Publié le 02/09/2008 à 13:19 - Modifié le 02/09/2008 à 15:58 Le Point.fr
Le général Masson quitte la DRM en laissant un testament explosif
Par Jean Guisnel
Le général de corps aérien Michel Masson se montre particulièrement critique envers les chefs militaires qui ne comprendraient pas la nécessité d'une capacité
importante de renseignement. © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Les patrons des services de renseignement s'expriment assez
peu souvent publiquement. C'est pourquoi l'intervention du général de corps aérien Michel Masson, qui a quitté lundi 1er septembre la tête de la Direction du renseignement militaire (DRM), est déjà
un (petit) événement. Mais là où les choses deviennent vraiment intéressantes, c'est que l'interview qu'il a accordée à la revue Sécurité globale est également un "testament" politico-opérationnel
laissé comme une patate chaude à son successeur, le général Benoît Puga.
On se souvient que la DRM avait été créée après la guerre du Golfe, en juin 1992. Elle en fut l'une des trois principales conséquences pour l'armée française, avec le lancement du satellite-espion
Hélios 1A et la création du commandement des opérations spéciales.
"Ce n'est plus tenable"
Seize ans après sa création, la DRM est installée, et sa compétence reconnue, contribuant à ce que la France, se félicite Michel Masson, dispose "d'un statut de véritable puissance mondiale en
matière de renseignement". Tout va bien, alors ? Non...
Les ressources financières "comptées" de la DRM ne vont pas s'améliorer, et son ancien chef estime que le service ne sera pas mieux loti malgré la priorité accordée au renseignement par le Livre
blanc de la Défense. Il craint que "l'effort en faveur du renseignement militaire ne se traduise, au mieux, que par des réductions proportionnellement moindres à celles imposées à d'autres
fonctions". Pire : il estime que la situation est déjà fortement dégradée : "Il faut craindre que la seule voie soit une réduction capacitaire. La DRM est l'un des rares services au monde à tenter
de suivre l'ensemble des pays du globe. Ceci n'est plus tenable." C'est un son de cloche qu'on entend également à la DGSE où l'on se dit, de manière assez parallèle, impatient de connaître les
directives du politique sur ce point. En ajoutant que la fixation des priorités, donc de l'abandon de certains secteurs de recherche géographiques ou thématiques, est l'une des principales demandes
présentées au nouveau coordonnateur du renseignement installé à l'Élysée, Bernard Bajolet.
"Le renseignement a toujours été délaissé en France"
Confirmant cette fois des remarques entendues dans les forces armées, concernant la dispersion de moyens - pourtant de plus en plus mesurés - qu'impose la présence française sur cinq théâtres
d'opérations extérieurs (Afghanistan, Côte d'Ivoire, Kosovo, Liban, Tchad), Michel Masson insiste sur le fait que cela "signifie déployer cinq chaînes nationales de renseignement". "Nous pouvons,
nécessairement, être confrontés à des lacunes capacitaires sur certains théâtres. Il est difficile, par exemple, de déployer des drones partout où cela serait nécessaire. De même, les lois de la
mécanique spatiale obligent à faire des choix entre l'observation d'objectifs voisins, sauf à multiplier le nombre de satellites d'observation", explique-t-il.
Le général Masson se montre particulièrement critique envers les chefs militaires, qui ne comprendraient pas la nécessité d'une capacité importante de renseignement : "Notre histoire militaire fait
la preuve que le renseignement a toujours été délaissé en France au profit d'une importance plus immédiate donnée à la force militaire comme facteur de puissance, sauf sans doute immédiatement
après la création de la DRM. C'est à mon sens une grave erreur."
Et après la baffe aux militaires, il se ravise, servant un bourre-pif à tous les dirigeants français confondus qui seraient totalement incultes en matière de renseignement. "Nous péchons gravement
par manque de culture de nos élites - politiques et militaires - dans ce domaine, et par un manque de détermination à nous doter de capacité et de dispositifs adaptés à notre rang international et
aux défis de demain." Le général Masson rêve sans doute d'une retraite active. C'est bien parti !