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Charles de Gaulle

La V éme République

Introduction

La V éme république est née de la crise politique et de l'instabilité des gouvernements qui se sont succédés tout le long de la IV éme République. Face à la crise algérienne et à l'enlisement à régler la guerre d'Algérie, la France a du faire appel au Général de Gaulle. Ce dernier met en place une nouvelle constitution (le 4 juin 1958) qui gère encore de nos jours la vie politique. Elle assure une grande stabilité institutionnelle et une grande souplesse. Mais la V éme république connaît une crise économique et sociale importante.

         Gaulle (Charles de ) Photo Institut Charles de Gaulle) du dictionnaire d' Histoire de France de  Perrin  Alain Decaux et André Castelot Librairie Académique Pérrin  P 436

I Les Institutions

        A) Le Président de la République

La nouvelle constitution renforce le pouvoir exécutif qui est confié au Président de la République élu pour 7 ans dans un premier temps par les grands électeurs. A partir du référendum émis par le Général de Gaulle en 1962 le président de la république est élue au suffrage Universel direct (c'est à dire par les Français) à deux tours. La majorité absolue est requise au premier tour (+ de 50%) ou la majorité relative au second tour (le candidat qui obtient le plus grand suffrage). Il est le chef des armées et il dispose du droit de grâce (grâce présidentielle). Il dirige la diplomatie. Il peut dissoudre l'Assemblée Nationale. En cas de crise grave, il dispose dans son article 16 des pouvoirs exceptionnels. Il nomme le Premier ministre (anciennement appelé président du conseil) qui mène la politique de la France par son gouvernement nommé par le Premier ministre soumis au Président de la République.

        B) Le Parlement : l'Assemblée Nationale et le Sénat

La nouvelle constitution limite le pouvoir du parlement pour empêcher une instabilité institutionnelle comme tout au long de la IV éme République. Elle permet un contrôle de la politique du gouvernement sans l'empêcher de gouverner par l'apposition de l'article 43 de la Constitution. Le parlement vote les lois. Le nouveau régime reste à mi-chemin entre un régime présidentiel et un régime parlementaire. De Gaulle est élu en décembre 1958 Président de la République. Il nomme Michel Debré Premier Ministre. Par un référendum demandé au français l'élection du Président de la république est élu au Suffrage Universel Direct (62,5% de oui).

II ) La politique du Général De Gaulle

        A) La crise algérienne

Après la visite à Alger et son discours où il prononce une phrase qui rassure les Algériens "je vous ai compris". La France a l'intention de rester en Algérie et offre "la paix des braves" immédiatement refusé par le FLN. Dés 1959, il reconnaît le droit des algériens à l'autodétermination. Il entame des négociations avec le FLN. Une partie de l'armée en Algérie refuse la perte de l'Algérie et décide de faire un putsch en Avril 1961 (putsch des généraux). Parallèlement l'OAS (organisation armée secrète) hostile à l'indépendance algérienne aidée par les généraux du putsch, les pieds noirs et toute personne s'opposant à ce processus de l'indépendance de l'Algérie. Un contre terrorisme se développe en France et surtout en Algérie. Ce phénomène conduit le Général de Gaulle à signer les accords d'Evian le 18 mai 1962 reconnaissant l'indépendance de l'Algérie. Le référendum est approuvé à 90% des votants.

        B) La politique générale

La France se dote de sa première bombe atomique (dissuasion nucléaire) et acquit ainsi son indépendance militaire vis à vis des Etats Unis. Le Général de Gaulle se retire alors de l'OTAN. Il refuse l'entrée de la Grande Bretagne dans le marché commun. A partir de 1962 la politique agricole commune est organisée. A partir de 1960, apparition d'un nouveau Franc, la scolarité est prolongée jusqu' à 16 ans. La télévision française est contrôlée par l'ORTF contestée par l'opposition. En 1965 se déroule pour la première fois les élections présidentielles élues au Suffrage Universel Direct. Jean Lecanuet divise la droite s'opposant à De Gaulle. Ce dernier est élu Président de la République face à François Mitterrand au second tour. Aux législatives de 1967 De Gaulle s'allie avec Valérie Giscard d'Estaing. Création de l'ANPE (agence nationale pour l'emploi) car la France connaît ses premiers chômeurs.

        C) La crise de mai 1968

Cette crise se décompose en 3 mouvements : la crise étudiante, la crise sociale et la crise politique.

