DEPUIS LE 19 AOUT 1944, PARIS S'INSURGE. LA REVOLTE GRONDE ET VA CRESCENDO A L'APPROCHE DES ARMEES ALLIEES. SOUS- ARMES, SOUS-EQUIPES, LES PARISIENS NE PEUVENT TENIR SEULS FACE AUX TROUPES COMMANDEES PAR LE GENERAL VON CHOLDITZ. SI UNE UNITE CONSTITUEE NE FAIT PAS MOUVEMENT TRES RAPIDEMENT SUR LA CAPITALE, UN BAIN DE SANG RISQUE FORT DE SANCTIONNER LA REVOLTE. POUR DE GAULLE, LA SITUATION EST LIMPIDE : PARIS DOIT ETRE SECOURU DE TOUTE URGENCE ET DE SURCROIT PAR UNE DIVISION FRANCAISE : LA DEUXIEME DB.
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LE FEU AUX POUDRES
L'insurrection, murie depuis de longs mois déjà, débute véritablement après une ultime réunion du Comité Français de Libération Nationale (Présidé par Alexandre Parodi ) et du Conseil National de la Resistance de Georges Bidault. Le 18 août 1944, des centaines d'affiches proclamant la mobilisation générale et signé du colonel Rol-Tanguy (chef des FFI pour Paris) appelent le peuple Parisien à la révolte. Dès le 19 aout, l'insurrection se poursuit par la grève générale de la Police Parisienne, qui occupe la préfecture. Dirigé militairement par le colonel Rol-Tanguy, chef des Forces Françaises de l'Intérieur pour Paris, le soulèvement se poursuit par l'occupation des mairies d'arrondissement et des commissariats. Les premiers drapeaux tricolores sont hissés depuis 4 ans d'occupation. Toutes les unités FFI entrent en action, harcelant sans cesse les convois Allemands. En parrallèle, le général Von Choltitz, commandant du Gross Paris, vient de recevoir l'ordre de transformer la capitale Française en champ de ruines. Le consul général de Suède, Raoul Nordling, use de toute son influence auprès de l'officier Allemand pour éviter carnage et destructions. La Division Leclerc est à plus de 200 kilomètres, au sud. Le temps est compté et la Libération de Paris ne figure pas dans les objectifs immédiats du Shaef.
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Arrivé le 19aout 1944 du front de Normandie ou il commandait le 34ème corps d'Armée, le général Diétrich Von Choltitz dispose
d'environ 20.000 hommes au moral plus ou moins affuté, 80 chars dont un vingtaine de Panther et Tiger, 6 pièces d'artillerie, 23 canons de 150 et 105 mm, 35 pièces de 75 et 88 mm ainsi que
quelques unités de Waffen SS. L'Armée Allemande a perdu de sa superbe en ce mois d'oût 1944, le moral est faible dans la majorité des unités. Pourtant les forces militaires ennemies dans et
autour de Paris ont largement de quoi écraser l'insurrection. Depuis son arrivée dans la capitale le commandeur du Gross Paris a recu à neuf reprises l'ordre de détruire Paris. Pourtant, il
hésite a éxécuter l'ordre du Fürher, dont il est persuadé qu'il a perdu la raison. A la fois militaire et amateur d'art, Choltitz peine à se resoudre a de telles destructions, qu'il pense
désormais inutiles - la liberation de la France restant la plus probable des hypothèses - et entrainerait un soulèvement total des Parisiens, transformant la capitale en nouveau Stalingrad et où
ses troupes subiraient des pertes très importantes. De son côté, Eisenhower n'est pas favorable à une libération immédiate de la capitale Française, ce pour plusieurs raisons : tout d'abord, les
combats seraient extrêmement durs et couteux en vies humaines, puisqu'il y faudrait reprendre Paris quartier par quartier. La marche vers l'Allemagne et un fin rapide de la guerre restent la
préoccupation majeure des alliés. Ainsi, un mouvement vers la cité des lumières ralentirait de manière très sensible l'avancée des troupes. Par ailleurs, il faudrait subvenir aux besoins des
Parisiens, ce qui réprésente glabalement les subsistances de huit divisions d'infanterie. Pour toutes ces raisons, la libération de Paris n'est pas l'objectif immédiat du SHAEF, qui subit en
revanche la pression exercée par le chef de la France Libre, le Général de Gaulle. Pour celui-ci, la libération de Paris est au contraire absolument prioritaire, ce par une unité Française.
