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samedi 23.08.2008, 04:52 - PAR ÉRIC DUSSART La voix du nord.
Les dix morts et les vingt et un blessés de la vallée de Kapissa ont plongé la France dans un chaos de réflexion qu'elle n'attendait pas. Le premier choc passé, tout le pays a pris conscience de la cruauté de la guerre dans laquelle elle est engagée ; il se demande aujourd'hui s'il est bien raisonnable de s'y maintenir...
L'engagement de Nicolas Sarkozy au sommet de l'OTAN à Budapest, en avril dernier, avait déjà provoqué quelques remous politiques - les socialistes rappellent d'ailleurs aujourd'hui qu'ils avaient déposé une motion de censure qui a été rejetée.
L'opinion ne s'était finalement pas focalisée sur l'envoi de sept cents hommes de plus, alors que deux mille cinq cents soldats étaient déjà sur place.
Surtout, on avait peut-être mal mesuré l'évolution des missions confiées au contingent français. Jacques Chirac avait souhaité que ses troupes ne s'impliquent qu'en seconde ligne, Nicolas Sarkozy - après avoir promis le contraire lors de la campagne présidentielle - a accédé aux désirs américains en renforçant l'ISAF (force internationale d'assistance à la sécurité) dans les secteurs les plus sensibles.
Aujourd'hui, il se peut qu'une majorité de Français soit contre le maintien des troupes (1), et le Parlement s'empare de la question. Hervé Morin et Bernard Kouchner seront entendus ensemble par les commissions Défense et Affaires étrangères réunies mardi après-midi, puis le Parlement débattra de la question le 22 septembre prochain, en ouverture de sa session extraordinaire. Débat qui sera suivi d'un vote, comme l'a annoncé hier François Fillon.
C'est l'application de la toute nouvelle modification de la constitution, qui prévoit désormais que l'exécutif doit demander l'avis du Parlement pour engager ses troupes dans un conflit extérieur, au-delà de quatre mois. Ce sont d'ailleurs Édouard Balladur et Jack Lang (les deux inspirateurs du texte adopté le mois dernier) qui avaient demandé ce vote.
Le député de Boulogne rappelle qu'il n'existe qu'un précédent à ce vote : « C'était au moment de l'engagement de nos troupes pour la guerre du Golfe. François Mitterrand, qui n'y était pas obligé, avait voulu cette consultation. » Certes, mais il ne s'agit pas ici de décider d'un engagement. Il s'agirait d'approuver ou de sanctionner une décision prise en avril, devant les alliés de l'OTAN, qui est aujourd'hui appliquée sur le terrain. Elle l'est d'ailleurs depuis très peu de temps...
Que dirait Nicolas Sarkozy à ses alliés de l'OTAN si le Parlement se prononçait contre son engagement d'avril ? Contre les promesses et les missions planifiées sur plusieurs mois... « Soyons réalistes, il y a une majorité », dit Jack Lang.
Il propose néanmoins que les commissions préparent ce débat en auditionnant des experts et des témoins, de manière à savoir ce qu'il en est de l'action de l'OTAN depuis 2001 en Afghanistan. « A-t-on efficacement combattu le terrorisme ? Aidé l'armée afghane à s'organiser ? Relancé les infrastructures comme hôpitaux ou écoles ? » Poser la question, c'est déjà y répondre un peu. Restera ensuite à en tirer les enseignements, c'est-à-dire se poser la question de la méthode. •
1. - 55 % des Français sont pour le retrait des troupes, selon un sondage CSA publié hier par « Le Parisien ».