Alain Lambert: «Ségolène Royal a fait basculer cinq à six parlementaires de droite vers le camp du “oui”»
Mychèle Daniau AFP/Archives ¦ Alain Lambert le 22 mars 2004 à Caen
Alain Lambert, sénateur UMP, faisait parti de la dizaine de récalcitrants au sein du parti majoritaire farouchement opposés à
la réforme des
institutions. Mais surprise, dimanche soir, l'ancien ministre délégué au Budget a annoncé sur son blog qu'il voterait «oui» lundi après-midi au Congrès.
Un revirement qui pourrait s'avérer décisif pour le gouvernement. D’autant qu’il annonce à 20minutes.fr que 4 ou 5 autres parlementaires de droite ont aussi basculé.
Alain Lambert, vous étiez depuis longtemps opposé à cette réforme. Pourquoi avoir changé d'avis?
Je suis peu concerné par cette réforme, je pense qu'elle ne sert à rien. Par contre, je suis très attaché à une mesure: le rapprochement de la loi de finances et de la loi de financement de la
sécurité sociale. Malheureusement, je n'ai pas réussi à faire passer cet amendement au Sénat, cela s'est joué à une ou deux voix près. J'en ai discuté très longuement ces derniers jours avec
Nicolas Sarkozy. J'ai découvert qu'il n'en avait jamais entendu parler et il m'a promis de mettre le sujet sur la table dans les prochains mois. En votant la réforme au Congrès, j'ai plus de chance
de faire passer mes idées qu'en m'isolant de l'UMP en votant «contre».
Mais n'y a t-il pas eu un «marchandage»? Nicolas Sarkozy ne vous a t-il pas promis, par exemple, de présider une commission?
Non, rien de tel dans mon cas. Par contre, ma décision a été renforcée par les récentes déclarations de Ségolène Royal [la socialiste avait dénoncé dimanche «le régime de mépris généralisé» de Nicolas
Sarkozy, estimant que le vote au Congrès serait «un échec du pouvoir en place» qui a cru «pouvoir acheter des parlementaires», ndrl]. L’ex-candidate à la présidentielle m'a mis dans une situation
particulière avec ses propos: je suis un ami personnel du Président depuis une quinzaine d'années. Je sais qu'il y a des gens qui vont me reprocher mon vote mais je pourrais leur expliquer en
citant les propos de Ségolène Royal et ils comprendront mon choix.
Etes-vous le seul à penser cela à l'UMP?
Non, je pense que les propos de Ségolène Royal ont fait basculer in extremis 5 à 6 voix de droite vers le camp du «oui». Je ne peux pas vous dire qui sont les autres parlementaires concernés, mais
nous nous sommes beaucoup parlés au téléphone et nous nous sommes mis d'accord pour voter favorablement la réforme. Cela marche beaucoup par affinités personnelles. Certains de mes amis me
disaient: «je vote "non" si tu votes "non"». Ce n'est pas confortable de se retrouver seul à l'UMP à voter contre la réforme.
Mychèle Daniau AFP/Archives ¦ Alain Lambert le 22 mars 2004 à Caen
Propos recueillis par Vincent Glad
20Minutes.fr, éditions du 21/07/2008 - 11h55
dernière mise à jour : 21/07/2008 - 12h07