L'ombre de l'AMGOT (organisme Américain chargé de régler et organiser les affaires Françaises après l'armistice ) planant sur la France, Charles de Gaulle est intimmement convaincu que le seul
moyen d'éviter une hégémonie Américaine est d'entrer dans Paris en qualité de chef de la France Libre, entouré de l'adhésion des Français. Pour le futur chef de l'Etat, c'est à cet instant que se
dessine la France de demain. Il ne peut adhérer à l'opinion d'Eisenhower, qui est aussi celle de Roosevelt.
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Medailles et insignes de la Libération de Paris. |
Partageant le souhait du Général de Gaulle, mais pour des raisons essentiellement patriotiques et symboliques, Leclerc demande dès le 15 août 1944 au Général Patton (la Division Leclerc est alors rattachée à la 3ème Armée) l'autorisation de marcher sur Paris. Si Patton et Bradley, présent aussi à cette entrevue acquièscent, aucun ordre formel n'est donné à l'officier Français. Combattant dans la région d'Argentan, la division Leclerc est relevée le 19 aout 1944 par une unité Anglaise, alors que la 7ème Armée Allemande vit ses pires heures. Sans mission jusqu'au 20 août, Leclerc ronge son frein alors que son unité vient de passer sous le commandement du général US Gerow . Puisque ses supérieurs alliés ne lui ont toujours pas donné le signal de départ pour Paris, ne pouvant d'autre part prendre une telle initiative, il décide d'envoyer vers Paris un détachement piloté par le commandant de Guillebon. Cet élément avancé, se composant de 10 chars légers, 10 automitrailleurs et 150 fantassins motorisés, se porte en direction de la capitale pour une mission de reconnaissance. Si de Gaulle, informé de la décision de Leclerc, lui donne raison, le général Gerow accueille cet écart d'une manière tranchante : le général Français a enfreint les consignes d'attente. |
Ordre lui est donné de rappeler immédiatement l'élément avancé. Leclerc décide, sans même avoir ouvert l'ordre écrit que lui présente
le commandant Repiton, de se rendre à la rencontre du général Bradley, seul à pouvoir autoriser la marche de la 2ème DB sur Paris. Le 22 aout1944, vers 10h30, Leclerc prend place à bord de son
Piper et s'envole pour Laval. Bradley est malheureusement absent, mais la présence inattendue du commandant FFI Gallois (chef d'état major de Rol Tanguy), le renseigne sur la gravité de la
situation à Paris. Les parisiens tiennent en faisant preuve d'un courage exceptionnel, mais les pertes sont élevées et les armes manquent. Paris va tomber si une unité alliée ne se porte pas
immédiatemment à son secours. Gallois lui précise qu'il a eu le temps de se présenter à Bradley avant que celui-ci ne se rende vers Eisenhower, au Mans. Si le SHAEF n'est pas favorable à investir
Paris, la situation a changé depuis le 20 aout 1944 (par ailleurs date d'arrivée de de Gaulle à Cherbourg). On peut supposer que les interventions du chef de la France Libre et son adjoint
Anglais le général Redman on fait flechir les Américains, qui n'excluent plus totalement de liberér Paris avant le mois de septembre 1944. Pour L'heure, Leclerc et Gallois arpentent l'aérodrome
de Laval. Le général est tendu, silencieux, les heures passent. La raison de cette tension est simple : il n'a pas déféré aux ordres de Gerow et la colonne de Guillebon continue de s'enfoncer,
seule et isolée, vers Paris, alors que 200 kms restent à parcourir au reste de la Division pour atteindre la capitale. A 19h15, Bradley atterit enfin. "Leclerc, justement !..." lance t-il...
"C'est d'accord, foncez sur Paris"...
