Alors que Martine Aubry a déposé dimanche matin sa candidature au poste de premier
secrétaire, et que Bertrand Delanoë décidait de ne pas donner de consigne de vote, le Parti socialiste sort de son 75e congrès à Reims sans majorité pour le gouverner. Le parti a échoué
à trouver un accord sur une orientation.
Jeudi, les militants devront donc choisir parmi trois postulants : Ségolène Royal, Benoît Hamon et Martine Aubry.
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Dès l'annonce ce matin à la sortie des AG, de la candidature de la maire de Lille, l'entourage du maire
de Paris Bertrand Delanoë, qui ne se présente pas, a regretté la «logique de blocage» de la motion menée par Mme Aubry.
La nuit dernière, au bout de trois heures d'une réunion qualifiée de part et d'autre de «simulacre de
dialogue», Ségolène Royal (sortie en tête du vote des militants le 6 novembre avec 29% des voix) avait quitté la commission des résolutions, instance restreinte qui doit élaborer la
synthèse et dessiner une ligne politique. Son départ a été suivi d'une rencontre à trois, qui n'a pas connu plus de succès, entre Bertrand Delanoë, Martine Aubry (25% environ chacun) et
Benoît Hamon (19%).
LE RECIT DE LA JOURNEE DE DIMANCHE
12h30. Les discussions sont officiellement closes. Le Congrès est terminé. Dans les couloirs, les ténors
répondent aux demandes d'interviews. Pour les autres, l'appétit revient. Ils pensent à prendre le train pour rentrer chez eux tout en hésitant à rester pour le déjeuner des
délégués.
11h50. De la subjectivité des passions. A l'applaudimètre, les trois candidats ont fait quasiment match nul.
Parlant la première, Martine Aubry a eu droit à une standing ovation de 63 secondes; Benoît Hamon à 57 secondes, avec moins de délégués debout. Dernière à s'exprimer, Ségolène Royal a dépassé
les 95 secondes. Mais en restant au pupitre, elle a fini par provoquer des sifflets.
11h34. Au tour de Royal. L'ancienne candidate à la présidentielle, qui a conservé le même style vestimentaire
discret qu'hier mais renoué avec quelques ondulations dans les cheveux, en appelle immédiatement aux militants, prenant les devants sur une gestion compliquée après le vote si elle est élue
jeudi. "Tout le monde, et j'en fais ma règle, devra se ranger derrière la décision des militants", dit-elle. "Si je suis élue, j'aurai besoin de toi Bertrand, et de tes amis. (...) Nous
aurons besoin de toi François, tous les militants savent ce qu'ils te doivent". "Il y a tant de belles choses à faire, inventer le socialisme du XXIe sicle", conclut-elle quinze minutes plus
tard, provoquant quelques rires moqueurs.
11h15. "J'ai tué l'araignée". Deuxième dans l'ordre alphabétique, Hamon fait suivre le
traditionnel "mes chers camarades" d'un clin d'oeil à l'araignée croisée par Aubry. Puis il enchaîne. "Aimer ce parti ne suffit pas, nous devons reconnaître qu'il traverse une crise
sérieuse", estime-t-il. Lui aussi attaque Royal sur la question des alliances, démontrant par la politique économique que les centristes français sont libéraux. "Ca c'est pas faux", relève
Delanoë au premier rang.
Parlant du renouvellement de la classe politique, Hamon souligne qu'en France, un Obama aurait dû, pour gagner ses galons, "être déjà âgé d'une quinzaine d'années de plus". Et être
blanc puisque "en politique, il faut montrer patte blanche".
11h05. Aubry et le ménage. Alors qu'elle s'adressait à Ségolène Royal sur leurs désaccords, Martine Aubry
s'est interrompue. Une petite araignée courait sur son pupitre. Son amie et hôtesse, Adeline Hazan, a donc eu droit à une remarque: "Adeline, le ménage aurait pu être fait cette
nuit".
