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Nord Eclair - 14/09/2008


Paris-Lourdes : découverte d’un pape



JULES CLAUWAERT
«Heureux comme Dieu en France » : ou bien, en pastichant Goethe, « comme le Pape Benoît XVI à Paris et à Lourdes » ? Il n’est pas si loin le temps où Joseph Ratzinger, préfet au Vatican de la Congrégation pour la doctrine de la foi, était traité en « Panzercardinal » par ceux qui ne voyaient en lui que le gardien vigilant des tables de la loi, tandis que son ami Karol Wojtyla, devenu Pape, parcourait le monde en rassemblant des foules de fidèles enthousiastes. Et voici que d’autres foules découvrent le nouveau chef de l’Église catholique et lui réservent le même et chaleureux accueil. À Cologne, puis à Sydney, pour les déjà fameuses « Journées mondiales de la jeunesse ».
Et puis, en France, où le 150e anniversaire des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous devenait circonstance favorable pour une visite pastorale.
Le détour par Paris a donc donné lieu à une série de rencontres, d’une densité extraordinaire, permettant d’abord, et à la lettre, de « mieux faire connaissance ». De l’homme, souriant, et ne cachant pas son plaisir d’être reçu comme un ami par les foules qui l’ont massivement suivi et entouré à la trace, dans chacun de ses déplacements. De l’intellectuel, ensuite, théologien de haute renommée. Du parfait francophone, ami et admirateur d’un pays dont il sait le rôle joué dans l’histoire du peuple, et dans celle de l’Église. Du pasteur, qu’inquiète la déperdition de la pratique religieuse, mais qui sait aussi de quelles ressources spirituelles il dispose pour nourrir l’espérance. Le Pape, désormais, ne sera plus seulement considéré en France comme un brillant intellectuel, dissertant sur les relations entre la foi et la raison, mais comme un homme de chair et de sang, soucieux de justice et de paix.
Alors, la laïcité ? Benoît XVI ne peut être plus royaliste que le roi, ni, bien sûr, se formaliser quand le Président français la veut « positive ». On le sent davantage dans son rôle quand, à son tour, comme son prédécesseur Jean-Paul II s’adressant à ses compatriotes, il lance aux jeunes l’adjuration : « N’ayez pas peur ! ». Contre tous les fanatismes, il n’est pas moins compris et applaudi quand il demande à cette jeunesse d’avoir le courage d’affirmer sa foi, et sa volonté de construire un monde meilleur, dans lequel justice et paix sont intimement liées. La laïcité positive, pour lui, consiste à rappeler aux dirigeants politiques leurs responsabilités. Par exemple, quand il signale à l’un d’eux que « la situation sociale (dans nos pays occidentaux) est marquée par une avancée sournoise de la distance entre les riches et les pauvres » . On est loin de l’intellectuel désincarné... •

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