
Sept ans après sa dernière visite en France, Bachar el-Assad fait son retour à Paris, en grande pompe. Le président syrien est reçu samedi à l'Élysée par Nicolas Sarkozy, avant de participer demain au sommet de l'Union pour la Méditerranée, et après-demain au défilé militaire du 14 Juillet.
Sa venue suscite pourtant une polémique. La gauche et des ONG dénoncent la poursuite des atteintes aux droits de l'homme en Syrie. Bernard Kouchner, lui, s'est dit «troublé», tandis que d'autres craignent que six mois après la visite de Mouammar Kadhafi à Paris, la France se fasse une nouvelle fois «rouler dans la farineen accueillant un autocrate dont les promesses n'engagent que lui». À Tokyo mardi, Nicolas Sarkozy a répondu aux critiques en saluant «la quasi-unanimité de nos partenaires» sur l'invitation lancée à Bachar el-Assad. «Même nos amis américainsont convenu que c'était quelque chose d'utile», a-t-il souligné. «À partir du moment où tous les dirigeants des pays riverains de la Méditerranée étaient invités, il était impossible de faire une exception pour la Syrie», poursuit-on au Quai d'Orsay.
Certes. Mais le temps n'est pas si lointain, où la France stigmatisait «un régime autiste incapable de se réformer». C'était en 2006, sous la présidence de Jacques Chirac, qui rompit tout contact avec la Syrie après l'assassinat de son ami, l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, l'année précédente. Un crime dans lequel les Occidentaux soupçonnent la main de Damas, qui proteste de son innocence.
Les preuves semblant manquer, Nicolas Sarkozy opte pour une approche plus réaliste. L'enquête internationale ne peut plus tenir en otage les relations entre Paris et Damas. «Nous ne sentons plus de volonté française de politiser le tribunal international» censé juger les assassins de Hariri, explique Walid Mouallem, le chef de la diplomatie syrienne, qui relève avec satisfaction que Nicolas Sarkozy a évité de se recueillir sur la tombe de Rafic Hariri lors de son récent passage à Beyrouth.
En recevant Assad, le président français tient aussi à accompagner les évolutions positives de la politique syrienne. Damas a entamé des négociations indirectes de paix avec Israël, par le truchement de la Turquie. Certes, le président syrien, comme il l'a dit cette semaine au Figaro, juge que des «contacts directs sont encore prématurés». Cela laisse peu d'espoir pour une poignée de main historique entre Bachar el-Assad et Ehoud Olmert, le premier ministre israélien, ce week-end.
Damas a également permis le déblocage de la crise libanaise, en laissant élire le président de la République, le général Michel Sleiman, présent lui aussi ce week-end à Paris. Mais avant de franchir un pas supplémentaire en se rendant en visite officielle à Damas, Nicolas Sarkozy souhaiterait que la Syrie reconnaisse enfin la souveraineté du Liban, en y nommant un ambassadeur. Convaincu que les pressions ne font que refermer davantage encore le pouvoir baasiste, Paris mise sur un dialogue critique avec le régime, qui a montré qu'il restait incontournable dans le règlement des crises au Moyen-Orient.