Dimanche 7 septembre 2008
Impôts et fiscalité: Le grand bazar
Par Claude ASKOLOVITCH et Nicolas PRISSETTE
Le Journal du Dimanche Avec le RSA, Nicolas Sarkozy
pensait réussir la réforme de son quinquennat. Las, son mode de financement, une taxe sur le capital, attise la polémique. Pour beaucoup, à gauche, mais aussi à droite, celui qui se présentait
comme "le président du pouvoir d'achat" est désormais devenu celui des impôts. A l'Elysée, la riposte s'organise, mais les marges de manoeuvre sont étroites...
Nicolas Sarkozy s'agace du manque de discipline dans ses rangs. (Reuters)
Nicolas Sarkozy est furieux. Ils se connaissent depuis si longtemps, ils ont eu d'autres algarades, avec Alain Lambert -
ancien ministre du Budget, sénateur UMP et vrai libéral... Mais là, au téléphone, le Président craque. Assez de se faire reprocher d'être le fourrier du fiscalisme! "Elle ne te plaît pas, ma
taxe du RSA? Alors, trouve autre chose, trouve une autre solution, ça m'est égal! Tu es parlementaire, tu votes les lois, débrouille-toi!"
Se débrouiller. Voilà la ligne de Nicolas Sarkozy, dans cette rentrée qui lui échappe. Tout allait mieux et, soudain, tout dérape. Il réalisait, avec le RSA, une réforme phare de son
quinquennat, et le débat s'égare. On ne parle plus de la mesure, mais de son seul financement. Une taxe sur les revenus du capital à 1,1%, l'horreur pour la droite anti-impôts. Mais la taxe
restera incluse dans le bouclier fiscal, pain bénit pour la gauche qui reprend l'antienne du "gouvernement pour les riches", alors que lui, Nicolas Sarkozy, prétend ramener les chômeurs à la
dignité du travail! Le Président est piégé: 58% des Français, selon Opinionway, 61% selon l'Ifop, sont hostiles à la taxe du RSA. A force d'expliquer que l'impôt est trop lourd, Nicolas Sarkozy
a trop bien convaincu les Français... Et ceux-ci lui renvoient ses promesses électorales: il n'a pas le droit de devenir le Président des impôts alors que l'économie ralentit plus fort que
prévu.
Sarko le pragmatique est dans une impasse
Car il n'y a pas que le RSA. C'est toute une batterie de taxes qui envahit la rentrée: hausse des cotisations retraites, taxe sur les mutuelles, nouvelles cotisations sur l'intéressement et la
participation... En attendant la nouvelle fiscalité verte, charriée par le Grenelle de l'Environnement. Jean-Louis Borloo a beau promettre qu'il changera le monde à coût zéro, personne ne croit
qu'un changement radical de logique économique se fera sans douleur. "On supprime certains impôts, on en crée d'autres, mais globalement, la pression baisse, plaide un proche conseiller du
Président. Et la ligne reste inchangée: on taxe le capital, mais on libère le travail." La semaine dernière, lors d'une réunion de la majorité, Nicolas Sarkozy a été direct quand Jean-François
Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée, lui a reproché son nouvel enthousiasme fiscal: "Les mutuelles font des bénéfices, il faut les taxer, c'est normal", a répondu un Sarkozy subitement
très social-démocrate. De là à nourrir le soupçon d'incohérence...
En réalité, on découvre la limite des convictions libérales du Président, pragmatique avant tout. Mais Sarko le pragmatique est dans une impasse. Comment faire une bonne politique en faisant de
bonnes finances? La martingale n'existe pas. Nicolas Sarkozy a une priorité: faire passer ses réformes. Le RSA, sa réponse à tous les procès en politique antisociale, et l'illustration même de
la revalorisation du travail. Ou le Grenelle de Borloo: "Ce sera la grande politique de la deuxième moitié du quinquennat! jure le ministre. Nicolas n'a qu'à s'en emparer." Mais toutes ces
ambitions se heurtent à une réalité toute simple. Comme disait le Président lui-même, les caisses sont vides. Et même un peu plus que cela. Et il n'y est pas pour rien, ce sont ses amis qui le
disent. "Sous Raffarin et Villepin, on avait fait baisser les déficits budgétaires, affirme un pilier de la majorité - encore anonyme, pour l'instant. Avec les dérapages de Nicolas, on a tout
lâché. On se dirige vers 45 milliards d'euros de déficit cette année. Des niveaux comparables à ce que nous avait légué Jospin!"
En cause? Le choix présidentiel de ne pas s'attaquer en priorité à la réduction de la dette. Il a repoussé l'équilibre des comptes à la fin de son mandat. "Nicolas Sarkozy est favorable à la
réduction des déficits pour 2012, mais c'est aujourd'hui que la dette explose", se désole Gilles Carrez, rapporteur du Budget à l'Assemblée et sarkozyste sincère. La gauche, elle, fait des
gorges chaudes du "paquet fiscal" et des "15 milliards" qu'il aurait coûtés au Budget. Le gouvernement révise le chiffre à la baisse. "En réalité, ce sont 7 à 8 milliards, affirme le ministre
des Comptes publics, Eric Woerth. Et ce sont bien des impôts en moins pour les heures supplémentaires, les héritages, l'achat d'une résidence principale et l'ISF investi dans les
PME."