Publié le 23/07/2008 à 10:52 Reuters le
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Un char Leclerc près de Mourmelon, dans la Marne, où est implanté le 501-503e régiment de chars de combat.François Fillon et Hervé Morin présentent ce jeudi la carte militaire, nouveau visage de la France des garnisons, issue d'arbitrages aussi délicats que contestés tant par les civils que les militaires. /Photo d'archives/REUTERS/Benoît Tessier
François Fillon et Hervé Morin présentent ce jeudi la carte militaire, nouveau visage de la France des garnisons, issue d'arbitrages aussi délicats que contestés tant par les civils que les militaires.
En dévoilant ce volet décisif de la réforme des armées voulue par Nicolas Sarkozy, le Premier ministre et le ministre de la Défense mettront fin à des semaines d'incertitude.
Initialement prévue début juillet, l'annonce de la nouvelle carte a été repoussée à la fin du mois, le temps de procéder à d'ultimes conciliations sur fond de grogne des élus.
La réorganisation devrait entraîner la fermeture ou le déplacement de dizaines de casernes et installations militaires, ainsi qu'une réduction des effectifs de 54.000 personnes sur les six ou sept prochaines années.
En France, quelque 450 communes comptent aujourd'hui une implantation liée à la défense. Une trentaine d'entre elles pourrait se retrouver privée de toute présence militaire.
L'Est, où sont installés nombre de sites datant de la Guerre froide, devrait être particulièrement touché.
"On a une organisation militaire marquée à l'Est, c'est vrai, mais la nouvelle carte fera bouger sur tout le territoire", tempère le porte-parole du ministère de la Défense, Laurent Teisseire. "Des choses qui se trouvent à l'Ouest seront, par exemple, déplacées vers l'Est".
"Nous avons des bases aériennes de 2.000 personnes et des sites qui en comptent cinq, donc il est impossible de faire des généralités", ajoute-t-il.
Cette nouvelle carte sonnera l'heure de vérité pour nombre de villes de garnisons dont l'activité économique, et parfois la survie, dépend de l'armée. Depuis des mois, les élus se mobilisent et activent leurs réseaux politiques pour tenter de sauver "leur" régiment ou "leur" base.
Le 16 juillet par exemple, une centaine d'élus lorrains ont manifesté près de l'Elysée pour réclamer le maintien du 13e régiment des dragons parachutistes de Dieuze, implanté depuis 1963 dans un secteur rural de Moselle. Si la disparition est confirmée, une soixantaine d'entre eux pourrait démissionner.
TOURNÉE D'EXPLICATION
En Normandie, une centaine d'élus du Calvados ont écrit une lettre ouverte au président de la République et même édité une carte postale pour tenter de "sauver" le 18e régiment de transmission de Bretteville-sur-Odon, près de Caen.
Elus et habitants se sont aussi mobilisés contre le départ redouté du 57e régiment d'artillerie de Bitche (Moselle) ou celui du 501-503e régiment de chars de combat de Mourmelon (Marne) où une manifestation a réuni un millier de personnes le 14 juillet.
Devant des députés UMP réunis la semaine dernière à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a dit qu'il se rendrait dans les villes concernées par des fermetures de casernes.
Outre le chef de l'Etat, Hervé Morin, le secrétaire d'Etat aux Anciens combattants Jean-Marie Bockel et celui chargé à l'Aménagement du territoire Hubert Falco procéderont à une sorte de tournée d'explication de la réforme.
"Il ne s'agit pas de faire des annonces et de partir en vacances ou de tout faire de Paris, mais d'aller sur le terrain pour dire comment les choses vont se passer", dit Laurent Teisseire.
Le gouvernement a annoncé le déblocage d'une enveloppe de 320 millions d'euros en faveur des villes qui perdraient des installations militaires.
"L'armée, ça assure la sécurité de la Nation, pas l'aménagement du territoire", avait prévenu Nicolas Sarkozy lors de la présentation de sa réforme.
L'opposition, qui y voit une façon déguisée de faire passer les restrictions budgétaires, a aussi dénoncé les "arrangements entre amis" ayant joué selon elle dans l'élaboration de la carte militaire.
Ces polémiques sont venues s'ajouter à la fronde de généraux qui ont publié anonymement, sous le nom de Surcouf, une tribune qualifiant "d'imposture" le Livre blanc sur la Défense.
Devant la colère du chef de l'Etat, la Direction de la protection et de la sécurité de la Défense (DPSD) a été chargée d'identifier les auteurs de la tribune, au grand dam de la gauche dénonçant une "chasse aux sorcières."
Les tensions ont été exacerbées par les remous autour du drame de Carcassonne, où un militaire a tiré accidentellement à balles réelles sur une foule, blessant 17 personnes.
Nicolas Sarkozy ayant reproché aux militaires d'être des amateurs, le chef d'état-major de l'Armée de terre, le général Bruno Cuche a donné sa démission.
Les tensions entre l'Elysée et la "Grande muette" n'ont pas entaché l'image de l'armée auprès du grand public.
Selon un sondage BVA réalisé du 23 juin au 4 juillet auprès de 1.053 personnes, 87% des sondés disent avoir une bonne image de l'armée. Ils sont 83% à lui faire confiance pour "identifier et prévenir les menaces terroristes dirigées contre la France".
Avec Gérard Bon et Gilbert Reilhac à Strasbourg