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BondyMarseille. 4 000 musulmans ont assisté jeudi, dans une immense halle, à la grande prière commémorant le sacrifice d'Abraham. Le lieu choisi ne fait pas l’unanimité parmi les fidèles

 

A droite, les hommes sont assis sur de minces tapis verts, posés le matin même sur le sol du parc Chanot. Une allée les sépare des femmes, assises sur des chaises, têtes tournées vers l’imam qui prêche tantôt en français, tantôt en arabe. Autour d’eux, les chaussures et les bouteilles d’eau bordent cet espace de prière improvisé. Seuls les panneaux fluorescents « Sortie de secours », les néons et les armatures métalliques de la salle d’exposition du parc contrastent avec l’événement en cours : la grande prière de l’Aïd el Kébir.

4 000 personnes selon les organisateurs sont présentes cette année. « Ça dépanne », lance Menasria Chahinez au sortir de la prière. Elle et ses amies auraient préféré un endroit plus adapté, comme la grande mosquée [actuellement en construction]. Khadija, 22 ans, un voile de tissu blanc et noir autour des cheveux, exprime sa colère face à l’absence de lieu de culte pour les musulmans : « On fait partie de la France, oui ou non ? Nous n’avons pas de mosquée ; celles de Marseille sont trop petites ! »

Autre point de vue du côté de l’organisation. « La grande mosquée n’est pas la solution pour une fête telle que l’Aïd », affirme Azzedine Ouahhoud, responsable du Conseil des imams de Marseille et ses environs (Cime). La première raison veut que seul le parc Chanot soit capable d’accueillir des événements d’une si grande ampleur. « La grande mosquée pourra accueillir jusqu’à 2 500 personnes au grand maximum. De plus, la communauté musulmane est en pleine mutation et risque de s’agrandir avec l’arrivée croissante de jeunes. » Exit donc l’idée de grande mosquée comme lieu de prière le jour de l’Aïd.

L’autre raison est d’ordre traditionnel. La prière de l’Aïd doit se dérouler à l'extérieur des mosquées, à l’image du prophète Mohammed qui allait prêcher en dehors de la ville afin d’élargir les rencontres. « Ici, croyants et non croyants se rassemblent, alors que les mosquées n’acceptent que les pratiquants », explique avec un grand sourire Mohammed Yassine, porte-parole du Cime.

Juste à ses côtés, installé sur une table, un des membres du Conseil récolte de l’argent afin de rembourser le montant de la location de la salle, élevé à 10 000 euros. « Nous ne recevons aucune subvention, tout est payé par les fidèles », précise le porte-arole, qui ajoute avec un brin de malice dans l’œil : « Nous arrivons en général à dégager du surplus pour l’Aïd de l’année suivante. »

Camille Roux (BondyMarseille)

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