Dimanche 23 décembre 2007
Pour sa "maraude", le brigadier-chef a hérité des arrondissements les plus huppés (4e, 5e, 6e, 7e, 8e). Des quartiers où les façades illuminées des boutiques de luxe éclairent crûment la misère de ceux sur lesquels il veille. Avec le grand froid, les signalements de sans-abri proviennent pour la plupart du numéro d'urgence 115. Ils sont nombreux. "A cette période de l'année, les gens sortent des magasins les bras chargés de cadeaux, ils sont pris de remords et ils nous appellent", explique-t-il.

Aussi, à bord de son fourgon au logo de la Bapsa, dans lequel l'accompagne une adjointe de sécurité de 25 ans, qui témoigne sous le pseudonyme de Dalila, l'atmosphère est détendue. "Ceux qui sont encore dehors avec ces températures négatives sont les plus difficiles à convaincre d'aller dans un centre d'hébergement", explique le fonctionnaire de police, un temps en poste à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), banlieue réputée difficile de la région parisienne.

"ON TOUCHE LEURS MAINS"

Pour parer aux réticences, le brigadier-chef a élaboré une méthode bien à lui : la dérision. "Bonsoir, bonsoir, c'est la Bapsa !", entonne-t-il à chaque intervention. Tous les SDF connaissent la brigade. Ils la croisent souvent aux côtés des associations traditionnelles d'aide aux sans-abri. Aussi, l'uniforme et l'arme au ceinturon n'effraient pas. Même les sans-papiers se laissent approcher. La Bapsa est chargée de leur porter assistance en cas de besoin.

Ce soir, malgré le gel, l'entrain du brigadier-chef peine à convaincre : "Allez, allez, viens avec nous, même mon chien, il a le chauffage dans sa niche", lâche-t-il à un Algérien d'une trentaine d'années, allongé sous une arcade avec un autre homme. Un mince carton sous les fesses, il n'a qu'une couverture pour garder un peu de chaleur. Le teint jaune, les lèvres bleues, il grelotte : "Allez, fais un effort, t'as vu le courant d'air ?, tente le brigadier-chef. Allez mon grand, tu veux pas manger une soupe au chaud ?" Refus obstinés des deux compagnons. La Bapsa doit se contenter d'offrir une couverture de survie.

Une scène habituelle pour Christophe et sa collègue. La brigade n'a pas le droit de forcer les sans-abri à la suivre. Sauf s'ils sont dans un état de santé préoccupant. "On touche leurs mains, on vérifie qu'ils ne sont pas en hypothermie, qu'ils réagissent bien quand on enregistre leur nom et leur date de naissance", explique Dalila. "Mais si on ne diagnostique aucun de ces problèmes, notre mission humanitaire s'arrête-là", regrette-t-elle.

De nombreux SDF rechignent à suivre les policiers car ils redoutent le centre d'hébergement de la Bapsa, situé à Nanterre. Le bâtiment a mauvaise réputation. Et ce, malgré sa rénovation en 2000. Parfois, la brigade propose donc d'autres centres d'accueil. Pour le binôme Christophe-Dalila, les refus se sont répétés toute la nuit. Une soirée pas à l'image de ce qui s'est passé pour les autres patrouilles. Sur plus de 110 interventions de la Bapsa pour la nuit du 19 au 20 décembre, seules 25 ont connu un refus.

Mais les "clients" du brigadier-chef se considéraient pour la plupart "bien installés" dans leurs abris à ciel ouvert : la chaleur d'une bouche d'aération à proximité pour les uns, une bouteille de champagne offerte par un passant pour un autre... Au lendemain de cette maraude, l'un d'entre eux, jamais signalé, a été retrouvé mort, place de la Concorde.

Elise Vincent le monde.h-9-ill-992767-330783.jpg
par Gaullisme populaire et Social . Daniel Hentzé publié dans : Paris solidarite metro. communauté : LES EXCLUS EN FRANCE
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