C'est un mouvement étudiant né à Nanterre le 22 mars1968 par une volonté de plus de libertés Très vite les universités, les syndicats et les partis de gauche s'unirent pour occuper les établissements publics, les écoles et les usines. La crise de Mai 68 est le reflet d'un problème de société. L'absence de locaux scolaires et universitaires créant une surcharge d'effectifs entraîne un mécontentement profond au sein de la vie universitaire (196000 en 1958, 570000 en 1968). L'agitation éclate à la faculté de Nanterre dont les étudiants occupent les locaux. Des manifestations éclatent dans les rues de Paris puis s'étendent à toute la France. Les forces de l'ordre s'opposent à ces manifestants faisant de nombreux blessés (400 blessés le 10 mai). Les intellectuels comme Jean Paul Sartre soutiennent ce mouvement et souhaitent qu'il s'étende à toute la société. Pour calmer cette tension Georges Pompidou (1er Ministre) libère 466 manifestants. Le mouvement étudiant est soutenu par une large partie de la population française.

Dans un deuxième temps la crise étudiante s'élargit à la société. La CGT (confédération générale du travail), la CFDT (la confédération française démocratique du travail) et le FEN (fédération de l'éducation nationale) avec les étudiants défilent le 13 mai 1698 dans les rues de Paris. Le 14 mai la grève générale est instaurée avec occupation des usines. Ce mouvement s'étend à toute la France. La vie économique est bloquée. Le 24 mai De Gaulle propose un référendum sur la réforme des universités mais si le non l'emporte, il démissionnerait en tant que chef d'Etat. Georges Pompidou entreprend des négociations de salaires avec le patronat et les salariés Les accords de Grenelle sont signés le 27 mai.

Une crise politique succède à la crise sociale qui dure du 27 mai au 30 juin1698. Le 29 mai De Gaulle disparaît pour s'assurer de son soutient des troupes françaises en Allemagne. Le 30 mai De Gaulle dans un message radiodiffusée de 4 minutes annonce la dissolution de l'Assemblée Nationale. Une manifestation de 500 000 personnes soutienne De Gaulle et l'idée de retourner devant les urnes pour élire leurs nouveaux représentants politiques (députés). Les grèves cessent immédiatement et le travail dans les usines reprend. Le mouvement gaulliste remporte les élections législatives du 23 et 30 juin. Les accords de Grenelle sont élargis (augmentation de salaires de 10%, revalorisation du SMIG, reconnaissance du droit syndical dans l'entreprise et réduction des horaires de travail).

La crise de mai 1968 a permis la libération sexuelle et féminine.

        D) Le référendum de 1969

De Gaulle annonce un référendum sur deux réformes constitutionnelles (régionalisation et refonte du Sénat). Le 27 avril 1969 les propositions sont rejetées par 53% des électeurs. Face à ce vote de Gaulle démissionne.

III) Les présidents de 1969 à nos jours

        A) La politique de Georges Pompidou

Georges Pompidou succède à de Gaulle comme chef de l' Etat. Il continue la politique engagée par de Gaulle. Il permet à la Grande Bretagne d'adhérer au marché commun. Jacques Chaban Delmas (1er ministre) essaie de créer une nouvelle société.

En 1973 la France est touchée par le 1er choc pétrolier ce qui provoque inflation et chômage. En avril 1974, Georges Pompidou décède.

 

Pompidou (Georges) en Juin 1969 Président de la République portant le cordon de la légion d'honneur et de son habit de fonction  passe en revue la garde républicaine dans la cour d'honneur du palais de l'Elysée  (Photo Keystone ) du dictionnaire d' Histoire de France de  Perrin  Alain Decaux et André Castelot Librairie Académique Pérrin  P 796

        B) La politique de Valéry Giscard d'Estaing

Il a fallu organiser une élection après la mort de Georges Pompidou. Le candidat de gauche arrive au premier tour François Mitterrand. Mais Valéry Giscard d'Estaing remporte l'élection avec une faible majorité. Il nomme Jacques Chirac comme 1er ministre. Il abaisse la majorité à l'âge de 18 ans et la loi Veil autorise l'avortement. Il crée un secrétariat à la condition féminine. Au niveau social le chômage continue à monter atteignant 900000 chômeurs.

