Annulation du Dakar : un "désastre" économique
(Laporte)
Challenges.fr | 04.01.2008 | 15:22 |
Le célèbre rallye est victime de la situation actuelle en Mauritanie, où quatre Français ont été tués la veille de
Noël.
(c) Sipa
Le Dakar 2008 n'aura pas lieu. Daniel Bilalian, directeur de la rédaction des sports de
France 2, qui diffuse le célèbre rallye, a confirmé, vendredi 4 janvier, l'annonce faite plus tôt dans la matinée par Europe 1. ASO a ensuite confirmé l'annulation du rallye depuis Lisbonne, d'où
le rallye devait partir. Son communiqué parle de "menaces directes lancées contre la course par des mouvances terroristes".
"Il y a les risques encourus, les avertissements qui ont été donnés. [...] S'il arrivait la moindre chose, le moindre incident en Mauritanie, sans parler d'accidents ou d'attaques, c'est toute la
crédibilité d'ASO qui serait remise en cause et, ça, ASO ne pouvait pas se le permettre", a reconnu Daniel Bilalian. "Je suis vraiment désolé pour eux, et pour nous, et pour les
téléspectateurs".
"Il faut remplacer les émissions prévues par d'autres programmes et c'est forcément un manque à gagner", a-t-il ajouté. L'émission de France 3 à 20h10 réunit, par exemple, 3 millions de
téléspectateurs.
Menaces directes lancées contre la course
Quant au prix d'achat des droits de retransmission de ce rallye, Daniel Bilalian n'a pas donné de chiffre. "Ce contrat fait partie d'un package, avec d'autres compétitions", acquis auprès d'ASO.
"Chaque compétition est valorisée à un certain niveau, c'est notre salade interne".
"Nous avons des relations de partenariat avec ASO, qui sont de confiance. On va parler ensemble, comment nous allons organiser les choses, on va voir dans les semaines à venir".
Cette annulation, la première depuis la création du rallye en 1979, est la conséquence des évènements actuels en Mauritanie, où huit étapes sur quinze étaient prévues, du 11 au 19 janvier. Le
gouvernement français a "fortement" déconseillé à ses ressortissants, y compris les pilotes du Dakar, de se rendre dans le pays après la mort de quatre touristes français, abattus par des
islamistes présumés, proches d'Al-Qaida, le 24 décembre.
Recommandation du gouvernement
Vendredi, Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères, a insisté, sur RTL, sur le danger de la situation. Les organisateurs, eux, avaient reçu des garanties du gouvernement mauritanien
sur la sécurité.
"Que voulez-vous qu'on fasse? A partir du moment où il y a une recommandation du gouvernement, il n'y a pas d'autre solution", a commenté sur France-3 Jean-Louis Schlesser, double vainqueur de
l'épreuve qui devait prendre le départ avec le dossard 309.
"Je crois que c'est une triste nouvelle pour beaucoup de monde", a réagi l'ancien directeur de Citroën Sport, Guy Fréquelin, sur RTL. "Jusqu'à maintenant, le Dakar avait quand même été une
caravane importante et qui était quand même protégée donc ça veut dire qu'il y a quand même des risques énormes."
En 2007, des menaces du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC algérien) avaient déjà contraint les organisateurs à annuler deux étapes, alors qu'en 2006 et 2000, ils avaient mis
en place des ponts aériens pour éviter le nord du Mali et le Niger, également pour des raisons de sécurité.
Des pertes colossales pour le Sénégal
Le Syndicat de l'industrie hôtelière du Sénégal s'est lui inquiété de l'annulation de la course, qui va plomber le secteur hôtelier et le tourisme au Sénégal. Cette “mauvaise surprise" va faire
perdre des “milliards de FCFA (plusieurs millions d'euros)" aux professionnel, a estimé le président du syndicat, Moustapha Kane. "C'est un moment très attendu par les hôteliers", a-t-il
poursuivi, ajoutant que "les raisons de l'annulation sont trop légères".
Le secrétaire d'Etat aux Sports français s'attend également à des "conséquences économiques désastreuses". "Ce n'est que partie remise, l'épreuve recommencera l'année prochaine", a déclaré
Bernard Laporte devant la presse, lors d'un déplacement aux Antilles où il accompagne le Premier ministre, François Fillon.