
A 10 h du matin, leurs tentes plantées aux abords d'un gymnase du 15e ressemblent déjà à des étuves. Brigitte, 34 ans, et Michel, 55 ans, compagnons d'infortune, attaquent leur troisième verre de rhum-coca en guise de « petit déjeuner », comme ils disent. Pas une bouteille d'eau à l'horizon. Et pourtant, la température grimpe. Ce cocktail peut les mener droit à la déshydratation, symptôme le plus redouté en été par les policiers de la brigade d'assistance aux personnes sans-abri (Bapsa). Actif l'hiver, le service l'est tout autant à l'arrivée des fortes chaleurs, redoutées des SDF. 20 Minutes a suivi la brigade hier.
« L'hiver, c'est mieux que l'été. Avec nos duvets, on peut rester à température ambiante, mais avec la chaleur on crame », relève Michel. « Vous n'avez pas trop chaud sous les tentes ? », questionne Fabrice, gardien de la paix. « Ça va encore, mais bientôt, ça va être la fournaise », soupire Brigitte.
Depuis début juin, le niveau 1 du plan Canicule, dit de « veille », a été activé. En temps de très fortes chaleurs, le plan monte jusqu'au niveau 3, qui entraîne la réquisition de locaux climatisés. Dans une semaine, les 66 fonctionnaires de la Bapsa distribueront de l'eau aux SDF rencontrés lors des maraudes effectuées entre 6 h 30 et 23 h. « L'été, les riverains nous signalent moins les personnes vulnérables dans la rue. Alors que paradoxalement, elles souffrent plus », reconnaît le chef de la Bapsa, Jean-François Molas. « Vous avez besoin de vêtements ? », poursuit le policier au cours de la conversation. Les sans-abri sautent sur l'occasion. Pour eux, la transpiration commence à devenir un problème. « L'hiver, on se douche deux fois par semaine, l'été c'est quatre fois », assure Michel, vêtu d'un chaud sweat gris et d'un jean. Rendez-vous est pris, la Bapsa les emmènera chercher quelques habits dans un centre social dès le lendemain. « Sans rien faire, on transpire déjà. Et quand on fait la manche, c'est en plein cagnard », souligne Brigitte, tee-shirt noir sur le dos. En plaisantant, elle explique qu'elle emprunterait bien la casquette d'un des policiers. Beaucoup plus sérieux, ils lui rétorquent qu'elle devra s'en procurer une en allant chercher des vêtements.
Carole Bianchi - ©2008 20 minutes
20 Minutes, éditions du 25/06/2008 - 06h58
dernière mise à jour : 25/06/2008 - 06h58