Nicolas Sarkozy promettait un « choc de confiance ». Mais un an après son élection, les indicateurs sont au rouge et,
pour la France, il importe plus que jamais d'entrer dans l'ère de la réforme. Vite.
Un an après, la déconvenue et l'inquiétude sont à la hauteur de l'espérance d'hier. Souvenons-nous : on n'avait pas vu ça depuis
la victoire de la bande à Zidane lors de la Coupe du monde de football, en 1998. Le rebond de la courbe de confiance des ménages était formel : pendant la campagne présidentielle de 2007, les
Français ont bel et bien connu un regain d'optimisme et d'enthousiasme. Et il n'a cessé de s'accentuer au fur et à mesure que se rapprochait l'échéance du 6 mai. L'envie de croire que la France
pouvait enfin entrer dans le xxie siècle. Mais aussi un vrai coup de cœur pour Nicolas Sarkozy, figure de proue d'une nouvelle génération de dirigeants déjà à la manœuvre à Londres, Madrid ou
Berlin.
Aujourd'hui, la rupture a pris des allures de simple ajustement de trajectoire, les Français n'ont jamais été aussi déprimés, et
la redoutable machine de campagne du gagnant de la course à l'Elysée s'est transformée en usine à fabriquer de la déception.
Trop de promesses, sans doute. Mais difficile de ne pas en faire dans un pays qui gâche autant d'atouts. Jacques Attali, en
portant sur les fonts baptismaux sa « commission pour la libération de la croissance française », évoquait l'objectif incroyable de 5 %. Une provocation ? Pas tant que ça. L'Europe ne fait plus
de bébés et se trouve confrontée à un choc démographique sans précédent ? Pas nous. En 2006, le taux de fécondité est passé à 1,98 enfant par Française, contre 1,71 en 1995, ce qui place
l'Hexagone au premier rang des nations les plus fécondes, au coude à coude avec la Suède et les Etats-Unis. Il faudra travailler plus pour payer les retraites : pas de problème. Personne ne
travaille aujourd'hui aussi peu que les Français : moins de mille six cents heures par personne et par an, contre plus de mille huit cents en moyenne dans les grands pays industrialisés, selon
l'OCDE.
La plupart des familles croulent sous les dettes en Espagne, au Royaume-Uni, voire en Allemagne, sans parler des Etats-Unis ?
Pas les Français. « Le matelas d'épargne est énorme », constate Cyril Blesson, directeur au Bipe. 3 200 milliards d'euros de placements divers et variés, dont l'emblématique livret A. Autant de
carburant pour la consommation. La plupart des pays, qu'ils soient libéraux comme le Canada ou les Etats-Unis, ou sociaux-démocrates comme les pays scandinaves, ont modernisé leur
administration ? Pas la France ! Résultat, la dépense publique, soit presque 55 % de la richesse produite chaque année dans l'Hexagone, est mal utilisée, voire gaspillée. Les statistiques sont
impitoyables. 100 euros de déficits publics en plus ne génèrent que 77 euros de richesse supplémentaire, contre 315 en Irlande, 134 en Espagne et 105, en moyenne, dans la zone euro. Et quand
l'Etat se réforme, gare à l'illusion d'optique. Selon l'Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques, la très médiatisée fusion des directions des
impôts et de la comptabilité publique, véritable « village Potemkine » de la modernisation du service public, augmenterait finalement de plus de 100 millions d'euros chaque année les dépenses
de personnel !
Les entreprises doivent pouvoir se battre à armes égales avec leurs concurrents du monde entier ? Dans aucun pays on ne leur
complique autant la tâche qu'en France. Symptôme le plus évident de cette maladie : le manque cruel de ces grosses PME de 50 à 250 salariés qui font la force de frappe de l'industrie allemande.
Il y en a dans l'Hexagone 10 000 de moins qu'outre-Rhin. Les explications sont multiples : délais de paiement trop longs, ceux de l'Etat en tête, fiscalité trop lourde (les entreprises
françaises acquittent chaque année 100 milliards d'impôts de plus que leurs concurrentes allemandes), manque d'investisseurs prêts à prendre des risques, sans parler du maquis administratif et
juridique et des effets de seuil assassins quand la société passe le cap des 10 ou des 20 salariés.
Ces handicaps, les experts de tout poil les ont identifiés depuis longtemps. La route du gouvernement Fillon paraissait donc
toute tracée, puisque la denrée la plus rare en temps de réforme, le courage, ne semblait pas manquer. Sauf que la France va plus mal aujourd'hui qu'il y a un an (voir nos
indicateurs).
Son premier gros pari, créer un « choc de confiance », Nicolas Sarkozy l'a perdu. La faute en partie à pas de chance. Il faut le
reconnaître : la malédiction qui veut que la croissance se dérobe dès que la droite revient au pouvoir a de nouveau frappé. La déflagration financière provoquée par la crise des crédits
hypothécaires, la pire depuis 1945, l'envolée de l'euro et des matières premières à des niveaux record, le retournement de l'immobilier, la récession aux Etats-Unis ont fabriqué un cocktail
assassin pour le moral des ménages.
Mais le président peut aussi s'en prendre à lui-même. Excepté l'UMP - et encore -, les soutiens à sa politique économique se
font rares. Même les économistes libéraux, a priori enclins à soutenir les mesures d'une majorité de droite, ont renoncé à essayer de justifier la trajectoire suivie. « Je suis bien en peine de
trouver une logique économique à la politique menée aujourd'hui », concède le chef économiste du Groupe Scor, Philippe Trainar. « Sur tous les sujets clefs, on ne voit pas ce qui pourrait
vraiment débloquer la croissance », abonde Christian Saint-Etienne, professeur à Dauphine. Et les récentes bourdes de communication du gouvernement, comme la vraie-fausse suppression de la
carte de famille nombreuse, les coupes dans les allocations familiales ou la baisse du remboursement des paires de lunettes sont du miel pour les opposants au duo Sarkozy-Fillon : « Il y a un
goutte-à-goutte du supplice, c'est la rigueur annoncée chaque jour », n'a pas manqué de déclarer le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande. « Nicolas Sarkozy est en train de
rendre la réforme haïssable », s'inquiète de son côté le député UMP Hervé de Charette. « Plus grave, les Français ont perdu le fil de l'histoire. Ils ne savent plus où Nicolas Sarkozy veut les
emmener, constate Gaël Sliman, le directeur des études de l'institut BVA. Et plus personne ne parvient à distinguer les vraies réformes de fond des petites mesures d'économie.
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