![]() RAOUL NORDLING (1882-1962) Diplomate, consul général de Suède. Par ses nombreuses interventions auprès des autorités Allemandes, cet humaniste a évité de nombreuses éxécutions de resistants. En usant de tout son poids auprès de Von Choltitz, a pu éviter la destruction de Paris. Il a en a été fait citoyen d'honneur en 1958
Il débute sa carrière durant la première guerre mondiale. En 1939, il participe à l'invasion de la Pologne, puis à la campagne de France. Il est ensuite affecté sur le front de l'est et prend part à la prise de Sebastopol. Il commande ensuite une division blindée en Russie en 1943-44, avant d'être nommé à la tête du 34e corps d'Armée en Normandie ou Il ne parviendra pas à enrayer l'avancée alliée. Nommé commandant du Gross Paris en aout 1944. Sa désobéissance aux ordres d'Hitler a largement contribué à sauver Paris d'une destruction massive. |
La division Française reçoit pour mission de s'emparer de Paris dès le 24 août si possible, de s'emparer des ponts de la Seine, en premier lieu de ceux de Gennevilliers. en cas de resistance sérieuse, elle devra se mettre en position défensive. Au cours de ces opérations, elle sera appuyée par la 4ème Division d'Infanterie US du Général Barton, qui progressera à sa droite vers Joinville et Vincennes. De retour à son quartier général, tard dans la nuit, Leclerc donne l'ordre de mouvementà son chef du 3ème bureau, le capitaine Gribius. Dans les rangs des "Leclerc", la joie est indescriptible : beaucoup d'entre eux, compagnons de la première heure, n'ont pas revu la capitale depuis 1940. Ils ont combattu en Afrique du Nord, avec une foi inébranlable. Maintenant, c'est à eux que va revenir l'honneur de libérer la ville-phare de leur pays. La force de ces sentiments sont difficiles à expliquer aujourd'hui : il faut se souvenir du serment de Koufra, quelques années plus tôt, en plein désert et devant une poignée d'hommes pour comprendre l'ampleur de ce Leclerc à construit avec "sa" division et des soldats prêts à le suivre en enfer. Voilà, en ce mois d'oût 1944, la véritable force des hommes de Leclerc : leur cohésion malgré un vécu et des origines très diverses. Dès 6h30, le 23 aout, les colonnes s'articulent en deux axes : les groupement Langlade et Dio par Sées, Mortagne, Longny, Chateauneuf, Maintenon, Rambouillet, Saint-Cyr alors que le groupement Billotte empruntera Carrouges, Alençon, Mamers, Nogent le Rotrou, Chartres, Ablis, Orsay, Saclay, Bièvres, Villacoublay. Mise sur une seule colonnne, la deuxième DB est un gigantesque serpent s'étirant sur près de 500 kilomètres. Faire parcourir à un tel ensemble un trajet de plus de 200 kms tient de l'impossible. Pourtant, c'est ce que "les Gars de Leclerc" vont réaliser. Le général est à 13 heures à Rambouillet ou il établit son PC.Après avoir passé la journée du 23 a faire route vers Paris, la division s’immobilise dans et autour de Rambouillet pour démarrer son action dès 7heures le 24 août en deux groupements (Warabiot et de Langlade) sans liaision l’un avec l’autre, qui devront percer les lignes de défenses Allemandes sans chercher à les réduire en dehors de leur axe : Leclerc a tout misé sur la rapidité. Les premiers heurts surviennent dès le début de matinée, les nids de résistance entraînent déjà des pertes : des canons de 88 mm embusqués détruisent trois Sherman du sous-groupement Massu (GTL), l’artillerie les réduira par ailleurs assez rapidement. Le commandant Massu poursuit sa progression, ralentie par de fréquents accrochages, mais parvient à gagner la vallée de la bièvre dès 14 heures. L’aspirant Zagrosdski, dont le frère a été tué quelques jours plus tôt et qui a sollicité l’honneur de prendre sa place, progresse dans son sherman. Alors qu’il sort la tête de sa tourelle pour repérer et détruire un dispositif anti-char face à lui, un sniper embusqué l’abat d’une balle en pleine tête. En quelques jours, deux frères seront morts du haut d’une même tourelle, au même poste. De nouveaux accrochages, très violents, sont signalés dans le bois de Meudon où plusieurs chars Français sont détruits ou endommagés par des blindés ennemis camouflés. Malgré tout, la mission est accomplie avec beaucoup de percussion et le pont