Partager l'article ! « Français, reprenez le pouvoir ».: Dupont-Aignan:« il faut nationaliser deux banques » Reversus - Ronald ...
Mais les forces de Nicolas Dupont-Aignan sont sans doute aussi ses faiblesses. Son ancrage gaulliste n’est pas toujours
adapté aux enjeux du XXIème, lorsque par exemple il rapporte l’impuissance du politique à l’influence forcément néfaste de la mondialisation, ou lorsqu’il appuie son analyse économique
uniquement sur les chiffres du déficit commercial . Le protectionnisme qu’il appelle de ses vœux n’a jamais fourni que des résultats décevants , et sortir de l’Europe comme il le préconise serait aujourd’hui
politiquement et économiquement suicidaire. La question de l’Union Européenne est d’ailleurs sans doute le point de divergence majeur, au sein de cette droite néo-gaulliste, entre les
villepinistes et les partisans de Debout la République .
Ronald : Votre mouvement s’intitule « Debout la République », doit-on en conclure qu’elle serait tombée par terre ?
Oui, tout à fait. Nous avons fondé Debout la République en 1999, il s’agissait d’un groupe de réflexion partant du sentiment
que la flamme gaulliste était éteinte au RPR – un sentiment que la création de l’UMP n’a fait que renforcer. Pour ma part, j’ai d’abord essayé de lutter de l’intérieur avant de finir par
quitter l’UMP en 2007. C’est alors que Debout la République est devenu une véritable formation politique.
Les principes fondateurs de l’exception française, qui permettaient d’aller au-delà du clivage droite-gauche, sont
aujourd’hui piétinés par l’oligarchie qui nous gouverne. L’élection de Nicolas Sarkozy a été l’aboutissement d’un déclin progressif de valeurs, dont l’embourgeoisement du PS était un
symptôme. Il faut tenter de revenir au sens premier de notre République, à la démocratie du peuple par le peuple et pour le peuple.
Ronald: La formule résonne-t-elle encore chez les Français ?
Cela dépend. Les Français ressentent intuitivement et confusément qu’ils sont dupes de l’exercice actuel de la politique.
Depuis vingt ans, les engagements électoraux ne sont pas tenus, et les problèmes ne sont pas attaqués à leur source. Le pouvoir politique a été abandonné à des féodalités intérieures et à
des puissances extérieures. En tant que gaulliste, mon combat politique se rattache plus que jamais à l’indépendance de la France et au cadre national.
Les dysfonctionnements de notre République ne sont pas simplement dus à la méchanceté, au cynisme, à l’individualisme ou à
l’orgueil de la classe politique : la moralité n’est ni pire ni meilleure qu’autrefois. La différence majeure entre les 20 ou 30 dernières années et le reste de notre histoire, c’est
la contradiction entre la mondialisation financière et le maintien de la démocratie au niveau national. Particulièrement en France, on peut sentir que, derrière les masques du régime
présidentiel, le pouvoir a perdu le pouvoir.
Le pouvoir a été abandonné à des féodalités d’intérêts, qu’il s’agisse des banques, des grandes entreprises de la
distribution ou des BTP. Le Général De Gaulle disait que le pouvoir se fait par la corbeille. Aujourd’hui c’est la corbeille qui a pris le pouvoir. Au niveau local, de grandes
baronnies se constituent afin de conserver ce pouvoir de décision.
Au niveau international, nous sommes pareillement inféodés, à Bruxelles avec la Commission Européenne, à Luxembourg avec la
Cour de Justice Européenne, à Francfort avec la Banque Centrale Européenne, à Pékin pour la régulation du commerce international et à Washington pour le dollar. Les représentants du peuple
sont littéralement dépossédés de leur pouvoir. La classe politique, en tolérant les traités de Maastricht, d’Amsterdam, de Nice, de Lisbonne… a scié la branche sur laquelle elle était
assise.
