouvements démographiques. Il n'est que temps
d'agir.
Toutes les raisons de craindre le charcutage
Mais il y a manière et manière. Rien n'est plus tentant qu'un redécoupage électoral pour une majorité aux manettes encline à se donner un petit coup de pouce. Il est aisé de dessiner des
circonscriptions qui avantagent ses amis politiques. On appelle cela le charcutage électoral. Un bon exemple de cette dérive a été fourni en 1987 avec le redécoupage dirigé par le ministre de
l'Intérieur de l'époque, Charles Pasqua, qui ne s'embarrassait pas de scrupules. Quand on connaît la propension du pouvoir sarkozyste à privilégier ses copains, on peut craindre le pire.
D'autant plus que l'homme qui est à la manœuvre, Alain Marleix, n'est pas seulement secrétaire d'Etat à l'Intérieur. Il est aussi secrétaire national aux élections de l'UMP !
L'opposition est fondée à nourrir de sérieuses craintes. Elle ne sera guère rassurée par la mise en place d'une « commission de contrôle » comportant trois hauts magistrats et trois «
personnalités qualifiées »… nommées par le président de la République, celui de l'Assemblée nationale et celui du Sénat (tous de droite).
Marleix a certes promis, la main sur le cœur, que son redécoupage serait « neutre politiquement ». Le problème est que cela ne veut pas dire grand chose. Le respect de l'égalité démographique
entre les circonscriptions peut se concrétiser par des découpages variés dont aucun n'est parfaitement objectif. Comme l'opposition crie toujours au charcutage, la majorité en place peut
cyniquement en profiter pour s'avantager autant que faire se peut.
Le jeu est toutefois limité. Pour des raisons techniques dont nous faisons ici grâce au lecteur, plus un découpage est biaisé en faveur d'un camp et plus il est risqué pour ce même camp.
Autrement dit, son efficacité est conditionnée par un rapport de forces attendu qui ne se vérifie pas toujours dans la réalité. Il ne faut pas surestimer l'impact global du charcutage
électoral le plus éhonté. S'il peut être une arme redoutable pour servir localement quelques affidés, il est impuissant à mettre une majorité à l'abri d'un désaveu
électoral.
Mercredi 17 Septembre 2008 - 16:19 mariane.
Par Gaullisme populaire et Sociaux . Daniel Hentzé
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