de Sèvres est atteint à 21 h 35. Le sous-groupement Billotte (GTV) progresse sans rencontrer de résistance les deux premières heures de route, puis est accroché devant Longjumeau, mais la résistance trop sporadique des éléments est rapidement écrasée. La colonne s’enfonce dans la poche de résistance Allemande, vers la Croix de Berny. A Morangis et Wissous, les affrontements sont très rudes, les blindés et armes antichars causent plusieurs pertes aux troupes de Leclerc. Wissous ne sera forcé que par un tapis d’artillerie. Massy est défendu pareillement : ainsi, la compagnie du capitaine Buis sera bloquée durant cinq heures, avant de parvenir à forcer le verrou. A La Croix de Berny, le feu ennemi redouble d’intensité, le colonel Warabiot fait contourner les points de résistance vers Fresnes, mais la progression est stoppée à hauteur de la prison, que des prisonniers politiques Allemands ont transformée en citadelle. Le combat de rues est dès lors inévitable. La Croix de Berny et Fresnes ne tomberont qu’à 19 heures. En fin de journée, la progression de la 2ème DB est conforme aux souhaits de son général, mais les hommes sont extenués (n’ayant pas dormi pendant deux jours), les réservoirs des chars sont vides, tout comme les soutes à munitions. |
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Ci-dessus, le char Sherman M4A2 ROMILLY, premier blindé Français à entrer dans Paris avec le détachement du capitaine DRONNE, le 24 août 1944 dans la soirée. Il est commandé par l'adjudant CARON qui sera tué au combat le lendemain. |
Le groupement de Langlade est parti en retard à la suite de problème d’approvisionnement et après avoir, dans la nuit, repoussé une attaque Allemande, l’ennemi laissant sur place 40 morts et 20 blessés. De petits détachement nettoient Puteaux et Boulogne Billancourt, où une colonne de 25 camions est totalement détruite alors qu’elle prenait la fuite. Avenue Kléber, un important détachement ennemi se retrouve nez à nez avec une section de Sherman sans avoir décelé son arrivée. Les salves de 75 mm transforment rapidement la colonne en brasier.Le colonel Billotte conduit son groupement dans Paris sans incident majeur. Il est à la prefecture dès 8h30. On lui explique que le général Von Choltitz semble disposé à se rendre et qu’il est nécessaire de prendre contact avec lui très rapidement. C’est ainsi que le colonel Billotte rédige à 14 h00 un document de demande de reddition, où il s’accorde le grade de « géneral », lui conférant davantage de valeur (ce qui ne sera pas totalement usurpé, puisqu’il le sera peu de temps après). Cette demande est portée au commandant du Gross Paris par le consul Nordling, accompagné du commandant de la Horie. |
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Pendant ce temps, le général Leclerc a établit son PC, à la gare Montparnasse, ce en début de matinée et se trouve à la prefecture de Police lorsqu'il prend acte de la reddition Allemande. Von Choltitz est finalement conduit en ces lieux vres 15 heures. 12 hommes assistent à la capitulation officielle Allemande, dont le général Leclerc, Chaban-Delmas, Rol-Tanguy et le colonel Billotte. L'acte de reddition sera pour sa part signé à 16 h15, à la gare Montparnasse, ce 25 août 1944. Paris est libéré, par une unité Française, mais les combats dureront en réalité jusqu'au 28 août. La Division Leclerc aura perdu 130 hommes alors plus de 300 seront blessés. Les FFI denombreront environ 500 tués et 1000 blessés. Enfin, la population civile n'aura pas été épargnée : 400 personnes sont mortes, 5500 ont été blessées. Paris aura payé un lourd tribut à la liberté. Le 26 août 1944, la Division Leclerc descend les Champs-Elysées, acclamée par une foule en liesse. Le lion du Fezzan vient d'écrire l'une des plus belles heures de gloire de son unité, non sans un dernier accrochage avec le général Gerow. L'officier Américain refusa en effet de mettre la 2ème DB à la disposition du Général de Gaulle qui souhaitait faire défiler les hommes de Leclerc dans Paris libéré. Permission refusée, sans ménagement. De Gaulle, fidèle à son franc-parler déclarera simplement : "Gerow, je vous confie ma division. Permettez que je la reprenne quelques heures". |