      Valérie Giscard D'Estaing allocution en 1975 (Photo Sipa Press) du dictionnaire d' Histoire de France de  Perrin  Alain Decaux et André Castelot Librairie Académique Pérrin  P 848

Un rapprochement politique s'opère envers l'Allemagne. Jacques Chirac veut lutter contre l'inflation et prend des mesures pour y remédier. Le président s'y oppose le 1er ministre démissionne. Raymond Barre entreprend d'orienter la France vers une économie plus libérale. Il libère le contrôle des prix. Il limite l'augmentation des salaires et augmente les impôts. Après le deuxième choc pétrolier la France s'oriente vers une politique d'indépendance énergétique et développe l'énergie nucléaire. Aux élections législatives la droite remporte les élections mais le parti socialiste devient le premier parti de gauche devant les communistes.

        C) La politique de François Mitterrrand

En mai 1981 la gauche remporte les élections présidentielles par son candidat François Miterrand qui devient Président de la République. Il nomme Pierre Mauroy comme 1er ministre. Son gouvernement nationalise les grandes banques et de grandes industries. L'impôt sur les grandes fortunes est crée, l'âge de la retraite est baissé à 60 ans, la durée du temps de travail est fixée à 39h au lieu de 40h.

      François Mitterrand

Il entame une politique de décentralisation. Il abolit la peine de mort. La radio est libéralisée, augmentation du nombre de petites stations. En 1983 la France dévalue le franc trois fois en moins de 18 mois. Le gouvernement entreprend alors une politique d'austérité. En 1984, Laurent Fabius devient 1er ministre et s'engage dans une économie de marché. En 1986, la droite obtient la majorité aux élections législatives le Président de la République nomme alors un 1er ministre de droite : Jacques Chirac. C'est le temps de la cohabitation. Jacques Chirac lance une politique de privatisations d'entreprises publiques. Il appuie les Etats Unis lors de la crise des euromissiles. François Mitterrand s'allie au prés des Etats Unis pour la guerre du golfe (Sadam Hussein et son armée envahissent et annexent le Koweït). Dans la construction européenne il négocie l'acte unique européen (1996) et le traité de Maastricht en 1992 qui est adoptée par référendum de 1992 (courte majorité).

En 1988 les élections présidentielles sont remportées à nouveau par François Mitterrand contre le candidat Jacques Chirac. Il nomme Michel Rocard comme 1er ministre en 1991. Il négocie des accords avec les indépendantistes du Front de libération nationale kanake et socialiste (FLNKS) et les Royalistes du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) en Nouvelle Calédonie. Edith Cresson devient à son tour 1er ministre. C'est la première fois en France qu'un 1er ministre est une femme. Pierre Beregovoy lui succède en avril 1992. Le chômage en France continue à progresser. Aux législatives de 1993, la droite obtient la majorité. Une nouvelle cohabitation commence et Edouard Balladur devient 1er ministre. Il mène une politique de rigueur

        D) La politique de Jacques Chirac

En mai 1981 la gauche remporte les élections présidentielles par son candidat François Mitterrand qui devient Président de la République. Il nomme Pierre Mauroy comme 1er ministre. Son gouvernement nationalise les grandes banques et de grandes industries. L'impôt sur les grandes fortunes est crée, l'âge de la retraite est baissé à 60 ans, la durée du temps de travail est fixée à 39h au lieu de 40h.

      Jacques Chirac

Aux élections présidentielles de 1995 Jacques Chirac devient Président de la république devant le candidat Lionel Jospin. Il nomme Alain Juppé comme 1er ministre. Il relève le montant du SMIC mais une nouvelle politique de rigueur est mise en place. En 1995 il reprend les essais nucléaires avant leur arrêt définitif créant un mécontentement international. Des manifestations importantes eurent lieu sur la réforme de la Sécurité Sociale et du maintient des acquis sociaux dans le secteur public. Il professionnalise l'armée. En 1997 Jacques Chirac dissout l'assemblée Nationale. La gauche remporte les élections législatives Lionel Jospin devient 1er ministre dans une nouvelle cohabitation. Il continue la politique européenne et il est à l'initiative d'un volet social dans le traité de MAASTRICHT. Lionel Jospin vote le temps de travail à 35h (39h auparavant) Il bénéficie d'une croissance économique. Il limite le cumul des mandats aux politiques et vote la loi sur les nationalités. Le chômage tend à diminuer par la politique menée par le gouvernement (35h, emplois jeunes) et la croissance économique mondiale.

