Il y a trois semaines, Nicolas Sarkozy avait sévèrement rappelé à l'ordre ses ministres, les prévenant qu'ils seraient désormais sanctionnés à la moindre incartade (« La prochaine fois, c'est dehors ! »). Les députés UMP, reçus mercredi à l'Elysée pour une inhabituelle réunion de groupe, ont eu droit à un peu plus d'égards. Conscient de ne pas avoir la même emprise sur les parlementaires, alors qu'il s'était d'ailleurs lui-même régulièrement démarqué de l'exécutif sous la précédente législature, le chef de l'Etat les a appelés à la mobilisation, souhaitant qu'ils soient moins défaitistes et « plus pugnaces » pour défendre les réformes et apporter la contradiction aux socialistes. La critique est largement restée en creux et le président s'est d'ailleurs défendu de les « tancer », même si beaucoup ont vu dans son long dégagement sur la dernière présidentielle une manière de leur rappeler qu'ils lui doivent, à lui et à lui seul, de siéger au Palais-Bourbon. Ce faisant, le chef de l'Etat a une fois de plus voulu se poser comme l'homme du « changement ». Et convaincre ses troupes, qui « n'ont jamais eu de lien affectif avec lui » (selon la formule d'un ministre), de lui faire confiance.
« Pour le pays comme pour vous, le salut est dans le changement », a-t-il martelé, s'engageant ne céder ni sur l'ampleur ni sur le rythme des réformes. Pour amadouer la majorité, il a fait quelques gestes sur la réforme des institutions. Concernant sa propre expression devant les parlementaires, le président s'est dit prêt à n'intervenir que devant le Congrès réuni à Versailles et une fois par an. Il s'est montré aussi ouvert à des amendements sur la suppression du référendum obligatoire sur les prochaines adhésions à l'Union européenne, la majorité réclamant des garanties de consultation populaire pour la Turquie. Pour minimiser ses propres difficultés, Nicolas Sarkozy a comparé le bilan de la première année de son quinquennat - « 55 réformes » - à celui de ses prédécesseurs, pilonnant tout particulièrement Jacques Chirac, présenté comme le champion de « l'immobilisme » (son premier mandat « a commencé en mai 1995 et s'est achevé en novembre », lorsqu'il a renoncé à ses promesses sur la fracture sociale). La presse lui a, elle aussi, servi de bouc émissaire, accusée de ne pas avoir suffisamment relayé la condamnation récente de Ségolène Royal au profit d'anciennes collaboratrices qui réclamaient le versement de salaires non payés. Reste à savoir si l'opération de remobilisation saura ramener le calme dans une majorité en ébullition permanente. « Pour faire en sorte qu'on pense du bien de vous, il n'est pas indispensable de dire du mal des autres », a regretté hier le villepiniste Hervé Mariton. Nicolas Sarkozy, lui, semble satisfait de l'exercice. Il a promis de le faire, désormais, trois ou quatre fois par an.
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