11 heures. Les rites socialistes suivent leur cours. Les délégués ayant pris acte de l'absence d'accord cette
nuit, en levant la main, les trois candidats ont chacun 15 minutes pour s'exprimer. Martine Aubry commence.
10h54. To be or not..."Ils ont échoué parce qu'ils n'avaient pas commencé par le rêve". Un défenseur de la
motion F se saisit du micro... et cite Shakespeare.
10h43. "Nous aurions aimé pour notre parti"... Vincent Peillon a la voix couverte de brume par les
discussions de la nuit et par ce qu'il veut montrer de regrets. "Il nous semblait qu'il y avait des différences, mais des différences à creuser, avec la motion de Benoît Hamon", avec ceux qui
se sont alliés au MoDem aux municipales avant le premier tour. Et cite Rocard, Filoche, des références qui fâchent la salle. Pour calmer huées et sifflets, Malek Boutih tente une parade:
"N'oubliez pas que la France nous regarde".
10h36. Pour la motion D, Marylise Lebranchu. Encore une fois, c'est Royal qui en prend pour son grade,
avec sa tentation centriste et sa vision de parti de masse «avec une absence de clarté». «Lorsque cette absence d'accord a été actée, bafouille l'aubryiste Lebranchu, restait une
position possible, comme l'a dit Bertrand tout à l'heure». Mais elle n'a pas été conclue. L'officialisation de la candidature d'Aubry est accueillie par des applaudissements nourris des
auditeurs invités et du MJS. Une partie de la salle se lève. «Rassemblons-nous», conclut-elle. Dans l'audience, une voix s'écrie : «François, réveille-toi !»
10h30. Côté Motion C. Mireille Le Corre s'exprime au nom de Benoît Hamon.
Elle évoque une divergence de fond sur les alliances, «question qui pour nous, n'est pas d'un prétexte». Elle conclut en ré-annonçant la candidature de son champion, également accueillie
par une salve d'applaudissements.
10h22. Delanoë à la tribune. «Notre motion s'est comportée en camarades qui veulent
continuer à militer ensemble», insiste Bertrand Delanoë. Applaudissements dans la salle, qui se font plus forts lorsque le maire de Paris déclare : «Nous n'aurons pas de candidat au
poste de PS parce que, pour nous, ce n'est pas une question de personne politique. J'avais dit que jamais ma personne ne serait un problème, je vous le prouve.»
10h10. Si vous voulez bien vous asseoir. La maire de Reims, Adeline Hazan, appelle les
invités à s'asseoir. Pour encourager les troupes, elle annonce qu'Alain Bergounioux va faire un résumé de la nuit. «Oooh», clame la salle, ironique. «Je suis assez triste», commence
celui-là... «Je vais essayer factuellement de dire les points essentiels». De 10 heures à minuit, François Hollande a proposé de s'appuyer sur la motion E pour voir si elle pouvait être
majoritaire. Mais la vision sociale-démocrate et le point de vue sur les alliances a fait achopper. "Bref, il est apparu qu'il y avait une difficulté de fond", résume-t-il. A partir de 2
heures du matin, après une longue interruption, "le président de la commission a proposé de rechercher une synthèse entre les trois autres motions". Des groupes de travail se sont alors mis
en place.
9h45. Delanoë plaisante. Visiblement détendu - est-ce la décision de ne soutenir la candidature de personne -, le maire de Paris est souriant et badin. Ses
collaborateurs, jusqu'ici assez discrets en «plénière», se sont installés derrière lui. Il discute avec son voisin Harlem Désir. Et plaisante avec les photographes: «Comment ça,
vous n'avez pas dormi ? Mais allez-y, ça ne va pas reprendre tout de suite». Le service d'ordre ménage une distance. Impossible de poser une question au maire de Paris. Pas plus que
cette nuit quand il a filé à l'anglaise...
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