La majorité plurielle connaît toutefois un nouveau succès lors des élections régionales et cantonales de mars 1998,Le 12 juillet 1998, la France fête la victoire de son équipe »face au Brésil (3 -0) lors de la finale de la Coupe du monde de football créant, au moins sur le coup, un sentiment d'unité nationale.

Deux projets législatifs :  la parité hommes-femmes et le Pacte civil de solidarité (PACS) sont votés. Le Pacte civil de solidarité (PACS) crée un cadre juridique pour les concubins hétérosexuels et homosexuels soulevant une grande polémique. La parité hommes femmes consiste quant à lui un égal accès aux femmes et aux hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives. La France s'est engagée dans l'action militaire que l'OTAN a lancée, en mars 1999, contre la Yougoslavie de Slobodan Miloševiæ par ses forces armées intégrées à la KFOR. Leur mission consiste à contrôler l'un des cinq secteurs qui partage le Kosovo.

En juin 1999 est organisé les élections européennes dont le taux d'abstention record est de 53 p. 100. Le résultat est le suivant le PS est représenté par François Hollande obtient 22p100 (22siéges), la liste anti-européenne menée par Charles Pasqua et Philippe de Villiers obtient 13 p. 100 des voix (13 sièges), le RPR Dl (12siéges), UDF (Bayrou) (9 siéges), les verts (9 siéges), le PC (6 siéges) et le FN (5 siéges).

En Mai 2002 est organisé les élections Présidentielles où le candidat sortant Mr Jacques Chirac arrive en tête au 1er tour . Le PS n'est pas présent au 2éme tour représenté par Mr Lionel Jospin . On trouve le FN représenté par Mr Jean Marie Le Pen. A l'issu du 2éme tour est rééllu Mr Jacques Chirac avec un taux de + de 80% des voix. Le PS demande à ses électeurs de voter Mr Jacques Chirac pour faire barrage à l'extrême droite.

Au mois de Juin les élections législatives sont remportées par l'UMP (nouveau parti formé par le Président de la République) avec 398 siéges contre 179 siéges pour la gauche. Mr Jean Pierre Raffarin est nommé 1er ministre et forme son gouvernement. Trois axes orientent la politique du gouvernement : la sécurité routière et générale, la lutte contre le cancer et l'insertion des personnes handicapées. Il entame une décentralisation de l'Etat au profit des collectivités locales. Il reforme les retraites, le statut des intermittents et des chercheurs. Ces réformes entraînent des manifestations d'une grande ampleur provoquant une cuisante défaite lors des élections régionales et cantonales en mars 2004. La gauche gagne 13 régions à la droite. Seule l'Alsace et la Corse sont conservées par la droite sur 26 régions. Le 1er Ministre: Jean Pierre Raffarin est très faible dans l'opinion publique.

Le 29 mai 2005 le Président de la République organise le référendum sur la ratification de la Constitution Européenne. Celle ci est faite par tous les membres communautaires soit par le congrès soit par le référendum populaire. La France refuse massivement la ratification de la Constitution. Ce qui entraîne au sein même de l' Europe une mini crise. Face à cet échec le Président de la République nomme un nouveau 1er ministre Dominique de Villepin.


De Gaulle
 et Adenauer


la politique européenne
du Général de gaulle


 

24/04/2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Extrait de livre de Jean Touchard (1918 -1971)
« Le gaullisme 1940 – 1969 »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En ce qui concerne l’Europe, l’attitude du Général de gaulle manifeste pendant la Ve République une grande continuité. Cette attitude semble inspirée par plusieurs principes.

 

Le général de Gaulle est très attaché à l’Europe et il en parle souvent, avant comme après 1958[1]. Il souhaite une « Europe rassemblée », une « Europe unie ». Il considère que l’Amérique est fille de l’Europe et il parle le 31 décembre 1960 de « cette Europe rassemblée et l’Amérique sa fille ». Il estime que la Russie fait partie de l’Europe depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural. Cette formule ne date pas de la Ve République. Le général de Gaulle l’utilise, semble-t-il, pour la première fois en public le 16 mars 1950 dans une conférence de presse et il l’emploie à plusieurs reprises au temps du RPF comme après 1958. Cette expression est d’ailleurs singulière et significative : pour le général de Gaulle, les frontières de l’Europe ne sont pas les frontières artificielles et conjoncturelles de Yalta, mais les frontières définies par la géographie que rappellent les manuels et les atlas. L’avènement de l’Union soviétique et la guerre froide n’ont rien changé aux frontières de l’Europe telles que les avait apprises le jeune Charles de Gaulle lorsqu’il était écolier. Mais cette formule qui irrite si vivement les plus ardents tenants de l’intégration européenne dans le cadre de l’Europe occidentale n’était assurément pas faite pour plaire aux Soviétiques car – s’il fallait la prendre à la lettre – elle signifierait que la Sibérie, les républiques socialistes d’Asie n’appartiennent pas en fait à l’URSS mais au monde mystérieux et un peu inquiétant que peuplent les Jaunes, comme si l’Oural constituait à cet égard une frontière et un rempart.

