C'est devant 3.000 militaires, gendarmes et personnels des services de sécurité que Nicolas Sarkozy
a présenté son Livre blanc de la Défense. Une réforme "sans précédent" justifiée par la nécessaire adaptation de l'outil militaire français au changement des menaces qui pèsent sur la France, au
premier rang desquelles il a cité le terrorisme. Une réforme qu'il dit "assumer".
Première mesure : une cure d'amaigrissement sans précédent dans les effectifs des armées. Dans les six ou sept prochaines années, les effectifs de l'armée vont être réduits de 54.000 postes civils et militaires sur les 320.000 personnes employées par l'armée aujourd'hui. C'est l'armée de l'air qui est la plus touchée ( - 24%), devant la terre et la mer. Cette "baisse substantielle "portera avant tout sur les soutiens et l'administration".
Le renseignement est élevé au rang de "fonction stratégique" avec la mise en place d'un "Monsieur renseignement", un Conseil national à l'Elysée et "une académie" pour les jeunes espions. Les crédits du spatial militaire seront multipliés par deux avec le développement de satellites d'observation, "d'écoute électromagnétique" et de détection des lancements de missiles. Signe de ce nouvel accent, les notions de "connaissance et anticipation" viennent rejoindre les quatre piliers classiques de la Défense française : dissuasion, protection, prévention et intervention.
Le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan est par ailleurs confirmé. Mais la France ne placera pas ses troupes sous l'autorité de l'Alliance en temps de paix et la dissuasion nucléaire restera "strictement nationale". Nicolas Sarkozy a posé une autre condition à ce retour : la "relance" de l'Europe de la Défense, "priorité" de la France qui prendra le 1er juillet la présidence tournante de l'Union européenne.
Pour opérer ce nouveau virage de la Défense française, le Livre blanc prévoit des crédits de 377 milliards d'euros pour la
période 2009-2020, dont 200 milliards d'euros pour les équipements. L'Elysée affirme que les marges dégagées par les réductions d'effectifs seront intégralement réinvesties dans l'équipement
militaire. L'armée devrait disposer de 250 chars Leclerc, 300 avions de combat et 18 frégates. Mais la décision de construire un second porte-avions est reportée à 2011 ou 2012. Estimé à 3,5
milliards d'euros, ce projet pourrait affecter d'autres programmes de l'armée. Par ailleurs, sa mise en service ne pourrait pas intervenir avant l'immobilisation pour 18 mois du Charles-de-Gaulle
en 2015.