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Des paris audacieux pour faire bouger les lignes

Nicolas Sarkozy a une approche dynamique des relations internationales. Son tempérament le pousse à l'action. Rien ne lui déplaît plus que les conflits figés, enlisés faute d'initiatives audacieuses. L'inaction, la résignation au statu quo, c'est ce qu'il reprochait à son prédécesseur, dont il prend souvent le contre-pied. C'est flagrant sur le dossier syrien. Jacques Chirac refusait tout contact avec Bachar El-Assad, qu'il tenait pour responsable de l'assassinat de son grand ami libanais, Rafic Hariri. Nicolas Sarkozy, au contraire, prétend « tourner la page des discordes ». Il reçoit Assad à Paris et se rend à Damas.

Il l'admet lui-même : le pari est « risqué ». Nul n'imagine que le loup syrien, expert en terrorisme et en coups fourrés, soutien du Hezbollah libanais et allié de l'Iran des mollahs, va se transformer d'un coup en agneau démocrate, respectueux des droits de l'homme. Ce pari vaut néanmoins d'être tenté.

Sarkozy se fonde sur le précédent libyen. Mouammar Kadhafi fut longtemps, lui aussi, le chef d'un « État voyou », fourrier de tous les mouvements terroristes. Il s'est amendé, a renoncé à se doter d'armes de destruction massive. La visite historique que l'Américaine Condoleezza Rice vient d'effectuer à Tripoli consacre le retour en grâce du « Guide ».

Nul besoin d'être d'accord sur tout. Sarkozy admet qu'Assad et lui ont, sur le nucléaire iranien, des points de vue divergents. Mais l'important est de se parler, de parler « avec tout le monde », d'avancer « pas à pas ». Encore faut-il que le dialogue donne des résultats, que les engagements pris de part et d'autre soient tenus. Ils l'ont été, jusqu'à présent, entre Paris et Damas. Mais Moscou traîne les pieds pour appliquer intégralement l'accord du 12 août entre les présidents russe et géorgien.

Pour que la France « reprenne toute sa place sur l'échiquier mondial », Nicolas Sarkozy s'efforce d'être partout où les lignes bougent. Au Proche-Orient avec la Turquie, qui mène la négociation indirecte syro-israélienne, et avec le Qatar, artisan d'une solution syro-libanaise ; à Moscou et à Tbilissi, fort de l'appui unanime de l'Union européenne, dont les dirigeants bruxellois l'accompagnent.

Si des solutions sont trouvées, fût-ce par d'autres que lui, le président de la République récoltera les bénéfices du succès. Ce fut le cas pour la libération d'Ingrid Betancourt. En cas d'échec, au moins, on aura essayé. On attendra un moment plus favorable ou l'on changera de pied.

Pour l'heure, Nicolas Sarkozy tire profit de l'effacement des États-Unis, pour cause d'élection présidentielle. Il occupe le terrain dans l'intention d'y rester quand l'Amérique sera de retour. Rien ne s'applique mieux à la politique extérieure de Nicolas Sarkozy que l'expression de « jeu diplomatique ». Un conseiller du président se plaît à rappeler le fameux slogan du loto : « Tous les gagnants ont tenté leur chance ». La boutade renvoie aux initiatives prometteuses de ces dernières semaines. Au-delà, la cohérence de la politique étrangère de la France reste, sinon à construire, du moins à prouver.

Joseph LIMAGNE.ouest France

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