Au temps du RPF, le Général de Gaulle avait beaucoup parlé de l’organisation de l’Europe. Il s’était dès 1947 déclaré partisan d’une fédération européenne et avait préconisé un vaste référendum des Européens libres (25 septembre 1949). Dans les premiers temps du RPF, la terminologie du général de Gaulle n’est pas extrêmement précise et, lorsqu’il parle de fédération, il est clair qu’il songe à une organisation confédérale, respectant strictement l’indépendance des Etats qui en feraient partie. C’est ainsi qu’il déclare en juillet 52, à Saint-Maur, que la « confédération européenne est peut-être la dernière chance de l’Occident ». Différents projets tendant à créer une confédération européenne avaient été élaborés sous la IVe République par des personnalités gaullistes. En 1950 puis en 1953, Michel Debré avait présenté deux versions successives d’un « projet de pacte pour une union d’Etats européens ». En décembre 1951 Gaston Palewski et le Général Billotte avaient présenté au nom du groupe parlementaire RPF une proposition de loi tendant à la création d’une confédération européenne. A cet égard, le général de Gaulle développe exactement les mêmes idées sous la Ve République que sous la Ive, et le « Plan Fouchet » (photo) des années 1961 – 1962 prolonge exactement les textes gaullistes datant des années 1950.

Avant 1958, le général de Gaulle s’était vigoureusement opposé à toute organisation européenne fondée sur l’intégration et la supranationalité, et il est inutile de rappeler la vigueur de ses attaques contre la CECA et surtout contre la CED. Quant au Marché commun, le général de Gaulle – qui gardait alors le silence – n’avait pas en 1957 dénoncé les méfaits du traité de Rome, mais Michel Debré avait fait le 19 juillet 1957 un discourt long et passionné contre le Marché commun qu’il avait terminé en s’écriant : « Ce que l’on vous propose, c’est la disparition de la Nation. » L’inquiétude était donc vive dans le « camp européen » lorsque le général de Gaulle revint au pouvoir en 1958 et lorsqu’il prit en 1959 Michel Debré comme Premier ministre. On trouve l’écho de cette inquiétude dans le livre de Paul Raynaud, La politique étrangère du gaullisme[2]. Mais, contrairement à ce que redoutaient les adversaires de la politique étrangère gaulliste, la France ne se retire pas du Marché commun. Au contraire, sous l’influence personnelle du général de Gaulle, la France s’engage irréversiblement, dès le 1er janvier 1959, dans la voie du Marché commun et c’est à la suite de ses interventions pressentes et de « débats dramatiques », selon l’expression dont il se sert lui-même dans ses mémoires d’espoir (P.198), que le marché commun a été étendu à l’agriculture à partir de 1962[3]. Il n’est donc pas faux de dire que le général de Gaulle a été, dans le domaine économique, un ferme partisan de la construction européenne et que, sans son action personnelle, l’extension du Marché commun à l’agriculture serait longtemps restée problématique.

Pourquoi cet apparent revirement ? Sans doute faut-il mentionner une fois de plus le pragmatisme du général de Gaulle et son sens aigu des évolutions irréversibles[4]. Mais il faut ajouter, d’une façon plus précise, que les mesures financières de décembre 1958 et la politique d’austérité découlant du plan Pinay-Rueff permettaient à la France de renoncer au protectionnisme et de s’engager dans le Marché commun. Or il est certainement beaucoup plus conforme à la philosophie politique du général de Gaulle d’engager, avec de solides chances de succès, la France dans le jeu de la concurrence internationale, que de pratiquer une politique de protection douanière, de contingentements et de prix artificiels. On aurait donc tort de considérer comme une sorte de palinodie ou comme une brusque conversion l’attitude du général de Gaulle à l’égard du marché commun à partir de 1958. Tout se passe plutôt comme s’il avait estimé que, le général de Gaulle étant revenu au pouvoir, l’économie française rénovée serait assez solide pour supporter l’épreuve du Marché commun et que la France serait assez forte pour refuser catégoriquement toute forme d’intégration nationale.

