|
"Ce soir, veille du 14 juillet, il n'est pas une pensée française qui ne soit pour la France
seule. Le slogan d'une France pécheresse, justement punie de ses fautes et qui court à l'expiation, voilà qui convient tout à fait à nos vainqueurs du moment. Voilà qui répond
trop bien aux remords et aux intérêts de ceux qui ont capitulé. Pour l'instant, il s'agit de faire tout le possible, activement ou passivement, pour que l'ennemi soit battu. Qu'il
le soit et nous renaîtrons, qu'il ne le soit pas et chaque jour il nous brisera, nous pillera, nous étouffera davantage. Prétendre que la France puisse être et demeurer la France
sous la botte d'Hitler et le sabot de Mussolini, c'est de la sénilité ou de la trahison. Et c'est encore de la sénilité ou bien de la trahison que de prétendre que la guerre est
une entreprise désespérée. Ceux qui le disent à la France, à supposer qu'ils le disent de bonne foi, prouvent qu'ils n'ont rien compris au monde tel qu'il est. Le monde ne se
limite pas au champ de bataille sur lequel l'incompréhension de nos chefs nous livra sans moyens à la force mécanique allemande. Le monde comprend une Europe où nos alliés anglais
qui, déjà, tiennent les mers et commencent à dominer le ciel, se renforcent chaque jour. Le monde comprend une Afrique, une Asie, une Amérique pleine d'immenses possibilités. Oui,
l'ennemi a réussi à réduire plusieurs de ses voisins immédiats. Mais chaque pas en avant le met devant une tâche plus dure. La France même partagée, même pillée, même livrée, n'a
pas à jouer perdant"
|