Les rapports entre Michèle Alliot-Marie et l'ancien régime tunisien sont à nouveau mis en cause. Le Canard enchaîné révèle, mercredi 2 février, que la ministre des Affaires étrangères, son conjoint Patrick Ollier, ministre chargé des Relations avec le Parlement, et des membres de leur famille ont eu recours fin 2010 en Tunisie au jet privé d'un homme d'affaires tunisien, présenté par l'hebdomadaire comme membre "du clan Ben Ali". "Il est vrai que Michèle Alliot-Marie, après avoir pris un vol commercial de Paris à Tunis, a ensuite pris un avion privé pour Tabarka", a indiqué à l'AFP le cabinet de la ministre. "C'était à l'invitation de Aziz Miled, un ami depuis plusieurs années, qui est le propriétaire d'une compagnie aérienne appelée Nouvelair. Aziz Miled était dans l'avion et les a emmenés, avec ses parents et son conjoint", a-t-on précisé de même source. "Mais Aziz Miled n'est pas un membre du clan Ben Ali", a souligné le cabinet de la ministre. "Il s'est fait prendre par un membre de la famille Trabelsi 20% de ses parts dans la compagnie aérienne ainsi que la présidence de cette société", a-t-on assuré de même source. La famille Trabelsi est celle de la femme de l'ex-président. Interrogé par RTL, Patrick Ollier a également assuré que le propriétaire n'est pas proche des Ben Ali.
Le PS prudent sur le sujet
Toujours est-il que la révolte tunisienne avait commencé quelque deux semaines auparavant, après l'immolation par le feu d'un
jeune Tunisien, le 17 décembre à Sidi Bouzid, dans le centre du pays.
Michèle Alliot-Marie est vivement critiquée en France depuis le 11 janvier pour avoir sous-estimé la Révolution du jasmin et
avoir proposé devant l'Assemblée nationale une coopération sécuritaire au régime Ben Ali.
Le Parti socialiste demeurait prudent sur cette affaire mercredi, se refusant à réclamer la démission du chef de la diplomatie
française. "Si c'est vrai, c'est grave", a toutefois dit sur RTL son premier secrétaire Martine Aubry.
Evoquant un règlement de comptes au sein de la droite française, le député PS Jean-Christophe Cambadélis a expliqué que la
ministre s'était "déstabilisée toute seule".
"Ce n'est pas cet incident, cette révélation qui la déstabilise mais l'absence de politique menée, que ce soit sur la Tunisie ou
sur l'Egypte", a-t-il dit sur France Info.
L'attaque la plus franche est venue de la droite. Le chef de file des sénateurs UMP Gérard Longuet a jugé que "la ministre des
Affaires étrangères aurait pu passer ses vacances en France". "C'est son jugement personnel", a-t-il dit sur LCI. Prié de dire si elle devait démissionner, il a répondu : "Personne ne lui
demande à cet instant et je ne lui demande pas."
L'ancien ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a jugé la situation "malheureuse" : "Je ne la charge pas mais
bon, il faut être prudent (...) Manifestement, c'est un comportement qui n'est pas souhaitable", a-t-il dit sur BFM TV.
(Challenges.fr)