Le général de Gaulle en effet n’est pas moins hostile à la supranationalité qu’il l’était avant 1958. Il n’a jamais employé publiquement l’expression « Europe des patries », mais son Premier ministre, Michel Debré, se déclare le 15 janvier 1959 devant l’Assemblée nationale partisan de « l’Europe des patries et de la liberté ». L’expression « Europe des patries » est utilisée par de nombreuses personnalités gaullistes, notamment Alain Peyrefitte  (photo) qui écrit le 17 septembre 1960 : « Aujourd’hui Europe des patries, un jour patrie européenne » (Le Monde). Le général de Gaulle, pour sa part, parle « d’Europe des réalités », « d’Europe des Etats », « d’Europe des peuples et des Etats ». Il parle aussi « d’Europe européenne » (23 juillet 1964), comme il avait parlé « d’Algérie algérienne », dans une de ces formules tautologiques qui lui sont familières.

Quoi qu’il en soit, cette Europe des Etats, pour le général de Gaulle, doit être soustraite à l’influence prépondérante des Etats-Unis. Sans doute, compte-t-il – et n’a-t-il pas apparemment jamais cessé de compter – sur les Etats-Unis pour assurer la défense de l’Europe, mais il est fondamentalement hostile à toute formule de force multilatérale et d’intégration militaire. Il affirme sans ambiguïté le 25 avril 1960 devant le Congrès des Etats-Unis que la France a choisi d’être « du côté des peuples libres[5] » et rien ne permet de penser qu’il ait à cet égard le moins du monde changé d’avis. Le général de Gaulle n’est donc partisan ni d’une Europe atlantique, soumises aux Etats-Unis, ni d’une Europe-troisième force qui constituerait un troisième bloc entre les Etats-Unis et la Russie. Il est, en définitive, partisan d’une Europe indépendante, à l’abri du parapluie atomique américain, une Europe constituée d’Etats indépendants, et, grâce à la politique que seule peut mener la France, s’étendant progressivement vers les pays de l’Est. L’Europe ne peut être l’Europe sans la France : « Bref, il nous parait essentiel que l’Europe soit l’Europe et que la France soit la France » (19 avril 1963). Ou encore : « La France, parce qu’elle est la France, doit mener au milieu du monde une politique qui soit mondiale ». Bref, la politique européenne, pour le général de Gaulle, n’est pas une fin en soi, elle n’est qu’un aspect d’une politique mondiale, un moyen pour la France d’acquérir le rang qui doit être le sien et d’affirmer son indépendance.

Pour réaliser cette politique européenne et mondiale, le général de Gaulle compte d’avantage sur l’Allemagne que sur l’Angleterre. Il entretient des relations étroites avec Adenauer et conclu en janvier 63 un traité avec l’Allemagne, qui ne donnera pas les résultats escomptés. En revanche, il oppose à deux reprises un veto à la candidature britannique au Marché commun : le 14 janvier 1963 il répond non à la candidature présentée par MacMillan ; le 16 mai 1967, il répond non à la candidature présentée par Wilson. Selon Alfred Grosser, dont le livre la politique extérieure de la Ve République est dans l’ensemble sévère, ce choix de l’Allemagne aux dépend de l’Angleterre pour tenter de pratiquer une politique d’indépendance constituerait une des erreurs majeures qu’aurait commises le général de Gaulle. Mais avant de porter des jugements de valeur, sans doute est-il nécessaire de fournir quelques précisions complémentaires sur l’attitude du général de Gaulle envers la construction de l’Europe et les institutions européennes, envers l’Allemagne et l’Angleterre.