Mon combat est né de cette découverte que la classe politique n’a pas le droit d’abandonner le pouvoir. Bien sur, la
mondialisation oblige à des coopérations internationales. Mais il est impossible de gouverner sans conserver son pouvoir de décision. Ou alors cela se réduit au ministère de la parole, et
les Français sont forcément déçus. Même si tous ne voient pas la cause première, ils sentent bien que la roue tourne à vide. Le pouvoir politique actuel est comme un vélo d’appartement, et
les Français qui sont dans le porte-bagages s’aperçoivent à un moment qu’ils n’ont pas fait le chemin qu’on leur avait promis. Ils l’ont d’ailleurs clairement manifesté au moment du
référendum de 2005.
Nous avons besoin d’un Etat fort, régalien, d’une école publique plus méritocratique, de services publics présents sur tout
le territoire et d’un système économique d’effort et de partage. Voilà pourquoi j’ai fondé mon mouvement, et pourquoi je l’ai appelé Debout la République. Parce que la démagogie, le laxisme
et l’abandon, le sommeil de la classe politique, nous a fait perdre le pouvoir.
David: Quelles sont les solutions pour vous ? La constitution d’une VIème République ?
Les débats institutionnels sont dépassés : la dernière réforme constitutionnelle n’a servi à rien sinon à renforcer la
situation de parti unique à l’Assemblée.
La réponse passe par le combat politique. Il faut éviter le bipartisme à tout prix et rendre le pouvoir au peuple, comme je
l’explique dans mon ouvrage intitulé « Français, reprenez le pouvoir ». Notre pays est accoutumé aux sursauts brutaux
ponctuant de longs déclins : espérons qu’aujourd’hui nous n’en arriverons ni à la révolution ni à la guerre pour mettre fin à l’oligarchie.
Sommes-nous au fond condamnés à ce déclin ? Personnellement je ne le pense pas. Il y a chez le peuple français une
culture pleine de vitalité, une productivité extraordinaire, une qualité de vie appréciable et un certain génie assez répandu. Il y a un décalage colossal entre cette vitalité de la société
française et une oligarchie qui a pris le pouvoir au profit d’intérêts extérieurs. L’appel de Cochin prononcé par Jacques Chirac en 1976 nous le dit : il s’agit d’une oligarchie
mondialisée qui veut tuer l’exception française parce qu’elle encombre le paysage. Tant que les Français n’auront pas compris qu’ils doivent se battre pour préserver cette exception, ça ne
marchera pas. Outre les qualités, il y a une naïveté française qui est aussi le fruit d’un assistanat. Le drame des Français c’est qu’ils n’y croient plus, qu’ils sont résignés et ils
s’enfoncent dans ce que j’appelle « le jardin familial ». La politique des jardins familiaux était une politique russe du temps de Brejnev : lorsque les kolkhozes
ne marchaient pas, chacun s’affairait à son petit jardin, comme un refuge au collectivisme.
Il est de la responsabilité de tout républicain, sans distinction de parti, qui face à l’inhumanité de la mondialisation,
pense que la France a un rôle à jouer pour l’humaniser, d’aller à la rencontre des Français pour mobiliser l’action citoyenne autour de principes vertueux.
David: Une politique d’Etat providence ne risque-t-elle pas de saper la confiance des banques dans la capacité
d’emprunt des Français ?
Si la France doit reconquérir sa force économique, elle doit avant tout œuvrer en faveur de l’emploi, même si cela signifie
désobéir au milieu des affaires mondialistes.
Vogelsong: Vous êtes d’ailleurs partisan du protectionnisme
Bien entendu. Nous devons comprendre que nous sommes engagés dans une guerre économique mondiale, où la Chine pille pour
éviter d’être pillée, où les Etats-Unis défendent en tout point du globe les intérêts américains, et où l’Europe n’a rien compris.
David: Êtes-vous pour un protectionnisme européen ou français ?
