Contacté par une organisation européenne au sujet de la parole des SDF, nous avons
trouvé "amusant" que pour une fois qu'elle est sollicitée nous devions respecter un nombre précis de caractères !
Une amie du collectif nous envoie, pour info, l'enquête participative d'agora sur la parole des sdf, la place des pauvres en france.
Ce sera tout ?
Non, voilà le nouveau plan de Christine Boutin. 25 associations réunies" protestent sur certains articles... Mais restent silencieuses sur les articles 23 et 26. Le premier "assoupli" le quota
de places en hébergement d'urgence en y intégrant les places de CHRS et de stabilisation. Le 2e créé la sous-location temporaire sans garantie de relogement et pas un mot sur l'accompagnement
social !
Les souvenirs remontent : décembre 2006 à strasbourg, la naissance des don quichotte, "la prise" du
campement... et le vol, le détournement, le désaveux de notre parole... comme d'habitude.
Il ne s'agit pas de dénoncer l'action des associations qui sont engagées dans la précarité, dans l'urgence sociale, mais de mettre en avant combien
elles collent à un modèle installé depuis des lustres qui nous déni toute parole et de ce fait va à l'encontre de nos besoins, de nos demandes et, plus incroyable, de leurs intentions.
Notre parole ?
Quelques témoignages apparaissent parfois, très rarement, en réunion. Ces témoignages ont été recueillis par les travailleurs sociaux d'une structure. Les questionnaires ont été développés en
interne, on a fait appel à un sociologue comme si ce titre détenait notre vérité.
À quel moment de ce processus les SDF sont consultés ? Jamais évidemment.
Ces "témoignages" répondent aux questions que les "acteurs" de l'urgence sociale se posent, en nous tenant à l'écart ou en filtrant notre perception, notre avis d'usagers comme ils disent.
Généralement sur les témoignages recueillis on en sélectionne quelques uns; sur quels critères ?
Ne sommes nous pas acteurs pour que notre parole, lorsqu'elle est sollicitée soit filtrée ?
"les sdf sont fragiles"; voilà l'excuse la plus souvent utilisée qui est lâchée !
"les sdf n'ont pas l'habitude de parler"... sous-entendu "ils s'expriment mal".
Les images des sdf filmés lors du mouvement edq sont dans les mémoires; les médias ont aimés ces hommes gueulant devant la caméra. Les médias qui pour une fois nous "donnaient la parole" se
sont amusés de nous.
C'est pour cela que nous avons créé nos blogs.
Les exclus sont systématiquement exclus de leur "insertion"
C'est pour nous mettre à l'abri;
C'est pour nous placer hors péril;
C'est pour préserver notre anonymat;
Ces principes associatifs ne sont jamais remis en cause. On nous protège sans nous demander notre avis.
La distance, la violence même, qui s'intensifie entre les travailleurs sociaux et leurs "usagers" vient de là.
Une association nous appelait "clients"; j'en ai profité un jour en me positionnant comme "cliente insatisfaite et exigeante". On m'a vite replacée dans mon rôle de crève la faim dépendante.
J'ai prouvé mon indépendance, en ne revenant plus. J'ai payé cash ce désaveu de ma parole, de ma personne.
L'urgence, l'hébergement, les dispositifs... ça ne marche pas
La précarité n'est pas enrayée, et elle gagne du terrain.
Tout le monde s'accorde à dire qu'elle touche tout le monde ! Le travailleur sdf, le divorcé sdf, la famille sdf... Pourtant l'image du sdf ne change pas et notre position dans tout ce foutoir
de bonnes intentions n'évolue pas; forcément.
Le manque et l'impossible, voilà dans quoi on nous place, le seul "choix" qui nous est imposé. Car le sdf dans le circuit de l'urgence et de l'insertion se retrouve à chaque étape dans
l'arbitraire.
Toute action passe par la contrainte
"Ce n'est pas ce que j'ai dit", "il ne s'agit pas de ça", "vous ne comprenez pas"
On a beau le dire, le répéter, nos interlocuteurs n'entendent pas nos demandes. L'objectivité n'a pas sa place dans l'urgence.
Les associations nous reprochent de vouloir "aller trop vite", nous "devons" suivre un circuit... parce-que "il faut parer au plus pressé" vous comprenez !.
Entre nos droits à (se) retrouver et l'urgence à parer, il y à les morts de la rue dont on ne connaît pas le nombre, les laissés pour compte, ceux qui baissent les bras.
Vivant ou mort le sdf est effacé systématiquement
Elle vient de là notre "invisibilité". Au collectif nous en avons parlé souvent de notre invisibilité, en dehors d'une "stagiaire" personne ne s'est intéressé à ce phénomène.
L'effacement
"le grand David", "Fred le rat", "Papillon", "Tchao", "l'intello" ... Aucun de nous n'avait de papiers, perdus depuis des lustres...
La volte face impossible
Toutes ces associations humanitaires;
Toutes ces personnes qui veulent nous aider à "en sortir"
Et ce constat : les sdf sont coincés dans la précarité et l'urgence sociale est dans une impasse.
Il serait temps de donner un espace à "la parole des sdf"
http://sdfalsace.blogspirit.com