Vendredi 5 septembre 2008
Soldats tués en Afghanistan : Hervé Morin dénonce des « rumeurs infondées »
vendredi 05.09.2008, 12:16 - LOUIS DIEU AVEC L'AFP OUEST France
Hervé Morin, ministre de la
Défense, à la sortie du Palais de l'Elysée
Après le photoreportage controversé de Paris Match mettant en scène des combattants talibans de l'embuscade du 18 août, le ministre de la Défense
Hervé Morin déplore « les rumeurs infondées » sur cet accrochage qui a coûté la vie à 10 soldats français. Plus généralement, les autorités tiennent à ne pas trop
s'étendre sur les circonstances exactes de l'embuscade.
« Nous avons des militaires qui mènent une opération difficile. J'en appelle à l'unité du pays dans la lutte que nous menons contre le terrorisme, pour
les droits de l'Homme et pour nos soldats et notre armée », a déclaré Hervé Morin sur Canal +. Justifiant la présence française en Afghanistan, le ministre de la Défense en a par
ailleurs profité pour s'adresser « à celles et ceux qui colportent des rumeurs permanentes et ressassées », faisant indirectement allusion au reportage de Paris Match
qui a causé une vive polémique.
Combats à l'arme blanche ?
Les « rumeurs » concernent en fait les circonstances exactes de la mort des 10 soldats français : deux quotidiens, Libération et
Le Monde, ont fait état hier d'un ou plusieurs soldats français blessés ou tués à l'arme blanche lors de l'embuscade. Selon Libération, qui ne cite pas de source,
« l'examen à l'Institut médico-légal » des corps des dix soldats tués « a révélé une blessure par arme blanche au niveau des reins de l'un d'entre eux ».
« Quatre d'entre eux ont péri, selon deux sources militaires, la gorge tranchée au couteau », écrit pour sa part Le Monde daté de vendredi.
Le 28 août, le général Benoît Puga, ancien sous-chef « opérations » à l'état-major des armées et, depuis lundi, à la tête de la Direction du
renseignement militaire (DRM), avait évoqué devant la presse « un combat rapproché » et une « imbrication avec les éléments talibans ».
Absence de rapport d'autopsie
En réponse à une mère s'étonnant vendredi dans le journal Le Parisien de ne pas avoir eu de rapport d'autopsie après la mort de son fils tué dans l'embuscade,
Hervé Morin a expliqué qu'« il n'y a pas de rapport d'autopsie sans procédure judiciaire » et qu'il était « tout à fait prêt à aller la voir (...) pour lui dire les circonstances
et les conditions dans lesquelles son fils est mort ».
Retour sur la polémique Paris Match
Le ministre de la Défense s'est aussi interrogé sur le bien-fondé de la médiatisation du commando taliban : « Est-ce qu'on doit faire la promotion d'hommes
qui ont compris qu'on était dans l'ère de la communication? ». Le photoreportage Paris Match objet de la polémique dévoilait des insurgés afghans dans une pose triomphante. L'un des rebelles
était revêtu d'un uniforme militaire français quasi complet. La montre de l'un des jeunes soldats tués était par ailleurs exhibée.
Coup de communication ou droit à l'information ? Le rédacteur en chef de Paris Match, Laurent Valdiguié, a pour sa part jugé « légitime » ce
reportage. Par ailleurs, la photojournaliste Véronique de Viguerie, auteur des photos parues dans l'hebdomadaire, a justifié dans nos colonnes le reportage mené. « Je suis désolée d'avoir
fait de la peine aux famille, mais s'était trop important. » « J'ai fait des reportages embedded des deux côtés. Jamais je n'ai vu un tel tapage. »
Derrière l'apparente volonté de transparence et la fermeté du ministère de la Défense, l'enjeu de fond reste aujourd'hui la
nature de la présence française sur le théâtre d'opération Afghan.