Petit brouhaha hier en début d’après-midi à la Fête de l’Humanité devant le stand d’Olivier Besancenot. Une dizaine de jeunes militants communistes entonnent des chansonnettes hostiles à la LCR pendant que le postier dédicace des livres. « Ce mec, il attire juste les caméras », s’énerve Lucas, 17 ans, qui milite depuis deux ans au sein de la Fédération communiste de la Loire.
Dans les allées du Parc de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), une grande partie du public a moins de 30 ans. Une « clientèle » que le Parti communiste ne veut surtout pas laisser filer vers Olivier Besancenot et son Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Car ce dernier veut récupérer les déçus du PC et il ne se prive d’ailleurs pas, lors de cette Fête de l’Humanité, pour distribuer des tracts à tour de bras.
«C’est la droite qui orchestre sa popularité »
« Ce nouveau parti ne me tente pas, je suis bien où je suis », assure Marie, 22 ans. Depuis 2006 au Parti communiste, cette étudiante n’entend pas céder à la mode Besancenot. Comme beaucoup de militants, elle reproche au porte-parole de la LCR de ne faire que contester sans rien proposer. « Bien sûr qu’on a des luttes communes, mais, eux, ils ne veulent pas quitter la rue », remarque Coline, 21 ans. « J’ai adhéré au PC il y a un an, car je sais que ce parti veut construire des choses et il s’en donne les moyens avec ses élus », justifie cette Parisienne. Les 10 000 élus communistes font la fierté des militants, même si certains regrettent que pour cela leur parti soit obligé de faire alliance avec les socialistes. Le phénomène de personnalisation de Besancenot est également très critiqué. « Notre parti, ce n’est pas seulement un nom », lâche Sébastien, Parisien. « La LCR sans Besancenot, ce n’est rien, grince-t-il, et en plus c’est la droite qui orchestre sa popularité pour détruire les autres forces de gauche. »
Pourtant, tous les jeunes du PC ne sont pas insensibles à celui que les sondages placent en tête des opposants à Nicolas Sarkozy. Elsa, Baptiste, Anne-Lise et Delphine, quatre amis des Jeunesses communistes (JC) de Besançon (Doubs), ne nient pas les qualités du postier de Neuilly. « C’est sûr que lors des débats, je le trouve bien meilleur que notre secrétaire nationale, Marie-George Buffet », reconnaît Anne-Lise. Tous les quatre regrettent qu’une telle personnalité n’existe pas à la tête du PC pour « mobiliser les foules ».
« Malgré les difficultés financières, on a les moyens de militer »
Alors pourquoi restent-ils au PC ? « C’est une famille et, même quand il y a des soucis et des choses qui nous agacent, on ne quitte pas sa famille comme ça », estime Elsa, 23 ans. Tous les quatre vantent également la « machine PC ». « Malgré les difficultés financières, on a les moyens de militer », racontent-ils en assurant que le NPA de Besancenot est loin d’avoir la même logistique. Mais Delphine, qui va bientôt partir s’installer à Nantes, est moins sûre de son engagement. Militante à la JC, elle n’a pas encore pris sa carte et ne sait pas si elle le fera. « Lorsque je vais déménager, j’irai assister à une réunion du NPA, lâche-t-elle devant ses camarades. Pour voir à quoi cela ressemble…» Silence gêné dans les rangs.
Le Parisien