Dans les deux premières années de la Ve République, l’Algérie est le problème majeur et le général de Gaulle n’a guère le loisir d’élaborer un plan d’ensemble concernant l’organisation de l’Europe. Il le fait en 1960, l’année où accèdent à l’indépendance les anciennes colonies françaises d’Afrique noire. « Suivant ma méthode, écrit le général de Gaulle dans ses Mémoires d’espoir, je crois bon de saisir l’opinion » (p. 206). Après s’être entretenu pendant les mois d’été avec le chancelier Adenauer, avec le président du Conseil italien Fanfani et avec le Premier ministre des Pays-Bas, il expose le 5 septembre 1960 dans une conférence de presse son plan pour « construire l’Europe » : il faut « procéder, non pas suivant des rêves mais d’après des réalités ». Or les réalités de l’Europe, ce sont des Etats. Pour le général de Gaulle les organismes « plus ou moins extranationaux » n’ont pas et ne peuvent pas avoir « d’autorité et par conséquent d’efficacité politique ». Il propose donc : une concertation régulière et organisée des gouvernements européens ; la délibération périodique d’une assemblée formée par les délégués des parlement nationaux ; enfin « un solennel référendum européen de manière à donner à ce démarrage de l’Europe le caractère d’adhésion et de conviction populaire qui lui est indispensable » (5 septembre 1960).

Ce projet n’est pas immédiatement rejeté par les partenaires de la France. Il est précisé par la Commission présidée par Christian Fouchet et donne naissance au « plan Fouchet » qui est conforme aux principes mentionnés le 5 septembre 1960 par le général de gaulle. Le « plan Fouchet » prévoyait un « traité établissant une union d’Etats », avec un Conseil réunissant les chefs de gouvernement, une Assemblée parlementaire européenne et une Commission politique européenne. Ce plan est mal accueilli par les partisans de l’Europe supranationale, notamment par les gouvernements de Belgique et des Pays-Bas qui avancent deux critiques, à dire vrai peu conciliables : le plan français ne porte aucune atteintes aux prérogatives nationales. Or, comme le dit le ministre belge Spaak le 10 janvier 1962 : « L’Europe sera supranationale ou ne sera pas » ; d’autre part, le plan français écarte la Grande-Bretagne et on ne peut construire l’Europe sans les Anglais. Ce « préalable anglais » n’était peut-être pas parfaitement cohérent avec le premier argument car les Anglais n’ont jamais passé pour être de chauds partisans de la supranationalité et on peut penser qu’ils auraient manifesté très peu d’enthousiasme pour une Europe intégrée selon les principes supranationaux. Quoi qu’il en soit, le plan français se heurte à de très vives objections.

Le 5 février 1962, le général de Gaulle lance un nouvel appel pour « faire sortir l’Union de l’Europe du domaine de l’idéologie et de la technocratie pour la faire entrer dans celui de la réalité, c’est-à-dire de la politique ». Mais, le 17 avril 1962, les gouvernements belge et hollandais opposent un veto au plan français, après avoir une nouvelle fois soulevé le préalable anglais. Un mois plus tard, le 15 mai 1962, dans la première conférence de presse consécutive à la constitution du gouvernement Pompidou, le général de Gaulle, devant tous les ministres, y compris les ministres MRP, notamment Maurice Schumann et Pflimlin, expose une nouvelle fois ses idées sur l’Europe. Il affirme : »Il ne peut pas à l’heure actuelle y avoir d’autre Europe que celle des Etats ». Il s’oppose catégoriquement à la supranationalité : « Dante, Goethe, Chateaubriand […] n’auraient pas beaucoup servi s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé, écrit en quelque esperanto ou volapük intégrés ». Il termine par une allusion antiaméricaine (« Il y aurait peut-être un fédérateur, mais il ne serait pas européen ») et affirme qu’il est nécessaire de procéder à une révision de l’Otan. Douloureusement affectés par ces propos et notamment par l’allusion au « volapük » qu’ils semblent avoir considéré comme injurieuse, les ministres MRP décident de quitter le gouvernement. Le 12 novembre 1952, le général de Gaulle avait parlé dans les mêmes termes du volapük et de l’esperanto : « On n’est pas un Européen si l’on est un apatride. Chateaubriand, Goethe, Byron, Tolstoï n’auraient rien valu du tout en volapük ou en esperanto ».

En 1963, le général de Gaulle parle beaucoup de l’Europe[6] et dénonce en toute circonstance le danger d’une Europe dominée par les Etats-Unis – ce qui ne manquerait pas de se produire si la Grande-Bretagne entrait dans le Marché commun. Le 23 juillet 1964 le général de Gaulle parle d’une « Europe européenne » et il précise le 22 novembre 1964, après son retour d’Amérique latine, ce qu’il entend par là : "La construction d’une Europe européenne, autrement dit indépendante, puissante et influente au sein du monde de la liberté. » Au début de 1965, il précise que la constitution de cette Europe indépendante, de l’Atlantique à l’Oural permettrait de résoudre le problème allemand et d’envisager la réunification des deux Allemagnes.

