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e jeudi 27 décembre 2007

L'Arche perdue

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Mario Roy

La Presse

Les six citoyens français détenus au Tchad en rapport avec l’affaire de L’Arche de Zoé ont été condamnés à huit ans de travaux forcés pour tentative de rapt de 103 enfants. C’est une peine sévère, se situant dans la fourchette de ce que réclamait la poursuite, c’est-à-dire de sept à 11 ans ; quant à elle, la défense avait plaidé la bonne foi et réclamé la clémence. Quatre autres accusés ayant présumément agi comme intermédiaires, trois Tchadiens et un Soudanais, ont été soit acquittés, soit condamnés à quatre ans de prison.

Quant aux enfants concernés, ils sont toujours hébergés dans un orphelinat du Tchad…

Malgré un verdict sans ambiguïté, peu d’éclairage a été jeté sur cette troublante affaire par les condamnations prononcées, hier, par une cour criminelle qui n’avait pas siégé depuis 2004 et n’est indépendante, ni du pouvoir, ni d’une pression populaire parfois exercée avec violence. De fait, le procès a été expéditif (quatre jours d’audience) ; non exempt de l’intrusion du politique (à la fois de la part de Nicolas Sarkozy et du président tchadien Idriss Déby) ; instruit dans une ambiance survoltée (le tribunal a dû être protégé par la police antiémeute).

La première remarque est donc forcément celle-ci : une enquête criminelle correctement menée demeure nécessaire. Et cette nécessité ne tient pas qu’à l’injustice dont ont été victimes, ou pas, les accusés – lesquels ont toujours de sérieuses explications à fournir sur leurs étonnantes procédures, leurs intentions réelles et leurs accointances politiques. Non, cette nécessité est surtout liée à l’impact que l’affaire a sur le travail humanitaire. Sur le devoir d’ingérence.

Sur le sort des plus miséreux de la planète, en somme.

***

Au Tchad (et ailleurs dans la région), les travailleurs humanitaires sont aujourd’hui dévastés – sans parler du fait qu’ils sont physiquement menacés.

Ici, une ONG a dû reporter l’ouverture d’une garderie : aucun parent ne voulait plus lui confier ses enfants. Là, dans une école, « un enfant de 4 ans a demandé à son institutrice s’il était vrai que les Blancs ouvraient le ventre des enfants pour manger leur cœur », rapporte le quotidien Le Monde. Les scénarios de complot sont omniprésents, souvent répandus par les autorités tchadiennes elles-mêmes. Ainsi, la traite négrière a repris sur une grande échelle ; ou bien les enfants devaient être vendus à des réseaux pédophiles ; ou encore servir de cobayes dans des laboratoires pharmaceutiques ; ou enfin être utilisés comme donneurs d’organes…

Pire encore à long terme, l’affaire rend plus acérées que jamais les accusations de néocolonialisme lancées contre les initiatives du Nord dans le Sud. Désormais, ce réquisitoire vise lourdement l’humanitaire, après avoir depuis un certain temps déjà accablé les opérations d’imposition de la paix dans les régions où sévissent des massacres à grande échelle.

Souvenons-nous : à l’époque, la naissance du droit (et même du devoir) d’ingérence semblait une avancée importante pour les droits de l’homme. Elle semblait une réplique humaniste au principe de souveraineté des États recouvrant trop souvent ce qui était la possibilité pour des potentats de tuer en masse – ou d’affamer sciemment – leurs commettants.

Est-il utile de dire que cela se passe toujours ? …

Au total, cette Arche perdue dans une opération équivoque rapportera peut-être un bénéfice : celui de hâter la réflexion sur ce que le Nord doit faire, ou pas, lorsqu’il ressent l’obligation morale de s’« ingérer » dans le Sud. 
cyberpresse


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