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dimanche 24 février 2008, 13h31 | AFP
(AFP/GREGORY BOISSY.)
L'autonomiste Gaston Flosse est redevenu hier président de la Polynésie française, grâce à une alliance spectaculaire avec les indépendantistes d'Oscar Temaru, après avoir subi dans les
urnes une cuisante défaite électorale lors des dernières élections territoriales.
L'insubmersible Flosse, 76 ans, qui avait déjà été président polynésien (1984-1987, 1991-2004, puis entre octobre 2004 et février 2005) ne doit pas cette fois-ci son retour au pouvoir à ses
liens avec Jacques Chirac mais à ses exceptionnelles qualités d'homme politique.
Alors que pendant des années, cet autonomiste convaincu s'était opposé à l'indépendantiste Oscar Temaru, il a noué depuis cet été des accords inimaginables, il y a peu encore, avec son
vieil adversaire politique, après avoir mal digéré l'ascension de son ancien lieutenant Gaston Tong Sang.
Ce dernier avait eu le tort à ses yeux d'avoir été préféré par des alliés de son parti, le Tahoerra Huiraatira, à son gendre Edouard Fritch, pour la présidence polynésienne.
Flosse n'a eu de cesse que de faire tomber Gaston Tong Sang, qui était pourtant du même parti de lui. Après l'éclatement de la coalition autonomiste, il a contribué à renverser son
gouvernement en août dernier en votant la motion de censure déposée par Temaru.
Cette attitude lui a été reprochée par les électeurs aux élections anticipées des 27 janvier et 10 février derniers. Son parti n'a obtenu que 10 des 57 sièges à l'assemblée de Polynésie,
contre 27 pour la coalition de Tong Sang et 20 aux indépendantistes.
Né le 24 juin 1931 à Rikitéa (archipel des Gambier) d'un père lorrain et d'une mère polynésienne, Gaston Flosse a été d'abord instituteur, puis agent d'assurances.
Il s'est lancé dans la politique en 1965, en devenant maire de Pirae (Tahiti).
Flosse a été notamment secrétaire d'Etat chargé du Pacifique sud dans le gouvernement Chirac de 1986.
Il a obtenu quelques années plus tard de Chirac un changement de statut pour son territoire, lui accordant encore plus de pouvoir personnel (loi organique du 27 février 2004).
Mais la modification de la loi électorale, à sa demande, s'était retournée contre lui: aux élections du 23 mai 2004, son adversaire Oscar Temaru l' avait emporté et était devenu le premier
président indépendantiste de l'archipel.
Depuis, le «roi» de Polynésie, qui avait offert des fêtes somptuaires lors de la visite de Jacques Chirac dans son fief en juillet 2003, n'a eu de cesse de tenter de revenir au pouvoir.
Président fondateur du Tahoeraa Huiraatira, ce père de neuf enfants, qui pratique quotidiennement le yoga et fait ses discours en tahitien et en français, a la réputation d'être autoritaire
et impatient.
«Epuisant» pour ses collaborateurs, on l'a vu prendre la place, baguette en main, de l'un de ses ministres dont l'exposé n'était pas assez rapide à ses yeux.
Accusé de «clientélisme» par ses détracteurs, il est membre depuis 1967 de l'assemblée territoriale de Polynésie, qu'il a présidée en 1972 et 1973, puis en 1976 et 1977.
Après avoir été plusieurs fois député, il est sénateur (UMP) depuis septembre 1998.
Gaston Flosse est toujours parvenu à obtenir d'importants subsides des gouvernements de droite comme de gauche, notamment une aide annuelle compensant l'arrêt des essais nucléaires dans le
Pacifique, aujourd'hui de 188 millions d'euros.
Flosse est le seul sénateur UMP à avoir voté contre la loi organique de décembre 2007 qui a renforcé le contrôle des fonds publics en Polynésie, donné un droit de regard plus important à
l'assemblée locale et associé le gouvernement local aux décisions du président polynésien.
Il s'est opposé au changement de mode de scrutin pour les élections territoriales et à leur avancement, après avoir réclamé une dissolution de l'assemblée.
Flosse a été relaxé en appel du délit de corruption passive par un tenancier de maison de jeu en juin 2001. Il a été mis en examen en 2003 pour des emplois fictifs.