Pourquoi Nicolas Sarkozy a choisi un gouvernement de «fermeture»
JEAN-NOËL CUÉNOD | 25.06.2009 | 00:02 la tribune de genève.
Le remaniement ministériel décidé par le président Sarkozy marque la fin du débauchage de personnalités socialistes. Après «l’ouverture», la «fermeture».
Car personne ne pense sérieusement à placer Frédéric Mitterrand à gauche. Le nouveau ministre de la Culture et de la Communication est plutôt tête couronnée que casquette banlieusarde.
£SuLes huitAA part le neveu de feu le président Mitterrand, le ministre de l’Aménagement Michel Mercier est le seul nouveau venu à ne pas appartenir à l’UMP. Et encore, il va sans doute quitter sa formation, le MoDem.
Nicolas Sarkozy n’a plus besoin de déstabiliser le Parti socialiste qui fait ce travail tout seul et à la perfection. En revanche, il se prépare à affronter une série de tempêtes qui l’obligent à former une équipe cohérente avec ses plus proches collaborateurs. C’est ainsi qu’il a placé aux postes clés ses amis, comme le ministre de l’Industrie Christian Estrosi, qui sera l’œil de l’Elysée auprès de la ministre de l’Economie Christine Lagarde. En jargon footballistique, disons que Sarkozy joue désormais défensif, ce qui induit une plus grande solidarité entre les joueurs, pardon, les ministres! En effet, le président et son nouveau ministère devront résoudre la quadrature du cercle. A savoir poursuivre les aides sociales qui servent d’amortisseurs à la crise, tout en ne gonflant pas le poids de la dette qui est considérable. Le déficit public atteindra à fin 2009, 140 milliards d’euros. Cette année, chaque Français actif professionnellement versera 2000 euros (plus de 3000 francs) pour payer uniquement les intérêts de la dette étatique. Aussi, le président de la Cour des comptes a-t-il sonné l’alarme: à ce train-là, cette dette atteindra 100% du Produit intérieur brut (PIB) en 2018 et la signature de la France s’en trouvera dévalorisée. Cette question sera donc l’un des grands défis du gouvernement.
Un loukoum pour Istanbul
Si l’on pouvait s’attendre à ce que Nicolas Sarkozy mobilisât sa garde rapprochée, ce remaniement a tout de même réservé une vraie surprise: la nomination de Pierre Lellouche. Certes, tout le monde loue l’ampleur des connaissances géostratégiques de ce docteur en droit de Harvard. Mais il est le fervent supporteur de l’entrée de la Turquie au sein de l’Union européenne. Or, Nicolas Sarkozy vient de réaffirmer son opposition à cette adhésion.
Dès lors, le président n’a-t-il pas introduit un loup turcophile dans la bergerie européenne? Non, dans la mesure où il contrôlera Lellouche. Et Sarkozy sait que la Turquie reste un élément irremplaçable dans la politique proche-orientale. La nomination de Pierre Lellouche sera donc le loukoum qui fera passer l’amertume des discours hostiles à l’adhésion turque.
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