Avant tout européen mais possiblement français, quitte à sortir de l’Euro si les Allemands ne modifient pas leur politique.
Il faut revenir à la défense des intérêts économiques français et à l’investissement dans les secteurs stratégiques. L’Allemagne et l’Angleterre savent très bien le faire : Brown a
dévalué de 30% dans l’indifférence générale. Et contrairement à ce qu’a dit Sarkozy, l’industrie anglaise est plus puissante que l’industrie française.
C’est un premier défi sans lequel il n’y aura pas d’Etat providence, et la France sera en voie de paupérisation. Le
second défi, c’est la cohésion nationale, sociale et migratoire, car immigration rime aujourd’hui avec abandon. Sans un moteur économique performant et une cohésion nationale et sociale, ce
sera la paupérisation d’un coté et la guerre civile de l’autre.
Ronald: Vous parlez d’Etat stratège, mais si le pouvoir économique est aux mains d’une oligarchie, comment
comptez-vous vous y prendre ?
Le pouvoir économique doit être repris en main. Bien qu’étant un homme de droite, je dis qu’il faut nationaliser au moins
deux banques, afin de baisser les tarifs bancaires et d’introduire de la concurrence dans le système étatique. Il faut avoir une vision stratégique des secteurs d’avenir, investir
massivement dans certaines priorités, mettre en place un protectionnisme sélectif, enfin reprendre en main le secteur économique. Cela ne veut pas dire mettre en place une organisation
tentaculaire. Je suis par exemple favorable à la TVA sociale, à la baisse des charges pour les PME, car c’est une aberration de prélever des charges sur l’emploi dans une économie
mondialisée. Je suis également pour la suppression du bouclier fiscal et de l’ISF (du moins sur la résidence principale).
Le problème aujourd’hui c’est l’oligarchie privée, le monopole privé. Nous avons besoin de services publics forts, donc
d’une une stratégie de puissance.
Ronald: Nicolas Sarkozy annonce des investissements sur les 10 à 20 prochaines années, qu’en
pensez-vous ?
Nicolas Sarkozy est le roi du double langage. Sa schizophrénie personnelle est impressionnante. Je ne pense d’ailleurs pas
qu’il parle toujours par cynisme, il est parfois sincère. Sarkozy a compris qu’il fallait sortir des années de gestion molle qui nous condamnaient à la faillite totale, un constat que n’a
pas voulu faire la gauche de gouvernement. Il a compris par exemple qu’il fallait un grand emprunt pour investir dans les technologies d’avenir, et il a eu raison sur ce sujet. Il a compris
qu’il fallait du protectionnisme, il a compris durant sa campagne de 2007 que l’Euro était une catastrophe. Le problème ce sont ses relations, ses fidélités personnelles et la manière dont
il gouverne, qui sont totalement contraires à ses convictions électorales sincères.
David: Pensez-vous qu’il y a une collusion entre les médias et les différents cercles d’influences du
pouvoir ?
Oui, c’est plus qu’un danger, c’est un scandale : le conformisme bête. Les chiffres du commerce extérieur ne sont plus
publiés correctement dans la presse française, alors que nous allons atteindre un déficit commercial de 50 milliards d’euros.
Sur ce dernier point, il faut voir que notre base de compétitivité s’effondre. On ne peut pas tenir un pays durablement
quand ce pays vend moins qu’il n’achète : ce déficit est donc beaucoup plus grave que le déficit budgétaire.
Il est le résultat d’une politique de l’Euro suicidaire au seul intérêt de l’Allemagne. Malgré notre entente avec les
Allemands, nous n’avons pas d’intérêt dans une monnaie surévaluée qui ne correspond pas à notre économie.
Vous ne pouvez pas avoir des charges plus élevées que les autres pays, un Euro surévalué et un libre échange total. Ces
trois points mènent à la ruine de notre économie, de notre emploi et de notre protection sociale. Le choix est donc le suivant : soit pratiquer un libre échange intégral, sortir de
l’euro, dévaluer et compenser les charges élevées de notre société ; soit opter pour le protectionnisme (européen) et garder l’euro ; soit supprimer les charges et perdre en
niveau de vie. I est impossible de cumuler les trois choix, mais la classe politique et médiatique refuse d’accepter cette évidence.