Le 30 juin 1965 : crise de Bruxelles[7] ; les règlements agricoles qui auraient dû être adoptés à cette date n’étant pas établis, la France suspend les négociations de Bruxelles et interrompt sa participation aux institutions du Marché commun. Cette crise suscite de violentes attaques de la part des partisans de l’intégration européenne qui taxent le général de Gaulle de nationalisme borné. On retrouve l’écho de ces critiques dans la campagne électorale de Jean Lecanuet avant les élections présidentielles où le général de Gaulle est mis en ballottage le 5 décembre 1965. Durant toute cette période, le général de Gaulle s’exprime sans le moindre souci d’amabilité à l’égard des « Européens ». Le 10 juin 1965, il déclare lors d’une réception à l’Elysée : « On peut faire des discours sur l’Europe supranationale. Ce n’est pas difficile : il est facile d’être Jean-foutre » (A. Passeron, II, P. 305). Cette appellation vigoureuse n’est pas des plus appréciées que la phrase de 1962 sur le volapük.  Le 9 septembre 1965 le général de Gaulle critique la commission de Bruxelles qu’il qualifie de « technocratie en majeur partie étrangère » et il parle de « quelque aréopage technocratique apatride et irresponsables ». Il critique la CECA, l’Euratom, le traité de Rome et assure une nouvelle fois que seule une Europe de l’Atlantique à l’Oural respectant la souveraineté peut régler le problème allemand et assurer une aide efficace aux pays sous-développés.

Le 14 décembre 1965, entre le premier et le second tour de l’élection présidentielle, le général de Gaulle répond aux questions d Michel Droit sur l’Europe. Le général de Gaulle est en verve et il réponds : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant : l’Europe, l’Europe, l’Europe, mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien… ». Un peu plus tard il parle de l’Europe supranationale : « Alors vous en avez qui crient : Mais l’Europe, l’Europe supranationale ! Il n’y a qu’à mettre tout cela ensemble, il n’y a qu’à fondre tout cela ensemble, les Français avec les Allemands, les Italiens avec les Anglais, etc.  Oui, vous savez, c’est commode et quelquefois c’est assez séduisant, on va sur des chimères, on va sur des mythes. Mais il y a des réalités, et les réalités ne se traitent pas comme cela ». Le général de Gaulle répète que l’Europe ne peut être fondée que sur la coopération entre Etats.

En janvier 1966, la crise du Marché commun s’achève par un compromis. Les 5 partenaires de la France restant fidèles au principe de la majorité pour certaines décisions et la France y restant hostile, le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Luns, trouve une formule subtile : « Lorsque dans le cas d’une décision susceptible d’être prise à la majorité sur proposition de la commission, des intérêts très importants d’un ou plusieurs partenaires seront en jeu, les membres du Conseil s’efforceront dans un délai raisonnable de parvenir à des solutions qui pourront être adoptées par tous les membres du Conseil dans le respect de leurs intérêts et de ceux de la communauté ». Bref on ne prendrait pas de décisions à la majorité sans avoir de bonnes raisons de penser qu’elles pourront être adoptées unanimement. Après cette crise, la France réintègre le Marché commun et on assiste depuis cette date à une certaine « relance européenne » sur le plan économique sinon sur le plan politiquer. Entre 1965 et 1969, le général de Gaulle n’ajoute rien de bien nouveau en ce qui concerne l’Europe. Dans sa conférence de presse du 28 octobre 1966 – peu de temps après le discours de Pnom Penh -, il affirme qu’il n’a jamais cessé de travailler pour l’Europe, mais une Europe libérée de « l’hégémonie américaine ». Le 1er décembre 1966, recevant Kossyguine à Paris, il déclare : « Y aurait-il une guerre du Vietnam si l’Europe était unie ? »

Il semble bien en fin de compte que le général de Gaulle, en ce qui concerne l’Europe, ait évolué depuis la fin de la guerre : il rêve alors – c’est du moins ce qui apparaît dans le tome III des Mémoires de guerre – d’une Europe troisième force, qui puisse un jour « être l’arbitre entre les deux camps ». Sous la Ve République, il prend acte de la détente et mise sur la dissolution des blocs : « Il n’est point, à la longue, de régime qui puisse tenir contre les volontés nationales », écrivait-il déjà dans le tome III des Mémoires de guerre.

 

 
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