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Face à l'énormité de la fraude dont la Société générale se dit victime, le gouvernement, tout en se voulant rassurant sur la "solidité" du système bancaire français, ne cachait pas vendredi son étonnement. François Fillon a demandé à la ministre de l'Economie Christine Lagarde un rapport "sous huit jours".
Lors d'une conférence de presse au Luxembourg, le Premier ministre a regretté de n'avoir été "prévenu" de la situation à la Société générale que mercredi, soit "quatre jours après que l'affaire ait été découverte". "C'est quand même une affaire d'une importance telle pour le système financier français que, peut-être, le gouvernement aurait-il pu être prévenu plus tôt", a-t-il ajouté.
"J'ai demandé au ministre des Finances de me donner sous huit jours toutes les indications sur la manière dont les choses se sont passées", a annoncé M. Fillon, qui a jugé "difficile (...) de comprendre comment une personne seule peut, dans un délai relativement court, occasionner des pertes aussi considérables".
En déplacement en Inde, Nicolas Sarkozy s'efforçait de son côté de rassurer les Français sur la "fiabilité" et la "solidité" du système bancaire français. Cette affaire n'a "pas de rapport" avec la crise sur les marchés financiers internationaux, a-t-il affirmé. "On ne peut pas assimiler le problème interne à la Société générale (...) à ce qui s'est passé sur le système financier international en provenance des Etats-Unis avec la crise des subprimes".
Une partie de la classe politique se montrait néanmoins sceptique devant les explications de la Société générale, qui affirme qu'un courtier ayant agi seul est responsable de 4,9 de ses 7 milliards d'euros de pertes pour 2007.
Le président du groupe Nouveau centre à l'Assemblée nationale François Sauvadet a ainsi demandé vendredi à Mme Lagarde la mise en place "sans délai" d'une commission d'enquête. Dans un communiqué, le groupe centriste "exige que la vérité soit faite sur l'origine de ce désastre financier" et veut "notamment vérifier que cette affaire ne masque pas des positions inconsidérées prises par la banque depuis le début de la crise" des prêts hypothécaires à risque aux Etats-Unis.
"Comment un simple trader a pu déjouer tous les systèmes de sécurité mis en place par la banque en interne et prendre des positions aussi dangereuses?", s'interroge M. Sauvadet.
Le président (PS) de la commission des Finances de l'Assemblée nationale Didier Migaud a annoncé vendredi dans un communiqué l'audition par les députés, "dans les semaines à venir", des acteurs concernés par la crise du secteur bancaire et boursier. "Manifestement, la sophistication extrême des produits financiers, les défaillances des procédures de contrôle interne et externe des opérations de marché, ainsi que le manque de transparence et de traçabilité des opérations rendent le système trop vulnérable", constate-t-il.
La commission des Finances du Sénat a aussi annoncé l'audition mercredi après-midi du gouverneur de la Banque de France Christian Noyer, du président de l'Autorité des marchés financiers (AMF) Michel Prada et d'un représentant de Fédération bancaire française.
Stéphane Le Foll, directeur de cabinet du Premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande, a fait part dans un communiqué de ses "interrogations sur les causes réelles des pertes de la banque". Il a jugé "difficile de croire en la responsabilité individuelle d'un seul cadre au moment même où le système bancaire traverse une crise liée aux" prêts hypothécaires à risque.
"Il est aussi inconcevable que 5 milliards d'euros aient pu s'envoler sans que personne ne s'en rende compte au sein de la société", estime-t-il. Le PS réclame depuis plusieurs jours un débat sur la situation financière à l'Assemblée nationale.
"Un seul homme ne peut être responsable d'une fraude d'une telle ampleur", a tranché le Parti communiste dans un communiqué. "La Société générale invente le Dreyfus-trader. Plus c'est gros, plus ça passe". AP