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La réforme constitutionnelle, adoptée lundi soir, ne ressemble pas vraiment à celle dont Nicolas Sarkozy avait rêvé dans sa campagne présidentielle il souhaitait asseoir plus nettement la prépondérance du chef de l'Etat sur l'ensemble institutionnel , mais il peut se targuer d'avoir pris un risque (le résultat final en témoigne) et d'avoir obtenu ce faisant un succès politique. Après une série de soubresauts, notamment avec sa majorité, sa première année parlementaire se clôt de manière positive, lui redonnant suffisamment d'air pour poursuivre les réformes intérieures, malgré une cote de popularité toujours à la traîne (39 %, selon Ipsos-"Le Point"). L'assertion vaut encore plus si on la prend en sens inverse : Nicolas Sarkozy aurait probablement eu de grandes difficultés à gérer l'échec de cette réforme dont il a fait un thème fort de l'élection présidentielle, et dont il avait même fait le symbole, début 2006 lorsqu'il était président de l'UMP, de sa "rupture" avec les années Chirac.
Au terme d'une année marquée par des réformes économiques souvent perçues comme libérales (paquet fiscal, non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, loi LME...) et par une crispation de ses relations avec les syndicats, Nicolas Sarkozy s'offre avec la réforme la possibilité de rectifier quelque peu le tir : il est le père d'une revalorisation des droits du Parlement, alors que la gauche ne cesse depuis un an de critiquer son "hyperprésidence". Il s'octroie même le luxe de renvoyer les socialistes à des considérations purement politiques, puisqu'ils défendaient bon nombre des dispositions votées (partage de l'ordre du jour, encadrement du 49.3...) avant de choisir de s'opposer à la réforme. Mieux : il a tenté, jusqu'au dernier moment, de leur tendre la main. La semaine dernière, le chef de l'Etat avait accepté d'avancer sur le temps de parole dans les médias. En vain. Au passage, Nicolas Sarkozy a montré que les responsables de la majorité pouvaient tous oeuvrer dans le même sens (François Fillon, Bernard Accoyer et Jean Copé se sont beaucoup impliqués sur le texte), qu'il pouvait faire le quasi-plein des voix dans son camp, et finir de déstabiliser les formations charnières de l'échiquier politique que sont les centristes et les radicaux de gauche.
Mais tout cela a un coût. La méthode utilisée pour convaincre les récalcitrants risque de laisser des traces, notamment à l'UMP. Tous les moyens semblent avoir été bons pour obtenir la majorité des trois cinquièmes nécessaire à l'adoption du texte : les promesses (de responsabilités, d'aides financières locales) mais aussi les menaces (à l'investiture, au redécoupage électoral...). Surtout, la révision constitutionnelle elle-même porte la trace de la gestion politique dont elle a fait l'objet. Elle n'avance ni sur la proportionnelle ni sur le cumul des mandats ; elle n'opte clairement ni pour le régime présidentiel ni pour le régime parlementaire. Elle encadre certains pouvoirs du président pouvoir de nomination, fin du droit de grâce collectif... , mais lui donne la possibilité de s'exprimer devant le Parlement réuni en Congrès. Elle donne de nouveaux droits au Parlement ainsi qu'aux citoyens, sans a priori toucher au rôle du Premier ministre. Et elle multiplie les innovations rajoutées in extremis (parité, langues régionales...). De sorte qu'il n'est aujourd'hui facile ni de définir cette Constitution réformée, ni de voir précisément quelles conséquences elle aura sur la pratique institutionnelle à venir.