Vogelsong: Quand allons-nous éponger ces pertes ?
Nous le faisons déjà. Aux Etats-Unis, vous aviez la faillite de compétitivité, payée par l’endettement privée et qui a
permis de maintenir la consommation. Cela a duré 10 ans, aujourd’hui c’est un système en faillite. En France, nous utilisons les déficits publics. Cela peut donc traîner jusqu’à la faillite
générale.
Vogelsong: A l’époque où la France enregistrait un déficit de 40 milliards, cela était présenté comme dramatique.
Aujourd’hui, il est de 116 milliards.
Cette situation peut durer un long moment, dix à quinze ans maximum. Dans ce cas, les Français vivront de plus en plus mal
et l’Etat sera en faillite complète. Après une dizaine d’années, ce sera le décrochage massif et nous deviendrons une puissance de second rang.
Vogelsong: Vous avez indiqué que vous souhaitiez baisser les charges sur les PME…
Oui, tout à fait, c’est ce qu’à fait Angela Merkel avec la TVA sociale lors de son élection : elle a augmenté de trois
points la TVA et a baissé les charges pesant sur l’industrie allemande, ce qui représente une dévaluation interne à l’Euro. L’effet pour l’industrie allemande a été très
bénéfique.
Malheureusement pour l’instant, notre pays travaille dans l’amateurisme, la démagogie et l’absence de vision générale, avec
d’un coté une gauche laxiste et embourgeoisée et de l’autre une droite de classe et de privilèges.
David: Une autre alternative à droite est-elle encore possible ?
Je suis convaincu que l’alternative ne sera pas à gauche mais à droite ou au centre, compte tenu de la sociologie française.
A titre personnel, je souhaite construire une alternative politique sérieuse.
David: Seriez-vous prêt à vous ranger derrière un candidat portant un projet correspondant à votre
sensibilité ?
Oui, je n’ai pas vocation à être un éternel candidat à la présidentielle, sauf si comme en 2007 il n’y a personne d’autre
que moi pour défendre les idéaux républicains et gaullistes dont je vous parle.
Vogelsong: Que pensez-vous de François Bayrou ?
Bayrou est un très bon analyste de la société française et du sarkozysme. Seulement, il ne donne aucun élément de réponse
pour remédier à la situation. Vous ne redonnerez pas une cohésion sociale et nationale à un pays dans l’échec économique et en acceptant l’Europe de la ruine et du malthusianisme. C’est là
où j’ai un désaccord profond avec Bayrou.
La France est aujourd’hui dans une nasse. A données constantes, le problème français n’est pas résoluble puisque les
dirigeants politiques ont mis la France dans une situation de dépendance. La caste qui nous gouverne est prisonnière de schémas de pensée sur la mondialisation libérale, sur l’euro, la
coopération européenne, l’immigration, dont elle ne sera peut-être libérée qu’à la prochaine explosion urbaine.
Vogelsong: Les explosions urbaines sont pourtant l’une des raisons avancées par Nicolas Sarkozy pour mettre en place
des politiques sécuritaires.
Le peuple se rendra compte à un moment qu’il s’agit de discours. Le problème du sarkozysme, c’est la fuite en avant
contrainte dans le discours pour faire oublier l’échec de la pratique.
Cette année, 8000 postes policiers sont supprimés et on nous explique que la lutte contre la délinquance sera plus efficace.
La vérité se fera, mais comme des espoirs étaient nés, notamment dans les classes populaires, la déception sera violente.
Aujourd’hui, personne ne semble avoir d’alternative à offrir, et c’est la raison pour laquelle Nicolas Sarkozy s’applique à
brider les médias et à conserver le bipartisme. Une gauche bien-pensante en face d’une droite libérale : c’est actuellement la seule issue pour Nicolas Sarkozy, jusqu’à ce que la
vérité l‘emporte.
Je souhaite construire un parti politique présent partout en France, avec une base de 10 000 adhérents. Nous
avons reçu 300 000 voix aux européennes, ce que personne n’a remarqué. Le soir de l’élection européenne, nous avons été zappés des écrans, notre score n’a pas été inscrit : le
Ministère de l’Intérieur nous avait classés parmi les « Divers droite ». Ce n’est pas un hasard, car si je réussis mon pari et que mon mouvement se développe, il mettra en péril
la cohésion de l’UMP. Je ne suis pas un extrémiste, et je suis donc beaucoup plus dangereux pour Nicolas Sarkozy qu’un Le Pen ou qu’un Besancenot. Ceux-là sont plutôt les avocats du
régime, alors qu’une personnalité politique raisonnable mais dont le discours échappe à la doxa peut mettre en danger la droite sarkozyste, et ce précisément grâce au vote populaire déçu
par Nicolas Sarkozy.
David: Sur le plan de la politique internationale, que pensez-vous de Nicolas Sarkozy ? Le trouvez-vous
crédible ?
Nicolas Sarkozy est d’un amateurisme complet sur les questions intérieures, mais cohérent dans sa politique internationale,
que je combats de toutes mes forces. S’il est un domaine où Nicolas Sarkozy fait preuve de constance et de volontarisme, c’est sur sa politique étrangère, qui est une politique
néoconservatrice et atlantiste. Il a réussi à réintégrer la France au commandement de l’OTAN sans l’annoncer, il a engagé 2000 soldats de plus en Afghanistan, il
a
abandonné la politique arabe de la France au pays de l’Etat d’Israël.
David: Quelle doit être la place de la France dans l’Europe ? Quel est votre projet
européen ?
L’Europe est indispensable pour que la France pèse dans le monde. En revanche, la France ne peut peser dans une Europe à 27
que si elle refuse la loi de la majorité et qu’elle se bat pour une Europe à géométrie variable et de coopération. Parce qu’à 27, nous sommes minoritaires sur tous les sujets qui fondent
l’exception française (laïcité, protectionnisme, services publics…). Pour reprendre une citation de Marie-France Garaud, c’est comme si un chef d’entreprise travaillait dans une
entreprise comme associé minoritaire. Nous avons signé des traités qui nous mettent en minorité sur tous les sujets importants. Le traité de Lisbonne va être dramatique sur un point majeur,
les négociations avec l’OMC. Pourquoi avons-nous une telle influence depuis 20 ans dans les négociations ? Parce que nous disposons d’un droit de veto et que si la France l’utilise, le
mandat du commissaire européen est bloqué. C’est comme ça que nous avons gagné à chaque fois, comme Balladur au GATT en 1992.
David: Vous seriez pour un « pool » d’Etats ?
Non, même pas, simplement à la carte mais au gré des sujets. Une Europe intergouvernementale capable de s’accorder sur des
projets communs sans passer par Bruxelles, comme dans le cas d’Airbus.
David: Comment peut-on avoir une ligne directrice lors des grands sommets en étant à ce point
déstructuré ?
Il faut coopérer avant tout avec les quatre grands pays européens (France, Italie, Allemagne, Grande-Bretagne) plus la
Russie et le Maghreb. L’Europe supranationale est morte. Ce rêve de la fin de la guerre est dépassé.
David: Quels sont les mérites de l’Europe ?
La paix, et les échanges.
David: Barack Obama a dit : « Le XXIeme siècle sera sino-américain » : n’avons-nous pas
besoin d’une Europe forte pour lutter face à cette duopole ?
La voix de l’Europe émergera grâce à des projets concrets, pas dans la tour de Babel actuelle. Actuellement, l’Europe
institutionnelle est celle du nivellement par le bas. Le Traité de Lisbonne va confier encore plus de pouvoir à des gens qui ont échoué et qui désarment l’Europe. En ce sens, le défi de
l’Europe est avant tout économique et scientifique.
David: Pourtant, le cadre institutionnel actuel pourrait servir de socle à de nouveaux projets…
Le cadre dont vous parlez a fait de l’Europe un mélange d’Allemagne et d’Angleterre. Nous avons le système social et la
dérégulation anglaise et la puissance allemande. Ces mauvais résultats devraient nous empêcher de rêver à de nouveaux projets sans remettre en question la forme actuelle de
l’Europe.
L’Europe est un vecteur de progrès à condition qu’elle serve les peuples dans la guerre économique mondialisée.
Vogelsong: Ressentez-vous un écho donné à vos opinions dans les urnes ?
Non, parce que nous sommes assimilés à des anti-européens. Ensuite, nous n’avons pas la force de frappe politique et
militante pour délivrer ce message. Pourtant même Barack Obama sera contraint de revenir tôt ou tard au protectionnisme face aux exportations chinoises. Mais ce discours ne passe pas car il
casse en quelque sorte un rêve. Le jour où les Français s’en rendront compte, ils adhéreront à nos solutions. Je suis convaincu que notre discours portera.
Vogelsong: N’est-ce pas alarmiste ? Que penser de la classe politique actuelle ?
Ce sont des gens raisonnables qui pensent que les choses vont s’améliorer. Ils croient à leurs rêves, ils n’ont pas vécu le
tragique de l’histoire. Ils pensent que le discours peut remplacer l’action, mais il y a un moment où l’on passe à la caisse.
Observez les phénomènes de déclin dans l’histoire. Entre l’origine et le moment final, il y a du temps. La France est un
pays riche, elle a des succès mais elle vit une dégradation qui, si elle est lente, est bien concrète.
Ronald: Quels sont les tabous de notre classe politique ?
Il y a le tabou de l’Europe unie, c’est un mythe de substitution. On se déresponsabilise. On vit dans un mirage médiatique,
c’est tellement plus facile d’être dans un monde idéal et virtuel. Nous parlons d’un pays qui truque les statistiques du chômage depuis deux décennies.
Je suis convaincu que notre pays a plein de ressorts. Les relations avec l’Afrique est essentielle et devrait être au centre
de nos préoccupations. Quand vous regardez le monde actuellement, vous avez d’un coté l’Amérique du Nord et latine qui se développent, la tranche asiatique avec un développement
extraordinaire et enfin un grand ventre mou avec une Europe inconsciente et endormie.
Je ne dis pas que toutes les solutions que je défends sont parfaites : je souhaite avant tout provoquer une
réaction.
Ronald: Pourquoi ne pas unifier la sécession envers la droite sarkozyste organisée ?
Je ne peux pas faire plus, je suis déjà le seul UMP à oser quitter le parti. Demain, la majorité basculera peut-être à
l’assemblée, grâce aux villepinistes. Mais pour l’instant, je ne peux pas faire plus. Toute résistance est appelée à se développer.
David: Comment expliquez-vous que les hommes politiques, souvent critiques envers l’Europe à leurs débuts, adoptent
peu à peu le consensus ?
Parce qu’ils se rendent compte que la France toute seule ne peut pas tout faire. Mais je suis convaincu que si l’on ne
réagit pas rapidement, l’Europe en fera les frais. Lisez le livre « Après la démocratie
» d’Emmanuel Todd pour vous en rendre compte.
Vogelsong: Une dernière pensée pour Internet ?
C’est pour moi un vecteur d’expression et un outil de mobilisation, sans lequel mon parti n’aurait jamais pu exister. J’ai
une newsletter que j’envois à près de 26 000 membres.
Internet est essentiel aujourd’hui : la blogosphère est le seul élément de liberté politique dont nous disposons encore
dans notre système.